COP 30 : la crise de la politique climatique s’enracine
Maintenant que la poussière est retombée sur la COP30 à Belém, nous ne pouvons plus ignorer l’étendue de l’échec. Nous nous sommes lancés sur une autoroute qui va droit vers un réchauffement catastrophique effondrer la biosphère et l’annihilation de millions d’habitants du Sud, pas dans un avenir lointain, mais là, aujourd’hui. Les élites politiques et économiques du monde entier sont arrivées sur l’Amazone alors que l’objectif d’1,5°C est déjà dépassé, et ils sont repartis en ayant à peine engrangé quelques gestes symboliques. Pas de limites contraignantes des émissions de GES. Pas de plan sérieux pour sortir de notre dépendance aux carburants fossiles. Pas de financement pour des mesures d’adaptation. Pas de responsabilité à assumer pour les destructions déjà en cours.
L’écart entre la politique internationale officielle en matière de climat et la réalité vécue d’un monde en plein réchauffement n’a jamais été plus considérable. À Belém, cet écart est devenu un abîme.
Nous allons vers un réchauffement d’environ 2,8°C pour la fin du siècle. Ce scénario est incompatible avec la dignité humaine — et plus radicalement pour beaucoup avec la survie. La montée du niveau des mers, des vagues de chaleur, des périodes de sécheresse et des inondations vont mettre à mal la sécurité alimentaire, déplacer des communautés et amener les inégalités à des niveaux historiques. Les coûts économiques des catastrophes climatiques sont faramineux, mais les coûts sociaux et humains sont incommensurables : des vies perdues, des moyens de subsistance détruits, des écosystèmes victimes de dégâts irréversibles.
Ces crises de plus en plus graves se jouent dans un monde soumis à l’austérité néolibérale et à l’endettement. Des pays qui combattent les chocs climatiques doivent réduire leurs dépenses sociales, de privatiser des biens publics et d’abandonner leur souveraineté à leurs créanciers. Les États continuent à déverser des milliards dans l’armement, les subventions aux énergies fossiles et l’enrichissement des riches actionnaires. L’économie politique actuelle favorise à la fois le dérèglement climatique et la guerre.
Les COP de moins en moins pertinentes
La COP30 n’a pas mis en place de mécanismes contraignants, ni fixé d’échéance, ni tracé de voie pour maintenir le réchauffement en-dessous d’1,5°C. Elle ne prévoit pas non davantage l’abandon progressif des combustibles fossiles ; les pays producteurs de pétrole ont bloqué toute formulation contraignante, et l’accord final s’est plutôt concentré sur des feuilles de route volontaires. Ce qu’elle a proposé, c’est un espace élargi pour les acteurs privés, les négociants en carbone et les intérêts miniers cherchant à verdir leurs projets extractivistes.
Ce qui est patent — et que pourtant peu de chercheurs sont prêts à reconnaître —, c’est que la crise climatique est inséparable de la logique du capitalisme. Les prétendues « transitions vertes » ne font qu’ouvrir de nouvelles possibilités de profits en restant dans un système mondial d’accumulation. Les énergies renouvelables progressent mais ne remplacent pas les énergies fossiles ; elles ne font que contribuer à une demande croissante au lieu de pousser vers une authentique transition.
Ces sommets sur le climat sont devenus une soupape de sécurité pour le capital. Ils offrent une illusion d’action sans toucher aux rapports d’exploitation. Il est évident que la COP n’a rien fait pour aider les travailleurs ou les communautés déjà victimes de l’effondrement climatique.
L’arnaque de la Transition juste
La COP 30 a adopté le mécanisme d’action de Belém pour une transition juste à l’échelle mondiale (BAM). Il s’agit d’un nouvel agencement institutionnel proposé dans le cadre de la CCNUCC et destiné à remédier à la fragmentation et à l’insuffisance actuelles des efforts mondiaux en faveur d’une transition juste. Les syndicalistes et les travailleurs ne doivent se faire aucune illusion : ce mécanisme ne prévoit ni moyens financiers ni plans concrets pour protéger les travailleurs et les communautés touchés par les initiatives en matière d’énergie et de décarbonation. Il n’y a pas de ressources pour une réindustrialisation en harmonie avec la protection de la nature. Les travailleurs et autres secteurs vulnérables seront donc tout simplement laissés pour compte. Les déclarations et les politiques de la COP ne sont que promesses en l’air. La réalité est plus dure.
Pourquoi ce qui est important, ce sont les mouvements populaires, pas les institutions
Si la COP 30 ne parvient pas à mettre en place les mécanismes nécessaires à la décarbonation ou à la protection sociale, alors l’espoir doit reposer sur les mouvements populaires. Plus précisément, il doit s’appuyer sur les travailleurs, les paysans, les peuples autochtones, les femmes, les jeunes et les pauvres des zones urbaines. En dehors d’un mouvement de masse mondial ancré dans les réalités nationales, les mesures nécessaires pour faire face à la crise climatique ne seront pas prises. Or, un tel mouvement ne peut se construire s’il ne répond pas aux besoins immédiats des classes populaires et des pauvres. La lutte pour la protection du climat et la justice écologique doit donc commencer par la lutte pour la vie elle-même : pour l’eau potable, un logement décent, des emplois, de la nourriture et la sécurité face aux éléments.
Les climatosceptiques de droite exploitent le désespoir des pauvres pour éloigner les citoyens ordinaires des mesures climatiques à prendre. Ils présentent l’écologie comme une menace pour les moyens de subsistance plutôt que comme une voie vers la survie. Pour rallier la majorité, notre mouvement doit associer la transformation écologique à la justice sociale. Nous devons exiger la redistribution des richesses et du pouvoir détenus par la classe des milliardaires, des géants de la technologie et des dirigeants qui pillent la planète à la recherche de profits.
