Au 2ème forum de l’Afrique de l’Ouest à Dakar: La Doctorante Liliane Ahombo parle de l’expérience de la gouvernance en RDC    

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La Doctorante Liliane Ahombo, Directrice exécutive du Centre d’Etudes Stratégique et de Sécurité Internationale, a pris part au deuxième Forum de l’Afrique de l’Ouest, tenu à Dakar, à l’initiative de l’Institut Chine-Afrique, en collaboration avec l’École nationale d’administration (ENA) du Sénégal du 26 au 27 avril 2026. Cette rencontre de haut niveau avait pour thème central : « Gouvernance de la coopération sino-africaine ». À cette occasion, sa communication a porté sur la gouvernance des investissements et projets durables.

Historique de la coopération Sino-Africaine

S’il est officiellement admis que la coopération moderne Chine – Afrique remonte en 1955 lors de la conférence de Bandoeng en Indonésie, il faut reconnaître que les contacts entre les peuples chinois et africains sont plus anciens.

En effet, les relations Chine/Afrique sont ancrées dans une histoire multiséculaire de contacts maritimes, au gré des alizés, à travers l’océan Indien. C’est donc, tout naturellement, d’un côté, la côte sud de la Chine (Guanzhou) et de l’autre, la façade est du continent africain qui fut les premières concernées. Comme l’attestent les chroniques chinoises de IX ème et Xème siècles et surtout quelques vestiges archéologiques, par exemple sur la côte tanzanienne à Kunduchi, près de Dar-es-Salaam : des bols en porcelaine; des monnaies chinoises correspondants à la période 1403-1424 (dynastie des Ming), période où Zheng He, amiral de la flotte impériale considéré comme le premier grand explorateur maritime moderne, conduisit en 1417-1419 et en 1431-1433, deux grandes expéditions sur la côte d’Afrique orientale et commerçant avec les hommes de Tanzanie, du Kenya, de Somalie.

Mais dans ses relations modernes depuis les indépendances africaines dans les années 1960, «la Chine et l’Afrique sont liés par une amitié profonde. Le soutien de l’Afrique à la création de la Chine nouvelle qui est un point de départ de la diplomatie nouvelle. Ce soutien constitue un trésor précieux à ne pas oublier. C’est grâce au soutien de l’Afrique que la Chine a recouvré son siège permanent au sein des nations unies.

L’Afrique de son côté connait depuis quelques années la présence remarquable de la Chine, cette présence est considérée comme une nouvelle opportunité d’affaires, de développement et de coopération dans divers domaine.

Quant à la RDC, l’histoire nous renseigne que la première vague des ressortissants chinois à fouler le sol congolais avaient participé à la construction du chemin de fer Matadi-Kinshasa entre 1890 et 1898.

La deuxième vague a été observée autour de l’accession du Congo-Belge à la souveraineté nationale et internationale.

La troisième vague est celle des Chinois venus officiellement au Congo, alors Zaïre dans le cadre de normalisation des relations diplomatiques avec la République Populaire de Chine en 1972.

La quatrième vague s’est observée à partir de 2008, année de signature du contrat de partenariat Sino-Congolais fondé d’un côté sur l’aménagement des infrastructures de base et, de l’autre, sur la production minière. C’est qui a favorisé la présence remarquable des Chinois en République Démocratique du Congo et l’intensification des échanges entre les deux pays amis. Le lien qui existe entre les peuples Chinois et Congolais est une courroie de transmission des nouvelles opportunités d’affaires, de développement et de coopération dans divers domaines. Outre les mines et les infrastructures, La présence chinoise s’affirme également dans d’autres secteurs clés (l’électricité, de la santé, culture etc.)

Il sied de noter qu’à partir de la normalisation de leurs relations diplomatiques le 24 novembre 1972, la coopération entre la RDC et la Chine se consolide sans cesse. Cette coopération connaît trois périodes :

période de fondation et normalisation :(entre 1972-1990)

Durant la période de la guerre froide les relations sino-africaines étaient conformes à l’idéologie consistant à soutenir les pays africains contre l’impérialisme, le colonialisme et le néocolonialisme.Pour ce qui est de la RDC (ex Zaïre), sous l’impulsion de Mobutu, alors Président de la République, la RDC rompt avec Taïwan pour reconnaître la République populaire de Chine. Comme symbole de normalisation de cette coopération : le Président Mobutu a rendu visite à son Homologue Chinois Mao Zedong en 1973, s’en est suivi la construction des infrastructures imposantes telles que le palais du peuple (siège du parlement) et de stade Kamanyola (des Martyres).

La signature du Contrat d’exploitation minier et de construction des infrastructures

L’avènement du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), en 2000, et de l’Initiative de la ceinture et de la route (Route de la Soie) ont favorisé la signature de plusieurs contrats de partenariat entre l’Afrique et la Chine, en général, et entre la RDC et la Chine, en particulier, donnant naissance à des joint- ventures. Telles que : la Société Minière de DEZIWA (SOMIDEZ), KAMBOVE MINING, HUACHIN MABENDE, China Nonferrous Metal Compagnie (CNMC), la SICOMINES, la liste n’est pas exhaustive. Nous allons nous attarder sur la Sicomines qui a un statut particulier.

Le secteur minier en RDC concentre les intérêts économiques chinois : 80% des exportations congolaises du secteur minier sont à destination de la Chine alors que, côté offre, les entreprises minières chinoises sont fortement dominantes (70 à 80% du marché du cuivre et du cobalt).

La Sino-congolaises des Mines S.A (Sicomines) est une société minière internationale établie en République Démocratique du Congo, conformément à la convention de collaboration relative au développement d’un Projet Minier et d’un projet d’infrastructures, signée en 2008 entre la Gécamines et le Groupement d’Entreprises chinoises. La SICOMINES S.A, est un acteur principal de la Convention de Collaboration Sino-Congolaise, elle accompagne efficacement l’Etat Congolais dans la réalisation de grands projets d’infrastructures.

Le basculement de la coopération gagnant-gagnant à un partenariat stratégique global

Les deux visites du Président Tshisekedi en Chine (2023 et 2024) étaient un succès, importante et historique, surtout que les deux chefs d’Etat s’étaient convenus pour établir une coopération globale et stratégique. La coopération a été élevée à un niveau sans précédent. Ces visites avaient favorisé la signature de nombreux accords afin de renforcer la coopération qui couvrent non seulement les secteurs traditionnels (mines, infrastructures), mais aussi les secteurs d’avenir comme l’économie verte, l’industrie, l’économie numérique, l’énergie renouvelable », il s’agissait d’une empreinte d’amitié.

L’expérience de la gouvernance en RDC

En République Démocratique du Congo, la gouvernance est en train d’évoluer vers une modernisation axée sur la transparence, la performance et la décentralisation. Ces nouveaux instruments s’inscrivent dans une volonté de réforme de l’administration publique et d’amélioration du climat des affaires.

L’expérience de la gouvernance dans les relations sino-congolaises traverse une phase de profonde restructuration depuis 2023. Le modèle historique de contrat « minerais contre infrastructures » qui a été beaucoup critiqué au début, pour son manque de transparence est passé à une volonté de rééquilibrage stratégique pilotée par l’Etat congolais.

Le 14 mars 2024, le Chef de l’Etat avait présidé la cérémonie de signature du contrat minier renégocié avec le Groupement des entreprises chinoises, augmentant l’investissement dans les infrastructures de 3,2 à 7 milliards de dollars américains.Cette renégociation avait abouti à la ratification du cinquième avenant au contrat minier entre la RDC et le Groupement des entreprises chinoises, initialement signé en avril 2008. Cet avenant a consacré également la participation de la RDC dans le capital du barrage hydroélectrique de SICOHYDRO de Busanga à la hauteur de 40%.

La renégociation du contrat Sicomines a permis à la RDC d’augmenter significativement ses ressources financières et d’accélérer la réalisation d’infrastructures stratégiques, tout en renforçant la transparence et la gouvernance du projet.

Après la signature de l’avenant 5, la RDC capte désormais environ 470 millions de dollars par an pour financer ses infrastructures, contre une moyenne de 50 millions avant la révision. Sur les 900 millions de dollars de bénéfices annuels générés par l’exploitation minière, 324 millions sont alloués au budget des infrastructures, le reste étant partagé entre la Gécamines et le consortium chinois. Cette redistribution vise à neutraliser les incohérences financières et à réduire les risques de la corruption.

La renégociation du contrat emblématique liant la République Démocratique du Congo à un consortium d’entreprises chinoises connaît un nouveau chapitre, révélant des dividendes économiques concrets. Cette progression s’inscrit dans une dynamique de transparence et de réévaluation voulue par les plus hautes autorités du pays.

Le projet Sicomines, après sa renégociation, fonctionne comme un moteur essentiel du financement des travaux publics. Près de 70% des chantiers d’infrastructures en cours sont financés par les dividendes de ce projet.

Sur les 900 millions de dollars de bénéfices annuels générés par l’exploitation minière, une tranche prioritaire de 324 millions est désormais allouée au budget des infrastructures. Le solde, d’environ 576 millions, est ensuite partagé entre les associés, la Gécamines et le groupement chinois. Ce modèle, qualifié de « gagnant-gagnant », représente une nette amélioration par rapport à l’architecture initiale du partenariat RDC Chine mines, qui a été souvent décriée pour son opacité.

Concrètement, cette enveloppe supplémentaire dégagée après la renégociation du contrat finance la construction des infrastructures routières pour faciliter la connectivité dans quelques provinces du pays. Exemple la rocade de Kinshasa, les axes routiers Mbuji-Mayi – Mwene-Ditu et Kananga–Kalambambuji, ou encore la route Bukavu–Kamanyola, ainsi que la Route Manterne-Tshela-Singini sont autant de projets dont l’avancement est directement indexé sur les flux de la Sicomines.

En définitive, le partenariat entre la RDC et la Chine dans le secteur minier, est un levier économique puissant. La clé du succès réside désormais dans la capacité de l’État à maintenir une bonne gouvernance de ces fonds et à en maximiser les retombées sur le développement national.

Pour renforcer, la bonne gouvernance et l’efficacité dans la gestion des ressources naturelles, ainsi que dans le suivi des partenariats stratégiques conclus par la RDC , un outil technique et financier destiné à la mission d’audit du projet de coopération sino-congolais couvrant la période 2008-2024 a été lancé.

Cet audit vise à

Procéder à une évaluation approfondie de l’exécution du projet sur toute la période concernée ;

Mettre à jour et certifier les ressources minérales engagées dans le partenariat ;

Vérifier la fiabilité et la cohérence des données géologiques disponibles ;

Analyser la performance globale du programme, notamment au regard des engagements pris dans les volets minier et infrastructurel.

Cet exercice permettra également d’offrir une meilleure visibilité sur les ressources mobilisées et les résultats obtenus.

Cette démarche constitue une étape normale dans la gouvernance d’un partenariat stratégique d’une telle envergure, dans un contexte international où la transparence, l’évaluation et la redevabilité sont devenues des standards incontournables dans la gestion des ressources naturelles.

La gouvernance ne se limite plus aux mines et infrastructures mais s’étend à des domaines stratégiques pour le développement durable ; agriculture, énergie, numérique, formation professionnelle…

A RETENIR :

Sur le plan politique et diplomatique, après la construction de l’imposante chancellerie de la Chine en RDC, les deux parties échangent sur de nouveaux projets, notamment le bâtiment de l’état-major général et celui du ministère des Affaires étrangères. La coopération entre la Chine et la RDC a donné des résultats palpables dans plusieurs domaines.

Dans le domaine commercial, La RDC est devenue la première destination des investissements chinois en Afrique. Les investissements chinois en RDC dépassent 30 milliards de dollars américains.

Le volume total des échanges commerciaux entre la Chine et la RDC pour les cinq dernières années se présentement de la manière suivante:

14,409 milliards de dollars américains (2021);

21,603 milliards de dollars américains (2022);

18,703 milliards de dollars américains (2023);

25,936 milliards de dollars américains (2024);

26,665 milliards de dollars américains (2025).

Dans le secteur minier, les résultats sont particulièrement importants. La production de cuivre de la RDC est passée de 1,2 million de tonnes en 2018 à 3,5 millions de tonnes en 2025. Cette hausse a été rendue possible en grande partie grâce aux investissements des entreprises chinoises. Cela a soutenu le développement du secteur minier congolais et consolidé la position de la RDC comme deuxième producteur mondial de cuivre.

Dans le domaine des infrastructures, 89 contrats des projets d’infrastructures ont été conclus dans le cadre du programme sino-congolais, qui couvre divers domaines tels que les routes, les stades, les hôpitaux et l’alimentation en eau, répartis dans 39 villes des 17 provinces sur toute l’étendue du territoire congolais, apportant ainsi une contribution au développement socio-économique de la RDC.

Dans le domaine de la santé, chaque année, la Chine envoie deux missions médicales à Kinshasa et à Lubumbashi pour travailler avec les hôpitaux locaux, avec des dons en matériel médical pour faire face aux situations d’urgence.

Dans le domaine de la culture, la Chine a financé la construction d’un Centre Culturel et artistique de l’Afrique Centrale qui été inauguré en 2024 par le Président Felix Antoine Tshisekedi.

Dans le domaine de la formation professionnelle, Le Centre de formation professionnelle de Kolwezi devrait être achevé et remis à la partie congolaise cette année.

 

 

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