Daniel Mukoko parcours le trajet entre Boende et Bokungu en canot rapide pour près de 11 heures

Le trajet entre Boende et Bokungu en canot rapide a duré près de 11 heures. Certes, des ennuis mécaniques et plusieurs arrêts pour le ravitaillement en carburant ont allongé le voyage. Mais le constat principal demeure : les déplacements entre ces deux localités sont devenus particulièrement difficiles en raison de l’impraticabilité des routes, notamment de la RN8. Le faible niveau du trafic observé en est la conséquence directe.

 

Trois enseignements se dégagent de cette journée :

Bokungu est victime d’une déconnexion économique progressive

Comme de nombreuses zones agricoles et forestières de la cuvette centrale congolaise, Bokungu a cessé d’être pleinement intégré à l’économie régionale qui faisait autrefois sa prospérité. Café robusta, cacao, palmier à huile, manioc, maïs et produits forestiers alimentaient jadis des circuits commerciaux dynamiques vers Mbandaka et Kinshasa.

Cette rupture trouve son origine dans l’effondrement des infrastructures de transport : dégradation des routes, recul de la navigation régulière, disparition de nombreux ports secondaires et explosion des coûts logistiques. À cela se sont ajoutés les effets de la zaïrianisation, qui ont contribué à l’abandon des plantations et à la perte d’accès aux marchés pour les producteurs.

La bataille décisive est celle du coût du transport

Pour reconnecter Bokungu, Monkoto, Boende, Befale, Ikela et d’autres territoires enclavés à l’économie nationale, il faut d’abord réduire le coût de déplacement des personnes et des marchandises.

Aujourd’hui, rapporté à la valeur des produits transportés, le coût du transport dans ces territoires figure parmi les plus élevés d’Afrique. Le coût routier moyen de la tonne-kilomètre y est souvent cinq à dix fois supérieur à celui observé dans de nombreuses autres régions du continent.

Nous ne pouvons plus demander aux producteurs de supporter simultanément : des routes de desserte agricole dégradées ; une desserte fluviale insuffisante ; de multiples ruptures de charge ; des coûts élevés de carburant et de maintenance, ainsi que divers prélèvements informels.

Sans une réduction substantielle des coûts logistiques, aucune relance durable de la production locale ne sera possible.

La priorité n’est pas de créer la production, mais de reconnecter la production aux marchés

Le problème de Bokungu, comme celui de Monkoto ou de Boende, n’est pas l’absence de potentiel économique. Les terres sont là, les ressources sont là et les populations sont là.

Le véritable obstacle est le coût exorbitant du kilomètre parcouru entre le champ, le marché local, le port et les grands centres de consommation. La relance économique de ces territoires passera d’abord par la reconstruction de cette connexion logistique indispensable entre les bassins de production et les marchés.

Belle surprise au cours de cette longue navigation sur la rivière Tshuapa : malgré l’isolement géographique, nous sommes restés connectés au monde grâce à Starlink d’Elonmusk. Une démonstration concrète que s’il a été possible de réduire la fracture numérique, il doit aussi être possible de réduire la profonde fracture logistique actuelle.

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