RDC : une vaste mafia foncière mise à nu, des personnalités politiques dans le viseur 

Plus de 150 biens immobiliers appartenant à l’État et à des particuliers auraient été illégalement accaparés dans la seule commune de la Gombe, à Kinshasa. C’est ce qu’a révélé l’actuel ministre de la Justice, qui dénonce une opération de spoliation d’une ampleur inédite. Selon lui, d’anciens ministres ainsi que des membres du gouvernement en fonction seraient impliqués dans ces pratiques criminelles portant gravement atteinte aux droits des citoyens. 

 

Chaque jour, deux Congolais sur trois seraient confrontés à des cas de spoliation immobilière, souvent sans procédure judiciaire régulière. Depuis le départ de l’ex‑ministre Constant Mutamba du ministère de la Justice, le nombre de victimes ne cesse d’augmenter. Le nouveau ministre, Guillaume Ngefa, alerte désormais sur une corruption foncière généralisée touchant l’ensemble du territoire national.

 

Guillaume Ngefa affirme que 154 maisons, appartenant aussi bien à des particuliers qu’à l’État, ont été spoliées dans la commune de la Gombe, l’un des quartiers les plus sensibles et les plus coûteux de la capitale. Il évoque l’implication directe d’anciens ministres et de ministres en exercice, accusés d’utiliser leur influence pour s’approprier des biens immobiliers publics et privés. Des enquêtes seraient en cours, même si beaucoup doutent qu’elles puissent aboutir dans un contexte d’impunité persistante.

 

D’après plusieurs sources, des anciens membres du gouvernement agiraient en complicité avec des agents de l’administration publique : conservateurs des titres immobiliers, agents du cadastre, services de l’urbanisme et de l’habitat. Le nom de l’ancien ministre de l’Intérieur, aujourd’hui député national et cadre de l’UDPS, Peter Kazadi Kankonde, est notamment cité, ainsi que celui de son cabinet d’avocats, réputé pour son implication dans des affaires de spoliation. Des officiers supérieurs seraient également mentionnés dans plusieurs dossiers.

 

Les mêmes sources évoquent aussi l’implication de hauts magistrats de la Cour de cassation dans des affaires de corruption et de falsification de titres fonciers. Plusieurs noms circulent, parmi lesquels les magistrats Bihata Mabungu, Kamanvu Manvuanda, Baraka Ntatu, Mulamba Lufulwabo ou encore Masiala Mahowa. Ces derniers travailleraient en étroite collaboration avec le conservateur des titres immobiliers de la Gombe. La liste complète des personnalités politiques impliquées devrait être rendue publique prochainement.

 

Dans un pays où la corruption et l’impunité sont profondément enracinées, il reste extrêmement difficile de poursuivre des anciens ministres ou des membres du gouvernement en fonction. Leur pouvoir et leurs réseaux leur permettent de protéger leurs intérêts économiques, souvent acquis en complicité avec des agents de l’État. De nombreux titres fonciers auraient déjà été falsifiés, rendant presque impossible pour les véritables propriétaires de récupérer leurs biens.

 

Ce phénomène n’est pas nouveau. En juillet 2024, une intervention de l’ex‑ministre Constant Mutamba avait permis à plusieurs familles de réintégrer leurs maisons après une première tentative d’expulsion. Mais aujourd’hui, ces mêmes familles ont de nouveau été dépossédées de leurs biens par des personnalités influentes bénéficiant du soutien d’agents publics, de magistrats, de policiers et de militaires. Pourtant, les habitants affirment détenir tous les documents légaux prouvant leurs droits de propriété. Dans le climat actuel, il semble presque illusoire pour ces victimes d’espérer obtenir justice.

 

Affaire à suivre…

 

Armel Langanda

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