Africa CEO Forum 2026 : De qui se moque Kagame ? (John Ngombua)
À Kigali, devant un parterre de décideurs et de capitaines d’industrie réunis pour l’Africa CEO Forum 2026, Paul Kagame a une nouvelle fois revêtu son costume favori ; celui du héraut de la souveraineté africaine. Avec une franchise qui confine au cynisme, il a dénoncé les puissances étrangères qui « dépouillent » le continent et l’usage d’intermédiaires pour piller les ressources.
Mais à l’écoute de ce plaidoyer pour l’autodétermination, une question brûlante s’impose ; comment peut-on dénoncer avec tant de ferveur les méthodes que l’on applique soi-même chez son voisin ?
Le double langage comme stratégie de puissance
Kagame fustige les « intermédiaires » envoyés par des puissances pour « prendre tout ce qu’ils veulent ». Pourtant, à quelques kilomètres de la salle de conférence, les rapports d’experts des Nations Unies et les témoignages de terrain pointent inlassablement vers une même réalité ; le soutien de Kigali au M23. Dans ce théâtre tragique de l’Est de la RDC, qui joue le rôle de l’intermédiaire ? Qui organise le transit des minerais de sang ?
Une souveraineté à géométrie variable
Le président rwandais appelle les dirigeants africains à « attribuer eux-mêmes une valeur à leurs propres ressources ». Un conseil judicieux, si seulement il ne s’appliquait pas aussi aux ressources que le Rwanda exporte sans les produire sur son propre sol.
Le paradoxe du coltan et de l’or
Comment prôner la fin du pillage de l’Afrique tout en étant devenu une plaque tournante incontournable de minerais dont le sous-sol rwandais ne possède qu’une fraction des volumes exportés ?
Le refus de la vulnérabilité
Kagame demande à l’Afrique de ne plus être « vulnérable ». Mais cette vulnérabilité est précisément celle que l’instabilité sécuritaire, entretenue par des interventions transfrontalières, impose aux populations du Nord-Kivu.
L’indignation sélective
Entendre Paul Kagame parler de « cynisme » à propos des sanctions internationales est un comble. Les sanctions qu’il dénonce comme étant au service du « plus offrant » sont souvent les mêmes qui tentent de freiner l’escalade militaire dont il est l’un des protagonistes majeurs.
L’urgence d’une cohérence panafricaine
L’Afrique de 2026 n’a plus besoin de discours inspirants qui servent de paravent à des ambitions hégémoniques régionales. La « propriété panafricaine » ne peut pas se construire sur la déstabilisation d’un État frère.
Si l’on veut vraiment que l’Afrique cesse de négocier depuis une « position de désavantage permanent », cela commence par respecter la souveraineté de ses voisins. Sinon, les leçons de morale de Kigali ne seront que ce qu’elles sont aujourd’hui : une brillante mais tragique mise en scène.
