Tension budgétaire en RDC: Sortir du tumulte et retrouver la mesure (Par Nico Minga, Économiste et Géostratège)
Dans les périodes de tension budgétaire, les réactions deviennent souvent excessives. Les uns annoncent l’effondrement imminent, les autres célèbrent déjà une victoire politique ou technique. Entre les prophètes de catastrophe et les discours triomphalistes, la réalité économique demeure plus nuancée et plus exigeante.
La République démocratique du Congo traverse une phase de pression budgétaire. Cela ne signifie ni dérive systémique ni miracle économique. Il s’agit d’une situation que connaissent régulièrement les économies dépendantes de recettes volatiles, confrontées à des besoins sociaux importants et à des contraintes sécuritaires persistantes. L’émotion ne doit pas remplacer l’analyse.
Confusion des rôles
Le débat public tend à confondre les responsabilités institutionnelles. La Banque Centrale du Congo ne vote pas le budget de l’État. Sa mission est de préserver la stabilité monétaire, de contenir l’inflation et de veiller à la solidité du système bancaire.
Le Gouvernement, pour sa part, élabore et exécute le budget. Lorsque les dépenses dépassent les recettes, un déficit apparaît. Il s’agit d’un déséquilibre comptable qui relève de la gestion budgétaire ordinaire.
Accuser la Banque centrale d’un problème de trésorerie revient à confondre l’instrument de mesure et la matière considérée. Il convient également de replacer la situation actuelle dans une perspective historique. Depuis les réformes engagées au début des années 2000, un cadre macroéconomique plus discipliné a progressivement été mis en place.
La séparation des rôles entre autorité budgétaire et autorité monétaire constitue un acquis institutionnel important et une condition essentielle de stabilité.
Les chiffres ne crient pas, ils parlent
Les tensions budgétaires actuelles s’expliquent par des facteurs objectifs. La pression fiscale demeure relativement faible, historiquement entre 9 % et 13 % du PIB, contre 18 à 25 % en moyenne en Afrique subsaharienne. Les recettes publiques restent fortement dépendantes des minerais, ce qui expose le budget aux fluctuations des prix internationaux. Les dépenses sécuritaires et sociales sont structurellement élevées dans un pays confronté à des tensions persistantes à l’Est, avec une forte croissance démographique.
Aucun de ces éléments n’est nouveau et tous les économistes sérieux le savent. Ils constituent le socle des défis économiques congolais depuis des décennies. Il serait donc excessif d’annoncer une rupture monétaire imminente. Il serait tout aussi imprudent d’affirmer que tout danger est écarté.
Le récent affermissement du franc congolais a certes produit des effets mécaniques, directs et indirects, sur l’équilibre budgétaire. À volume constant, les recettes exprimées en monnaie nationale ont diminué, creusant ainsi le déficit en termes nominaux alors les dépenses sont restées constantes en CDF.
Cette embellie du franc a également généré l’effet inverse sur certaines charges, notamment la dette extérieure et les importations publiques, réduisant partiellement la pression budgétaire. Ces ajustements montrent que le taux de change peut influencer l’expression du déficit, sans en être la cause structurelle.
Le danger de l’exagération
La stabilité ne repose pas sur des slogans, mais sur la discipline budgétaire, l’amélioration progressive de la mobilisation des recettes et le respect de l’indépendance monétaire. La RDC n’est ni au bord du gouffre ni au sommet d’un miracle. Elle traverse une phase d’ajustement qui exige sérieux et sang-froid.
L’économie n’est pas un théâtre pour prophètes, qu’ils soient alarmistes ou euphoriques. Elle est un exercice d’équilibre permanent. Dans ce moment précis, la meilleure réponse collective n’est ni la panique ni l’autosatisfaction.
C’est la mesure. L’enjeu n’est pas de choisir entre monnaie forte et budget équilibré, mais de renforcer la diversification économique et d’élargir l’assiette fiscale afin de réduire cette vulnérabilité structurelle.
La confiance se reconstruira moins par des déclarations spectaculaires que par la constance des institutions et la cohérence des décisions. C’est dans cette continuité que se jouera la stabilité à venir.
