Quand Washington parie sur Kinshasa
Le partenariat RDC–États-Unis change la géographie du pouvoir économique en Afrique centrale.
Par Nico Minga, Économiste et Géostratège
La première réunion du Joint Steering Committee (JSC) entre la République démocratique du Congo et les États-Unis ne relève pas de la routine diplomatique. Elle marque une rupture. Pour la première fois, Washington structure avec un pays africain un partenariat économique stratégique de cette nature, assumé comme un outil de puissance, de sécurisation des chaînes de valeur et de projection géoéconomique.
L’ouverture par Nick Checker, patron du Bureau américain des affaires africaines, a posé le décor. La RDC n’est plus considérée comme un simple réservoir de matières premières, mais comme un acteur stratégique appelé à compter. Derrière les mots sur l’investissement et la croissance, un message clair se dessine. Le centre de gravité économique mondial se déplace, et le Congo est désormais dans l’équation.
Côté congolais, le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Économie nationale, a inscrit cette dynamique dans une trajectoire politique claire, impulsée par le Président Félix Tshisekedi, et consolidée par l’engagement des autorités américaines sous l’impulsion du Président Donald Trump. L’objectif est assumé : intégrer la RDC dans les chaînes de valeur mondiales, non plus comme une périphérie exploitée, mais comme un maillon structurant.
Les instruments discutés, notamment le Status of Agreement Review (SAR) et le Qualified Strategic Agreement (QSA), traduisent ce changement de logiciel. Il ne s’agit plus de promesses, mais de sécuriser le cadre des investissements, de sélectionner des projets stratégiques et d’aller vite, avec discipline et impact. Investissements ciblés, gouvernance renforcée, contrôle des flux miniers, montée en compétence des administrations. Le partenariat entre dans sa phase opérationnelle.
Le choix de démarrer par le corridor de Lobito, tout en intégrant Banana dans une vision plus large, confirme que la bataille se joue aussi sur les routes, les ports et les standards. La paix, la sécurité et des projets structurants comme Inga ne sont plus des annexes. Ils deviennent des conditions centrales de la stratégie.
Ce partenariat n’est ni une faveur ni une illusion. C’est une opportunité rare. À la RDC maintenant de prouver qu’elle peut transformer un alignement géostratégique en puissance économique réelle.
