Réforme de la justice en RDC: Le Comité de pilotage valide le Plan de travail 2026 et lance la mise en œuvre du programme quinquennal
Une étape décisive vient d’être franchie dans le processus de modernisation du système judiciaire congolais. Réunis à Kinshasa à l’occasion de la première session du Comité de pilotage du Programme conjoint d’appui à la réforme de la justice en République démocratique du Congo pour la période 2025-2029, les principaux acteurs du secteur judiciaire ainsi que les partenaires techniques et financiers ont validé le Plan de travail annuel (PTA) 2026, ouvrant ainsi la voie à la mise en œuvre effective de ce vaste programme de réformes.
La réunion a été présidée par le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, en présence des représentants de la justice civile et militaire, du Conseil supérieur de la magistrature, du système des Nations Unies ainsi que de plusieurs partenaires engagés dans l’accompagnement du secteur de la justice en RDC.
Cette première réunion du Comité de pilotage avait pour objectif principal de définir les orientations stratégiques devant guider les actions du programme durant sa première année d’exécution. Les participants ont examiné les priorités identifiées par le Gouvernement congolais et les partenaires du programme avant d’approuver officiellement le Plan de travail annuel 2026.
Ce document constitue désormais la feuille de route opérationnelle qui permettra de traduire en actions concrètes les ambitions du Programme conjoint d’appui à la réforme de la justice, conçu pour accompagner la transformation du système judiciaire congolais au cours des cinq prochaines années.
Le programme vise notamment à renforcer l’État de droit, améliorer l’accès des populations aux services judiciaires, moderniser les infrastructures et les mécanismes de gestion de la justice, améliorer les conditions de détention dans les établissements pénitentiaires et promouvoir davantage le respect des droits humains.
Guillaume Ngefa réaffirme les priorités du Gouvernement
Dans son allocution de clôture, le Ministre d’État Guillaume Ngefa a salué l’esprit de collaboration qui a caractérisé les travaux et a insisté sur la dimension stratégique du programme.
Selon lui, cette initiative est le résultat d’un travail conjoint entre le Gouvernement de la République, le Conseil supérieur de la magistrature et les agences des Nations Unies, dans le but de répondre aux défis majeurs auxquels fait face le système judiciaire national.
Le Garde des Sceaux a rappelé que les réformes engagées s’articulent autour de plusieurs priorités essentielles, parmi lesquelles la lutte contre la corruption, la spoliation des biens, l’impunité et les dysfonctionnements administratifs qui fragilisent la confiance des citoyens envers les institutions judiciaires.
Il a également souligné l’importance de la digitalisation du système judiciaire, considérée comme un levier majeur pour accélérer le traitement des dossiers, renforcer la transparence et améliorer l’efficacité des services judiciaires à travers le pays.
« Notre ambition est de bâtir une justice moderne, efficace, accessible et capable de répondre aux attentes légitimes de la population », a-t-il laissé entendre au cours des échanges.
Réduire le désert judiciaire et rapprocher la justice des citoyens
L’un des points majeurs abordés lors de cette réunion concerne l’accès à la justice pour les populations vivant dans des zones éloignées des juridictions.
Le Ministre d’État a reconnu que de nombreuses régions du pays continuent de souffrir d’un manque d’infrastructures judiciaires, créant ce qu’il a qualifié de « désert judiciaire ». Cette situation prive une partie importante de la population de la possibilité de faire valoir ses droits dans des délais raisonnables.
Pour remédier à cette réalité, Guillaume Ngefa a annoncé la construction de six nouveaux complexes judiciaires avant la fin de l’année 2026. Ces infrastructures devraient permettre d’étendre la couverture territoriale des services judiciaires et d’améliorer l’accès des citoyens aux tribunaux.
Par ailleurs, le ministre a annoncé une révision des frais de consignation afin de réduire les obstacles financiers qui empêchent certaines catégories de la population d’accéder à la justice.
« La justice ne doit pas être une affaire réservée à ceux qui disposent des moyens financiers », a-t-il affirmé, réitérant la volonté du Gouvernement de rendre les services judiciaires plus accessibles à tous.
La lutte contre l’impunité au service de la paix
Abordant la situation sécuritaire préoccupante dans l’Est de la République démocratique du Congo, le Ministre d’État a réaffirmé la détermination des autorités nationales à poursuivre les auteurs des crimes graves commis sur le territoire national.
Il a insisté sur le fait que la justice congolaise entend jouer pleinement son rôle dans la lutte contre l’impunité, indépendamment de la nationalité des personnes impliquées.
Selon lui, les auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou d’autres violations graves des droits humains devront répondre de leurs actes devant les juridictions compétentes.
Pour le Gouvernement, la lutte contre l’impunité constitue non seulement une exigence de justice pour les victimes, mais également un instrument indispensable pour consolider la paix et la stabilité dans les régions affectées par les conflits armés.
Les Nations Unies réaffirment leur soutien aux réformes
Prenant la parole au nom des partenaires internationaux, Damien Mama, représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a salué les efforts entrepris par les autorités congolaises pour renforcer le système judiciaire.
Il a rappelé que la justice constitue l’un des piliers fondamentaux du développement durable et de la stabilité institutionnelle.
Selon lui, aucune société ne peut espérer bâtir une paix durable sans garantir à ses citoyens une justice crédible, indépendante, accessible et respectueuse des droits humains.
Le responsable onusien a également réaffirmé l’engagement du système des Nations Unies à accompagner les autorités congolaises dans la mise en œuvre des réformes prévues dans le cadre du programme 2025-2029.
Un tournant pour l’État de droit en RDC
La validation du Plan de travail annuel 2026 marque ainsi le lancement effectif de la phase opérationnelle du Programme conjoint d’appui à la réforme de la justice. Pour les autorités congolaises comme pour leurs partenaires, cette étape ouvre une nouvelle séquence dans les efforts de modernisation du secteur judiciaire.
Au-delà des réformes institutionnelles, l’objectif demeure de restaurer la confiance des citoyens dans la justice, de renforcer l’État de droit et de garantir une meilleure protection des droits fondamentaux.
À travers ce programme ambitieux, la RDC entend poser les bases d’un système judiciaire plus performant, plus transparent et plus proche des préoccupations de la population, dans la perspective d’une gouvernance fondée sur la responsabilité, l’équité et la justice pour tous.
Corinne Ontande
