Dialogue national ou diversion meurtrière ? La RDC face à sa souveraineté

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Par Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza

Premier Vice-Président fédéral et Représentant adjoint

UDPS/Tshisekedi – Fédération des États-Unis d’Amérique

Analyste géostratégique

Expert en administration publique et gouvernance politique

 

Depuis plusieurs semaines, un même mot d’ordre s’impose dans le débat politique et médiatique congolais : le dialogue national, parfois rebaptisé pacte social. À force d’être répété, ce slogan peut donner l’impression que la République démocratique du Congo traverse une crise politique interne profonde, nécessitant une recomposition institutionnelle urgente. Pour un observateur non averti, la RDC semblerait minée par des tensions internes appelant une médiation nationale.

Cette lecture est erronée. Elle est même dangereuse. Car la RDC ne fait pas face à une crise politique interne classique. Elle subit une agression militaire extérieure, caractérisée par l’occupation de portions de son territoire, le déplacement massif de populations civiles, des violences documentées et une remise en cause directe de sa souveraineté. Toute analyse sérieuse doit partir de cette réalité fondamentale.

Plusieurs figures de l’opposition politique, notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Nvemba, Sesanga, et Lubaya ainsi que certains acteurs de la société civile, appellent avec insistance à l’ouverture d’un dialogue national, présenté comme la seule issue possible à la situation actuelle. Ces appels sont largement relayés dans l’espace médiatique, souvent sans interrogation critique sur leur opportunité stratégique.

À première vue, le dialogue apparaît comme une démarche pacifique et responsable. En démocratie, la concertation est souvent associée à la paix et à la stabilité. Mais le dialogue n’est pas une valeur abstraite : il est un instrument politique dont la pertinence dépend du contexte. Or, appeler à un dialogue interne au cœur d’une agression armée étrangère revient à poser une fausse question à une vraie crise.

Les faits sont pourtant clairs. Des territoires congolais sont occupés. Des populations sont contraintes à l’exil. L’autorité de l’État est défiée par des forces soutenues de l’extérieur. La crise actuelle est avant tout une crise de souveraineté, non une crise de gouvernance ou de légitimité institutionnelle.

Transformer une guerre d’agression en différend politique interne constitue un glissement conceptuel aux conséquences lourdes. Il déplace la responsabilité du conflit de l’agresseur vers l’État agressé et tend à présenter la RDC comme incapable de gérer ses propres affaires. Cette requalification affaiblit la position diplomatique du pays et brouille la lecture internationale du conflit.

Comme le rappelle un vieil adage africain :« Trahir son pays, c’est livrer ses enfants aux armes de l’étranger. »Il ne s’agit pas ici d’un jugement moral, mais d’un avertissement politique : quand le récit national se trompe d’ennemi, la nation s’expose.

Il est également essentiel de rappeler que le président Félix Tshisekedi est en plein exercice de son mandat constitutionnel. Il n’existe ni vacance du pouvoir ni rupture institutionnelle justifiant un processus politique exceptionnel. Le dialogue réclamé par certains acteurs ne répond donc à aucune urgence institutionnelle objective.

Cela ne signifie pas que le débat démocratique soit interdit. Mais en période d’agression, le respect de l’ordre constitutionnel devient une exigence de survie nationale. Toute évolution institutionnelle, y compris constitutionnelle, ne peut se faire que dans le cadre légal prévu, et non sous la pression d’un contexte sécuritaire instrumentalisé.

Introduire un dialogue interne dans ce contexte comporte un risque majeur : la démobilisation nationale. L’histoire des conflits montre que les États agressés qui résistent sont ceux qui préservent la cohésion interne et la clarté stratégique. Multiplier les forums, les appels à la concertation et les débats prématurés fragmente l’opinion, détourne l’attention des priorités sécuritaires et affaiblit le front intérieur.

« Livrer le débat national avant la défense de la patrie, c’est offrir un avantage stratégique à l’ennemi. »

Dans les conflits contemporains, la guerre se joue aussi sur le terrain du récit. Présenter la crise congolaise comme un problème interne, alors que l’agression extérieure est documentée, envoie un signal désastreux à la communauté internationale. Cela réduit la mobilisation diplomatique, relativise la responsabilité de l’agresseur et crée une fausse symétrie entre victimes et agresseurs.

« La manipulation du récit national est souvent le premier pas vers la défaite stratégique. »

Dans un tel contexte, le respect de la hiérarchie institutionnelle est non négociable. Le président de la République, les forces de défense et les institutions diplomatiques incarnent la légitimité de la réponse nationale. Tout forum parallèle prétendant se substituer à cette chaîne décisionnelle fragilise l’État et introduit une confusion dangereuse.

Refuser un dialogue prématuré ne signifie pas refuser la paix. Cela signifie refuser une paix illusoire, construite sur l’ambiguïté stratégique et l’effacement de la souveraineté. La paix véritable suppose la reconnaissance claire de l’agression, la défense du territoire et la restauration de l’autorité de l’État.

Quand la nation est attaquée, la conciliation interne qui ignore l’ennemi cesse d’être une vertu démocratique et devient un facteur de vulnérabilité.

La République démocratique du Congo se trouve aujourd’hui à un carrefour décisif. Soit elle affirme clairement que sa crise est d’abord une agression extérieure appelant une réponse ferme, cohérente et disciplinée. Soit elle se laisse enfermer dans un récit de crise interne qui détourne l’attention des véritables enjeux et sert objectivement les intérêts de l’agresseur.

Il n’existe pas de troisième voie.

La souveraineté congolaise n’est pas négociable.

Elle se défend, elle ne se dilue pas dans des

illusions consensuelles.

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