Affaire Auditeur supérieur militaire contre Philémon Mambabwa et consorts : les images qui closent le débat (Reportage de Pius Romain Rolland)
L’affaire portant le numéro RP540, qui oppose l’Auditeur supérieur militaire aux enfants Likulia et à l’ANR Philémon Mambabwa, est entrée dans sa phase cruciale : celle de la plaidoirie. Ce jeudi 30 avril 2026, un moment d’une rare intensité a bouleversé l’audience lorsque la Cour a ordonné la projection d’images post-torture. Face à l’indicible, personne n’a retenu ses larmes.
Des images qui ne laissent place à aucun doute
À la demande de la Cour militaire, les séquences vidéo des sévices infligés aux victimes – dont deux enfants mineurs de 17 ans et un nouveau majeur à peine 18 ans– ont été diffusées dans la salle d’audience. Barbarie, violence gratuite, souffrance physique et psychologique : chaque image a confirmé le pire.
Selon plusieurs témoins présents, il était impossible de rester impassible devant un père utilisant les moyens de l’État contre les enfants amis à sa fille et sa nièce.
Marie-Ange Mushobekwa : « Je jure dire la vérité devant n’importe quelle cour du monde »
Interrogée par la Cour sur l’authenticité des images, l’ancienne ministre des Droits Humains, Marie-Ange Mushobekwa, mère des victimes, a répondu sans hésitation : Je confirme leur véracité, leur authenticité et je jure de défendre ces faits devant n’importe quelle juridiction du monde, a-t-elle soutenu devant la juridiction militaire. D’ajouter, « J’ai parcouru le monde pour défendre les sans-défense. Jamais je n’avais vu une telle méchanceté inhumaine », a-t-elle déclaré, avant de s’interroger sur la volonté délibérée de Philémon Mambabwa d’infliger des atrocités susceptibles d’endommager les organes vitaux de ses propres enfants.
Malgré le dilatoire de la défense de vouloir désorienter le débat par des questions hors dossier en instruction, la Cour a ordonné à la partie civile de plaider la cause.
Trois conseils l’ont assistée dans cette épreuve : Me Muiti Muhindo Ngalashi, Hubert Efole et Claude Bena.
Plaidoirie de Me Muiti Muhindo Ngalashi : quatre évidences accablantes
Prenant la parole au nom de la défense des victimes, Me Muiti Muhindo Ngalashi, avocat au Barreau du Nord-Kivu, a dressé un réquisitoire implacable. Il a d’abord rappelé le serment de sa profession : « Un sens élevé du vrai et une prise de conscience responsable de la mission des auxiliaires de justice pour la sauvegarde de la paix sociale et de la sécurité collective et individuelle. »
Fort de cette exigence, il a exposé quatre évidences tirées de l’instruction, des auditions, des confrontations et des pièces du dossier :
1. Douleurs intentionnellement infligées
Les souffrances aiguës subies par les trois victimes (dont deux mineurs) ont été délibérément causées par les prévenus Tshende Bope et Ekukela Bunda, sur ordre – ou plutôt sur instigation – du prévenu principal, Philémon Mambabwa, tout-puissant administrateur de l’ANR.
2. Une punition pour un moment d’allégresse
Les victimes ont été châtiées pour avoir simplement accepté, naïvement, de passer des moments heureux avec leurs amies dans la résidence fortement militarisée de M. Mambabwa.
3. Des actes de cruauté et de barbarie
Les cotes 14, 66 et 67 du dossier font état des cris et des pleurs. Les cotes 22, 24 et 28 décrivent les tortures elles-mêmes. Les cotes 39, 42 et 80 attestent de l’ordre donné : « maîtriser et corriger » les trois victimes. L’avocat a relevé une contradiction majeure à savoir : le donneur d’ordre prétend ne pas avoir été informé des tortures, mais lorsqu’il l’apprend, il ne dénonce rien. Pis, il conseille à la mère (Ndlr Marie Ange Mushobekwa) d’appliquer une pommade. « Appliquer une pommade sur des blessures qui n’existent pas si l’on n’a rien subi ? », s’interroge l’avocat.
Pour Me Muiti, le prévenu Philémon Mambabwa s’accuse implicitement, ajoutant même avec arrogance ce qui suit : « Si mes hommes armés les avaient tabassés, ils ne seraient plus en vie. »
4. Traumatismes graves et séquelles persistantes
Les tortures ont laissé des séquelles physiques et psychologiques durables : maux de tête atroces, troubles cérébraux post-agression, contusions musculaires. À ce jour, les enfants continuent de souffrir.
Et maintenant ?
Me Muiti a prévenu : si la plaidoirie des prévenus venait à contredire ses évidences, il se tiendrait prêt à rebondir pour les confronter. L’audience se poursuit dans une atmosphère pesante, au-delà des images qui ont déjà clos le débat, Maitre Muiti Muhindo a été relayé par Maitre Hubert Efole qui lui, a plaidé quant à la gravité des faits réprimés par les lois de la République, dans « Une nuit en enfer ». Me Hubert Efole dénonce la barbarie d’un haut cadre sécuritaire et de ses gardes contre trois enfants
Dans une affaire qui a secoué l’audience du tribunal militaire, Me Hubert Efole a prononcé une plaidoirie cinglante dans le dossier RP 540. Face à la juridiction, il a décrit, preuves à l’appui, le calvaire enduré par trois enfants – dont deux mineurs et un tout juste âgé de 18 ans – livrés à la brutalité d’un père responsable et de ses gardes en uniforme, au sein même de l’antre familial.
Un scénario qui aurait pu être une simple amitié entre jeunes
La nuit tragique, a rappelé l’avocat, devait être celle de retrouvailles banales et joyeuses. Tout commence par une volonté partagée par trois filles, dont la fille du prévenu, Monsieur Mambabua, de revoir le jeune Claudien, fraîchement revenu de France pour les vacances de Noël 2025.
Mais le scénario bascule aux alentours de minuit – une heure du matin. Le prévenu reçoit un appel de sa fille : l’une de ses amies souffre de douleurs menstruelles intenses, et son « cousin » doit apporter un médicament.
Plutôt que de faire preuve de prudence – en appelant les parents de la jeune fille prétendument malade, en vérifiant l’identité de ce « cousin », ou en s’inquiétant d’une visite à une heure aussi tardive en l’absence des deux parents – Monsieur Mambabua donne son accord sans restriction. Mieux, il neutralise ses propres gardes pour faciliter l’accès.
Une autorisation paternelle, puis un piège qui se referme
Guidés par les jeunes filles et convaincus de l’autorisation du père, Claudien, son jeune frère, et leur ami pénètrent dans la résidence. Tout semble normal, sous le regard même des gardes.
Mais à son retour, le prévenu fait semblant d’oublier son propre accord donné après minuit. Sans aucune restriction ni durée, il se met en scène en père outragé de trouver des garçons du même âge que sa fille. Pourtant, rien ne justifie sa fureur : il s’agit d’enfants « sages », ne consommant pas de drogues ou d’alcool.
Me Efole a souligné avec ironie amère que ces adolescents ont fait preuve de plus de responsabilité que les adultes censés les protéger. Si la négligence du père avait conduit à un drame – overdose, accident – il en aurait porté l’entière responsabilité.
Une vengeance froide sur des enfants sans défense
Au lieu d’assumer sa propre légèreté, Monsieur Philémon Mambabua décide de se venger. Épargnant sa propre fille et ses amies – pourtant à l’origine du mensonge – il concentre sa colère sur les trois garçons.
Devant ses gardes, il organise un interrogatoire musclé dans son salon, les excitant en leur montrant combien il a été outragé par ces « intrus ». L’ordre est donné de transférer les enfants à la 7ème Direction de l’ANR. Faute de chauffeur disponible, le prévenu improvise alors un enfer domestique : détention dans la guérite, consigne de « maîtriser » les enfants, et « petite correction ».
La nuit d’horreur se déroule en deux sessions :
· Coups pour les enfants Likulia,
· Cage du chien pour le fils Butera.
Me Hubert Efole a produit vidéos et photos à l’appui, et cité le prévenu lui-même, railleur, osant déclarer qu’« un peu de pommade ferait passer la douleur ».
Des qualifications pénales parfaitement constituées
Aux termes de sa plaidoirie, Me Hubert Efole a démontré que les faits sont constitutifs des infractions suivantes :
· Pour Monsieur Philémon Mambabua : incitation d’un ou plusieurs militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline, peine punie par l’article 88 du code pénal militaire congolais.
· Pour les deux policiers : torture, crime imprescriptible punie par les articles 48 bis et 48 ter du code pénal congolais, en concours idéal avec l’article 104 du code pénal militaire.
Les éléments légal, matériel et moral sont, selon la défense, parfaitement caractérisés dans le chef de chaque prévenu.
En somme, « Plus qu’une affaire, un symbole de l’arbitraire en uniforme »
En terminant sa plaidoirie, Maître Hubert Efole a lancé un appel vibrant à la justice : « Ces enfants étaient seuls, sans protection, face à des tortionnaires heureux de faire plaisir à leur chef. Ce n’est pas seulement une affaire de droit, c’est l’image d’un système qui abandonne les plus faibles aux caprices brutaux de l’autorité. La justice doit être exemplaire, pour que jamais plus une nuit d’horreur ne se répète dans l’antre de ceux qui devraient protéger», a-t-il fait savoir.
Quant à Me Claude Bena qui a martelé sur les préjudices causés aux trois victimes y compris à leurs respectives mères, en sollicitant de la Cour réparation du fait de la barbarie de Monsieur Philemon Mambabwa qui utilise les moyens de l’État dans sa cruauté.
Me Claude Bena réclame plus de 3,4 millions USD pour trois enfants victimes de torture
Dans une plaidoirie solennelle devant la Cour Militaire, Maître Claude Bena a détaillé les répercussions catastrophiques des actes de torture infligés à trois enfants mineurs. L’avocat a requis la condamnation du délinquant Philemon Mambabwa et de deux policiers, tout en soumettant à la cour une demande de dommages et intérêts s’élevant à 3 400 000 USD, y compris les préjudices moraux accordés aux mères.
Les fondements juridiques de la demande
Sur le plan procédural, Me Claude Bena s’est appuyé sur l’article 258 du code civil, livre III, qui stipule que « tout fait quelconque de l’homme qui cause préjudice à autrui oblige celui par lequel la faute est arrivée à le réparer ». Il a démontré que la constitution de partie civile était recevable, les frais ayant été acquittés conformément à l’article 69 de la loi portant organisation, fonctionnement et compétences des juridictions de l’ordre judiciaire.
Un préjudice « incalculable » pour les mineurs sans défense
L’avocat a insisté sur la gravité des séquelles : thanatophobie (angoisse face à sa propre mort), traumatismes profonds, chute des résultats scolaires menant à l’exclusion, et « vides dans la manière de raisonner ». Pour ces trois enfants, il a postulé un million de dollars américains chacun, dont 200.000 dollars pour chaque mère
La souffrance des mères
Pour les deux mères, décrites comme témoins directs des traumatismes subis par leurs enfants, Me Bena a demandé 400 mille de dollars (soit 200 mille par mère) pour réparer le préjudice moral distinct.
Réquisitions
En conclusion, l’avocat a demandé à la cour de condamner Philémon Mambabwa ainsi que les deux policiers aux peines prévues par la loi, et d’allouer l’intégralité des dommages et intérêts, payables en monnaie ayant cours légal en RDC.
Les manœuvres dilatoires de la défense pris au piège et exaspère l’organe de la loi
Ce qui devait être une étape décisive dans le procès opposant le haut cadre de l’ANR, Philémon Mambabwa, à la famille de l’ex-ministre Marie-Ange Mushobekwa a failli virer à l’incident diplomatique judiciaire. Alors que les débats semblaient toucher à leur paroxysme à la prison militaire de Ndolo, la demande du report à la huitaine de l’organe de la loi a suscité la colère de la défense, qui n’a pas hésité à qualifier la cause en cours de « justice de théâtre ».
Une requête qui passe mal
L’audience de ce jeudi devait entendre le réquisitoire de l’Auditeur supérieur militaire, pièce maîtresse du procès où l’accusation expose ses réquisitions contre Philémon Mambabwa, ses deux gardes du corps, ainsi que cinq autres militaires actuellement en fuite. Mais après des heures de plaidoirie émouvante de la partie civile, détaillant les sévices subis par les victimes, l’Auditeur militaire a pris tout le monde de court.
Ce dernier a sollicité un report à la huitaine. Motif officiel : peaufiner son réquisitoire au regard de la complexité du dossier et des éléments de torture présentés.
Cette requête a été vécue comme une douche froide par les avocats de la défense de Philémon Mambabwa contre Marie Ange Mushobekwa (partie civile). L’un des conseils, visiblement exaspéré, s’est levé pour fustiger ce qu’il considère comme une manœuvre dilatoire de l’organe de la loi« Nous venons de passer des heures et des mois à démontrer, preuves et témoignages à l’appui, la réalité des faits sans implication de notre client. Et l’on nous dit qu’il a besoin de temps pour écrire ce qu’il a entendu ?
C’est une mascarade, crie l’avocat de la défense qui a exaspéré l’Auditeur supérieur militaire, l’un des meilleurs de la République. « Nous assistons à une justice de théâtre où l’on change le script en plein acte, » a-t-il lancé devant la Cour.
La torture comme preuve « irréfutable »
L’incident diplomatique judiciaire trouve son écho dans la gravité des faits reprochés. Selon les éléments versés au dossier et rapportés par la partie civile, la nuit du 21 décembre 2025 restera marquée par un épisode d’une violence inouïe.
Les enfants de Marie-Ange Mushobekwa auraient été victimes d’un véritable parcours de la mort : enlèvement, séquestration arbitraire et tortures systématiques. Les avocats de la partie civile affirment détenir des preuves irréfutables, notamment des certificats médicaux et des expertises psychologiques, attestant que les victimes ont subi des actes de barbarie. Ces éléments mettraient hors de tout doute la culpabilité non seulement de Philémon Mambabwa et de ses deux gardes actuellement sous les verrous, mais aussi d’un commando de cinq autres militaires tortionnaires toujours en cavale.
Face à l’émotion de la salle, le président de la Cour militaire, Kilensele Muke Jean-Robert, a tenté d’apaiser les esprits. Il a rappelé que le transfert des débats à Ndolo visait précisément à garantir la sérénité des débats.
Entre droit de savoir et secret défense
Ce procès, suivi comme du lait sur le feu par l’opinion publique, est aussi marqué par une guerre de communication. La défense de Mambabwa, s’appuyant sur sa fonction au sein de l’ANR, avait initialement tenté de faire exclure les journalistes de l’audience, arguant de la « sensibilité » du dossier. Une requête rejetée catégoriquement par le tribunal, qui a maintenu le principe de la publicité des débats.
« La Cour se basera uniquement sur les faits et non sur les rumeurs, » avait tranché le président, répondant également aux plaintes de la défense qui accusait la partie civile de « procès médiatique » sur les réseaux sociaux.
Si l’Auditeur militaire a obtenu son report, le suspense reste entier. Ce délai d’une semaine, loin d’apaiser les tensions, risque de renforcer la suspicion des prévenus.
Pour eux, ce report n’est qu’une tentative pour un haut responsable dont la culpabilité leur semble déjà acquise.
L’affaire est mise en délibéré pour le jeudi prochain. La manière dont l’Auditeur militaire motivera ses réquisitions sera déterminante pour la crédibilité de cette justice militaire, alors que cinq accusés courent toujours, dont deux en détention.
Le tribunal a réservé sa décision. L’affaire RP 540 reste, pour l’opinion, le symbole glaçant d’un devoir parental et sécuritaire bafoué, et le rappel que la barbarie peut parfois se cacher derrière un uniforme et un portail cossu.
À suivre.
