La diplomatie mondiale veut imposer la paix à l’Est sans solder l’agression (Par Danny Matadi, journaliste indépendant)
Le point de rupture est désormais atteint. Les États-Unis rejoignent ouvertement la France et l’Union européenne dans une ligne diplomatique devenue presque unanime. Il n’y aurait pas de solution militaire à la guerre dans l’Est de la RDC. Loin du Deal RDC-USA, Washington appelle au cessez-le-feu, à la protection des civils et au dialogue entre Kinshasa, Kigali et l’AFC/M23.
À première vue, le message paraît raisonnable. Qui peut s’opposer à la paix, à la protection des civils et à la fin des massacres ? Mais derrière cette sagesse diplomatique apparente se cache une question brutale. Demande-t-on à la RDC de négocier la paix ou de légaliser, sous pression, une agression territoriale ?
Le problème n’est pas le dialogue. Le problème est le rapport de force dans lequel ce dialogue est exigé. Lorsqu’un État voit ses territoires occupés, ses populations déplacées et ses frontières violées, appeler au dialogue sans exiger d’abord le retrait des forces étrangères revient à transformer l’agresseur en partenaire politique.
La communauté internationale ne pense pas seulement à la RDC. Elle pense à la stabilité régionale, aux minerais critiques, aux corridors logistiques, à la crise humanitaire, à la menace d’Ebola et aux intérêts économiques. Elle veut d’abord arrêter le feu. La RDC, elle, doit obtenir davantage. Arrêter le feu, restaurer sa souveraineté, désarmer les groupes armés, garantir le retour des déplacés et empêcher que la rébellion ne soit récompensée politiquement.
Kinshasa doit donc éviter deux pièges. Le premier serait l’orgueil stérile, qui consisterait à refuser toute discussion et à laisser d’autres écrire seuls l’agenda diplomatique.
Le second serait la naïveté stratégique, qui consisterait à entrer dans une négociation sans conditions, sans garanties et sans ligne rouge. Dans ce cas, le dialogue ne serait plus un instrument de paix, mais une procédure de régularisation de l’occupation.
La RDC doit répondre par une doctrine claire. Oui au cessez-le-feu, mais pas à un cessez-le-feu qui fige les lignes de conquête. Oui à la protection des civils, mais pas à une protection qui transforme les victimes en monnaie d’échange. Oui au dialogue, mais pas à un dialogue qui place sur le même plan l’État congolais et une force politico-militaire appuyée de l’extérieur.
Intensification de la pression diplomatique mondiale
Le Président Félix Tshisekedi doit désormais lire avec lucidité les signes du temps. La pression diplomatique mondiale s’intensifie, les positions se durcissent et certains partenaires veulent imposer à la RDC une paix rapide, parfois au détriment de la justice et de la souveraineté. Dans un tel moment, le Chef de l’État ne doit ni subir l’agenda des autres ni rejeter toute initiative par réflexe.
Il doit anticiper, fixer clairement les conditions de la RDC et rappeler une évidence que beaucoup préfèrent oublier.
On ne construit pas une paix durable en demandant à un État agressé de négocier sous la menace de ceux qui occupent son territoire.
Kinshasa peut négocier, si négociation il y a, mais en État. Pas en accusé. Pas en vaincu. Pas en pays suppliant. En État agressé qui accepte la paix, mais refuse l’humiliation. Un État qui parle de dialogue, mais exige le retrait effectif des forces étrangères, le désarmement réel de l’AFC/M23, le retour sécurisé des déplacés, la restauration de l’autorité de l’État, des sanctions ciblées et des garanties internationales vérifiables. Il peut aller au dialogue, mais pas les mains vides. Il peut accepter la diplomatie, mais pas l’humiliation. Il peut rechercher la paix, mais pas au prix de la souveraineté nationale.
La paix n’est pas un slogan. La paix sans souveraineté est une capitulation bien emballée. La paix sans justice est une pause avant la prochaine guerre. La paix sans vérité est une prime à la force. C’est à ce prix que la paix cessera d’être un simple arrangement diplomatique pour devenir une victoire de la souveraineté congolaise.
Dans le monde réel, la RDC ne doit pas seulement observer. Elle doit lire, anticiper, poser ses conditions et rendre sa souveraineté incontournable.
