Affaire Mushobekwa : La Cour militaire renvoie l’audience à la huitaine face aux enjeux procéduraux
L’affaire opposant la famille Mushobekwa aux prévenus Philémon Mambabwa Nzembo, Tshinde Bope et Aaron Ekulela, a connu un nouveau rebond ce jeudi 23 avril 2026. Alors que l’audience devait se tenir à la plaidoirie des parties au procès ce, après que la Cour ait entendu les renseignants, la Cour militaire a décidé de renvoyer l’affaire à la huitaine, suite à une demande de la partie civile portant sur la visualisation des images des tortures infligées aux trois jeunes victimes.
Le procès qui se déroule devant la Cour pénale militaire, a pris une tournure décisive. La défense et la partie civile se sont affrontées sur un point crucial : l’accès aux preuves visuelles des sévices qui auraient subis par Claudien Likulia, Christopher Likulia et Noa Butera, dont deux fils de l’ancienne ministre des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa.
Une demande de visualisation au cœur des débats
Dès l’ouverture des débats, ce jeudi 23 avril, la partie civile a formulé une requête solennelle : pouvoir visualiser les images atroces des actes de torture présumés. Cette demande, loin d’être anecdotique, pose la question de l’administration de la preuve devant la juridiction militaire. Pour les avocats des victimes, l’examen de ces enregistrements est essentiel afin d’établir la matérialité des faits et de convaincre la Cour de la gravité des actes reprochés aux prévenus.
Cependant, la défense s’est opposée à cette diffusion immédiate, soulevant probablement des arguments tenant à l’authenticité des séquences. Face à ce désaccord procédural majeur, la Cour a opté pour un renvoi à la huitaine, fixant la prochaine audience au jeudi 30 avril 2026, tout en instruisant le greffier militaire d’accéder à la requête de la partie civile en apprêtant du matériel nécessaire pour visualiser les images. A la même occasion, la Cour a également accédé à la demande de la défense de disponibiliser un expert médical quant à ce.
Un calendrier procédural désormais fixé
Le planning des prochaines échéances judiciaires a été clairement établi :
· Jeudi 30 avril 2026 : la Cour se réunira à nouveau pour statuer sur la visualisation des images, prévue le jeudi prochain.
· Suite à cette visualisation, les débats laisseront place aux plaidoiries, moment crucial où chaque partie présentera ses arguments de fond avant que la Cour ne se prononce.
La juridiction devra ensuite délibérer après avoir pris connaissance de l’avis du Ministère public, qui va déjà formuler ses réquisitions le même jeudi 30 avril.
Le parquet militaire poursuit en effet les trois accusés pour des chefs d’accusation graves : actes de torture et incitation de militaires à commettre des actes contraires à la loi et au devoir militaire, des faits prévus et punis par le code Pénal militaire en ses articles 88 du Code pénal Militaire et les articles 47, 48 bis, 67 du Code pénal Ordinaire.
Une affaire-test pour la justice congolaise
Cette affaire dépasse largement le cadre judiciaire. Comme l’avait souligné Me Jean-Claude Katende, défenseur des droits humains, dès décembre 2025 : « Quelles que soient les raisons invoquées, la torture, sous toutes ses formes, est interdite par la Constitution. La personne citée dans cette affaire doit être mise à la disposition de la justice. »
Les images des sévices infligés aux jeunes hommes, âgés de 17 et 18 ans à l’époque des faits, avaient provoqué une vive émotion en RDC. Elles montraient des traitements d’une rare brutalité, relançant le débat sur le respect des droits humains et les méthodes attribuées à certains services de l’État.
Aujourd’hui, alors que le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme avait enregistré 551 cas de violations en mars 2025, ce dossier s’impose comme un test majeur. La Cour pénale militaire est appelée à démontrer que nul n’est au-dessus de la loi et que la lutte contre la torture ne peut rester un simple engagement de principe.
Perspectives
La décision qui sera rendue à l’issue des plaidoiries sera scrutée au niveau national et international. Elle déterminera non seulement le sort de Philémon Mambabwa, Tshinde Bope et Aaron Ekulela, mais aussi la crédibilité de la justice militaire congolaise dans la répression des actes de torture commis par des agents de l’État. La prochaine audience du 30 avril s’annonce donc décisive.
Pius Romain Rolland
