Entre mémoire néocoloniale, rivalités géopolitiques, intelligence géostratégique et promesses de développement durable

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Le 12 février 2026, la Faculté des sciences sociales, administratives et politiques de l’UNIKIN, en partenariat avec la Fondation Konrad Adenauer, a transformé un simple colloque académique en véritable festin scientifique. Au centre des débats : le Corridor de Lobito et même celui de Tazara (Corridor Central), cette artère géostratégique, aux cœurs des jeux et enjeux des joueurs du jeu géopolitique internationale reliant la Zambie, la RDC et l’Angola, et qui pourrait, selon certains, reconfigurer la carte géopolitique de l’Afrique centrale.

Mais au-delà des discours officiels des diplomates, que révèle réellement ce corridor ? Est-il une renaissance géoéconomique ou un mirage géostratégique ? Une infrastructure de développement ou un nouvel épisode des luttes d’influence mondiales ?

Le Corridor de Lobito : une artère transcontinentale

Le Corridor de Lobito s’articule autour du port atlantique de Lobito en Angola, prolongé par la voie ferrée historique de Benguela, qui traverse l’Angola jusqu’à la frontière congolaise, avec des extensions vers les zones minières du Katanga et jusqu’en Zambie. Lors de la conférence, le Professeur Félicien Kabamba a rappelé une donnée historique fascinante : ce projet n’est pas né au XXIᵉ siècle. Il trouve ses racines à l’époque de Léopold II, lorsque l’exploitation du cuivre katangais nécessitait déjà un accès stratégique à l’Atlantique. A relier avec l’histoire de Maria de Fonceca, concubine Métisse du Roi Msiri – Merci au Prof. Prince Kaumba.

Question scientifique clé : Les corridors contemporains en Afrique sont-ils de simples réactivations d’infrastructures coloniales ou des dispositifs radicalement nouveaux de souveraineté économique ?

Entre promesse de rentabilité et défis structurels

Le Professeur Daniel Makiesse Mwana wa Nzambi a mis en lumière les défis de rentabilité et de durabilité du corridor en RDC : Insuffisance d’infrastructures complémentaires (routes secondaires, entrepôts logistiques), Dépendance aux fluctuations du marché mondial des minerais ; Faible industrialisation locale ; Gouvernance et transparence des contrats.

Données géostratégiques majeures

La RDC détient environ 70 % des réserves mondiales de cobalt, essentiel à la transition énergétique, La Zambie reste un producteur clé de cuivre ; Le corridor réduit significativement les distances d’exportation vers l’Atlantique comparé aux voies orientées vers l’océan Indien.

Question géoéconomique : Le corridor permettra-t-il à la RDC de passer du statut d’exportateur brut à celui d’acteur stratégique dans la chaîne de valeur mondiale des minerais critiques ?

Les « dits » et les « non-dits » : diplomatie silencieuse et rivalités globales

Dans la recomposition géopolitique actuelle, le Corridor de Lobito n’est pas neutre. Les Etats-Unis, via des partenariats soutenus par le G7, ont affiché leur soutien au projet comme alternative stratégique à l’expansion chinoise en Afrique, notamment face à l’initiative des Nouvelles Routes de la Soie.

Question géopolitique : Le Corridor de Lobito est-il un instrument de souveraineté africaine ou un terrain de rivalité entre grandes puissances ?

Le Professeur Jean-Pierre Mpiana Tshitenge wa Masengu a souligné que ce corridor s’inscrit dans une nouvelle cartographie des flux mondiaux : Sécurisation des minerais critiques pour l’Occident. Diversification des routes commerciales. Réduction de la dépendance aux corridors saturés d’Afrique de l’Est.

Aménagement du territoire et transformation sociale

Madame la Coordinatrice adjointe du CEPCOR a insisté sur la configuration technique et les impacts territoriaux : Création de pôles logistiques, Développement des villes secondaires et interconnectivé au sein du Bassin corridorien, Intégration régionale accrue. Mais un corridor n’est pas qu’un tracé ferroviaire.

En socio-anthropologie des transports, une question fondamentale émerge : comment les corridors transforment-ils les identités locales, les hiérarchies sociales et les dynamiques migratoires ?

Les doctorants de l’Observatoire de la Gouvernance ainsi que les étudiants en Géopolitologie, massivement présents, ont soulevé des interrogations sur : Les risques d’expropriation. Les mutations des économies locales. Les inégalités territoriales accrues.

Corridor et souveraineté : paradoxe de chez nous ?

Historiquement, les voies ferrées africaines ont souvent servi l’extraction vers l’extérieur plutôt que l’intégration interne. Le Corridor de Lobito peut-il rompre ce schéma pour devenir un Corridor de développement endogène ? Un corridor devient vecteur de développement lorsque :

Il favorise la transformation locale des matières premières, Il intègre des politiques industrielles nationales à travers la valorisation du génie scientifique et des matériaux endogènes ; Il renforce les capacités institutionnelles et des acteurs locaux ; Il génère des retombées fiscales transparentes.

Sans ces conditions, il risque de demeurer une simple « autoroute des matières premières ». Avons-nous déjà commencé à réfléchir pour faire de ce corridor un projet d’ancrage local ?

Lobito : une route vers quel avenir pour nos enfants et pour l’Etat Congolais ?

Sous la modération critique du géopolitologue Michel Bisa Kibul, les échanges ont pris une dimension philosogéographique : Qui contrôle les flux contrôle-t-il l’avenir ? Nous savons déjà que celui qui contrôle une route, contre les passagers et les marchandises ; Les corridors sont-ils les nouvelles frontières invisibles du XXIᵉ siècle ? La RDC peut-elle imposer sa propre grammaire des échanges sans risquer de mourir par balkanisation ? Autant des corridors, pour autant des destinations, ne faut-il pas y voir le morcèlement de l’Etat dans son unité actuelle ? Le Corridor de Lobito apparaît alors comme un laboratoire grandeur nature de la géostratégie contemporaine.

Pourquoi cela nous concerne tous ?

Parce que derrière une ligne ferroviaire, une route, une rivière, du Corridor se jouent : La transition énergétique mondiale, La souveraineté économique africaine, Les équilibres diplomatiques globaux ; Les transformations sociales profondes des territoires.

Ce corridor n’est pas qu’un projet d’infrastructure. C’est une interrogation sur la place de la RDC dans le monde. Et si, cette fois, l’histoire ne se répétait pas ?

Pour aller plus loin : pistes de recherche

Analyse comparative avec d’autres corridors africains, Étude d’impact socio-anthropologique longitudinale ; Modélisation économique de la chaîne de valeur minière intégrée. Étude de la diplomatie infrastructurelle dans les relations Nord-Sud. Le Corridor de Lobito est-il un simple rail d’acier ou une ligne de fracture entre deux mondes ? La réponse, peut-être, se construit déjà sur ses traverses.

Michel Bisa Kibul, Moluki pe Motangisi

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