Après la ville morte, la plainte avortée contre le président de la République et le sit-in du Palais du Peuple, la C64 envisage la prise de la Bastille. Appuyée par la CENCO qui évoque une manifestation légale, elle convie la population à une marche ce 08 juillet sur toute l’étendue du pays et, dont le point de chute à Kinshasa, est le Palais de Nation. Objet : dire au locataire des lieux, à qui on dénie même l’initiative de la révision constitutionnelle de par l’article 218, que c’en est fini avec lui pour violation de serment l’engageant à protéger et à défendre la Constitution. Ce qui a comme conséquence le démantèlement de la base légale sur laquelle reposait son pouvoir, ainsi que la confiance lui faite par le peuple qui l’avait hissé au sommet de l’Etat. Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constituant une infraction aux termes de l’article 64, la C64 et la CENCO, conscientes que le Palais de la Nation est inviolable, sont à la recherche des incidents, le cas échéant, d’un bain de sang, pour obtenir la réprobation du régime Tshisekedi sur le plan international, l’affaiblir et susciter, entre autres, le recul des Américains, décidés à faire plier Paul Kagame et ses supplétifs de l’AFC-M23 présentement dans la tourmente des sanctions, guère saluées par les opposants et les prélats catholiques. C’est une insurrection en perspective, une menace à prendre au sérieux.
Réunie au sein de la C64, l’opposition est décidée d’en découdre avec le régime de Félix Tshisekedi avant même le terme du deuxième mandat. Pour ce faire, elle monte graduellement en puissance en termes de manifestations.
Après le succès mitigé de la ville morte du 03 juin pour marquer l’adhésion du peuple à sa démarche, la plainte avortée contre le président de la République le 09 juin faute de motivations solides pour asseoir le chef d’accusation, et le controversé sit-in du 13 juin pour empêcher l’adoption de la loi référendaire par le Parlement, la C64, envisage la prise de la Bastille comme en 1789 en France. Sous prétexte que le président de la République a violé son serment de respecter et de défendre la Constitution sans indiquer des faits avérés y relatifs, et lui déniant même l’initiative de la révision constitutionnelle prévue à l’article 218, l’opposition convie la population à une marche ce 08 juillet sur toute l’étendue du pays. Le point de chute à Kinshasa est le Palais de Nation, siège de l’institution président de la République et symbole du pouvoir de l’Etat. Objet : dire au locataire des lieux que c’en est fini avec lui parce qu’il a démantelé la base légale sur laquelle reposait son pouvoir, ainsi que la confiance lui faite par le peuple qui l’avait hissé au sommet de l’Etat. La même rengaine est reprise par la CENCO dans son message du 20 juin.
Faute d’appui politique et sociologique évident à sa démarche sur le terrain à l’interne, la C64, dont les partis politiques et associations membres n’ont pas vraiment pignon sur rue, s’est amarrée à la CENCO, dont l’hostilité envers le président Félix Tshisekedi est connue depuis l’aube de son avènement au pouvoir. Ensemble, elles entendent le sacrifier sur l’autel de la communauté internationale pour violation éventuelle des droits de l’homme et précipiter ainsi sa chute. Qu’importe la manière démocratique dont il a accédé au pouvoir !
Mais, malgré l’amplification des faits dans le rapport du monitoring à sens unique produit par Mgr Donatien Nshole sur l’assaut de l’opposition le 13 juin sur le Palais du Peuple, le bilan, au demeurant partial, était beaucoup trop maigre pour susciter la vague de condamnations des instances internationales. La copie a donc été revue de façon audacieuse pour s’attaquer au cœur du pouvoir en marchant sur le Palais de la Nation. Objectif poursuivi : créer des incidents pouvant donner lieu, le cas échéant, à un bain de sang. Ce qui engendrerait une vive réprobation du régime Tshisekedi sur le plan international et, par ricochet, son affaiblissement. Dans la foulée, le Rwanda et ses supplétifs de l’AFC-M23, présentement dans la tourmente des sanctions américaines non saluées par les opposants et les prélats catholiques, pourraient retrouver du ressort.
Navigation à contre-courant de l’article 64
La Coalition de Martin Fayulu et consorts tire sa dénomination de l’article 64 sur base duquel ils s’instituent en rempart contre tout changement de la Constitution du 18 février 2006. Celui-ci est libellé comme suit : «Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’Etat. Elle est punie conformément à la loi».
La démarche de la C64 rencontre-t-elle l’esprit et la lettre de l’article 64, dont question ? Qui d’entre Félix Tshisekedi et la C64 veut prendre le pouvoir par la force ? Elu par deux fois et étant en plein mandat, le président de la République en fonction ne peut plus prendre le pouvoir parce qu’il est au pouvoir. Son mandat court jusque décembre 2028 et la Constitution, en son article 71, prévoit son maintien jusqu’à l’installation du nouveau président élu.
C’est plutôt la C64 qui veut prendre le pouvoir sur le sang des Congolais en incitant les paisibles citoyens à marcher sur le Palais de la Nation, édifice inviolable, et y chasser le locataire. De mémoire des Congolais, même du temps de la grande opposition avec l’UDPS sous Mobutu, Kabila père et Kabila fils, personne n’a jamais osé défier à ce point le pouvoir en l’attaquant au cœur de son dispositif. Puis, sous Joseph Kabila, les manifestations politiques ont été délocalisées de la commune de la Gombe, centre d’affaires et politco-administratif, vers la périphérie. Aucun parti politique ne s’est jamais risqué à y bomber le torse. C’est donc un défi que l’opposition et les prélats catholiques lancent au pouvoir en place. Pourtant, l’accord entre la RDC et le Saint siège est assez explicite : A César ce qui est César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Nulle part, l’Etat et l’Eglise catholique, dont la CENCO est une ASBL régie par la loi congolaise, sont placés sur un même pied d’égalité.
Le président Félix Tshisekedi exercice-t-il le pouvoir en violation des dispositions de la Constitution du 18 février 2006 ? Reportée sine die pour complément des faits afin d’asseoir l’infraction du coup d’Etat constitutionnel non reconnu par le droit positif congolais, la plainte de l’opposition aurait été édifiante pour l’opinion tant nationale qu’internationale en ce qui concerne ses rapports avec la Constitution. En effet, la violation évoquée de son serment apparaît plus vague. Elle n’est pas non plus étayée par des faits vérifiés et vérifiables?
Quels sont les actes commis par le président de la République qui le mettent en porte-à-faux par rapport à la Constitution ? Apparemment aucun. Est-ce qu’appeler à un débat sur le changement de la Constitution pour être à l’air du temps constitue une entrave à celle-ci ? Quelles sont ses dispositions qui seraient ainsi heurtées ?
La Constitution donne-t-elle au président de la République des prérogatives en vue de sa réforme soutenue autrefois par plusieurs candidats présidents de la République réunis ce jour au sein de la C64 ? Oui. L’article 218 lui en donne l’initiative. Autant que l’Assemblée nationale, le Sénat, ainsi qu’une faction de 100 000 Congolais par pétition. La Constitution n’écarte pas non plus, de par l’article 5, le recours au peuple appelé à se prononcer par référendum en cas de révision constitutionnelle ou de telle autre matière envisagée dans ce cadre. Ce qui requiert une loi référendaire, dont la proposition a été adoptée par le Parlement et envoyée au chef de l’Etat pour promulgation. Est-ce la procédure suivie est-elle anticonstitutionnelle ? Si c’est le cas, elle peut être attaquée devant la Cour constitutionnelle par la C64 et la CENCO.
Par ailleurs, l’article 64 dispose, dans son alinéa 2, que «Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’Etat. Elle est punie conformément à la loi». Qui alors de Félix Tshisekedi et de la C64-CENCO tente de renverser le régime constitutionnel établi et a des accointances avec le Rwanda, pays agresseur du Congo, et ses supplétifs de l’AFC-M23 ? Qui est en intelligence avec l’ancien président de la République Joseph Kabila, condamné par le Trésor américain pour son soutien actif aux rebelles qu’il finance et sa complicité avérée avec le Rwanda dans la déstabilisation de l’est du Congo ? Qui a déclaré à la face du monde que l’AFC-M23 est l’aspiration du peuple et que ce n’est pas un mouvement anarchique ? A-t-il déjà été dénoncé pour de tels propos, propos à la fois téméraires et insultants pour le peuple congolais, autant que Paul Kagame, par les opposants et les prélats catholiques ? Pourquoi donc ce silence coupable qui traduit non pas seulement une complicité avec l’ennemi, mais aussi un acte trahison envers son pays, somme toute faits infractionnels imprescriptibles aux termes de l’article 64 et punis par la loi congolaise ?
Il va donc sans dire que la C64 tombe sous le coup de l’article 64 sur lequel elle se fonde pour s’ériger en défenseur de la Constitution. Inciter la population à marcher sur le Palais de la Nation afin d’y défenestrer le locataire est un acte d’insurrection et de déstabilisation institutionnelle qui ne peut rester impuni. Voilà qui confirme que Martin Fayulu avait compris de travers les propos du président burundais lors de sa récente visite à Kinshasa.
La CENCO au service du Rwanda et de ses supplétifs
Faut-il quelles preuves pour attester la connivence de la CENCO avec les agresseurs du Congo et leurs complices congolais ? Faut-il que le Seigneur Jésus descende du ciel pour le dire ? Le pape François n’avait-il pas dénoncé la mesquinerie du clergé catholique congolais lors de venue à Kinshasa en 2023 ? Ce sont des gens plus tournés vers la mondanité que l’évangile, avait-il noté. L’ancien nonce apostolique au Congo avait laissé entendre en juin 2023 à Lubumbashi que c’est une utopie de croire que l’Eglise catholique, dont la mission est d’apporter l’évangile au peuple de Dieu, pourrait développer le Congo. C’est de l’apanage de l’État.
Comment expliquer l’énergie dépensée et les propos discourtois et séditieux tenus en rapport avec un éventuel changement de la Constitution, alors qu’ils se réservent sur les vraies causes de la guerre à l’est qui a envoyé dans l’au-delà des millions d’âmes des Congolais et condamné depuis trois décennies à l’errance au pays et à l’étranger de millions d’autres ? Pourquoi n’ont-ils jamais condamné le Rwanda et ses supplétifs de l’AFC-M23 pour leur expédition macabre au Congo, ni exprimer la moindre compassion pour de milliers de Congolais tombés lors de la chute des villes de Goma et de Bukavu ? Pourquoi ne se sont-ils jamais levés avec une telle virulence contre Paul Kagame qui réclame des terres congolaises qu’ils le font contre le prest Félix Tshisekedi ?
Bien au contraire, ils se répandent en apologie des autorités rwandaises. Le Cardinal Fridolin Ambongo ne s’est pas gêné jadis de vanter la gouvernance de Paul Kagame qui a transformé le Rwanda. Pourtant, ce dernier est un dictateur connu dans le monde, qui étouffe la liberté de l’Eglise catholique dans son pays, bafoue les droits de son peuple et ménage la Constitution de son pays selon son bon vouloir. L’archevêque de Kinshasa, dont l’aversion envers le président Félix Tshisekedi est connue depuis la nuit des temps, a poussé loin son outrecuidance autrefois à Rome en déclarant qu’il ne comprend pas pourquoi tout le monde entier a peur du président américain Trump. C’est-à-dire qu’il ne comprend pas comment le monde fonctionne et serait même prêt à l’affronter au non de Dieu. Juste parce que celui-ci soutient le président Félix Tshisekedi dans la quête de la paix à l’est. Quels délires ! Avec la chute de la ville d’Uvira, il a crié à la limite des Accords de Washington violés aussitôt après avoir été signés, se réservant encore une fois de condamner le Rwanda qui en était à la base. Et curieux, depuis que les sanctions de l’Administration américaine tombent et mettent à l’épreuve Paul Kagame et ses supplétifs de l’AFC-M23, il n’a fait aucune déclaration allant dans le sens de soutenir ce qui est bénéfique pour les Congolais. Autant que Mgr Donatien Nshole qui met sur un même pied d’égalité les armées invitées et occupantes, se veut neutre dans les tueries sur le sol congolais, observe la discrimination des Swahiliphones à Kinshasa, et qualifie de création d’intelligence artificielle la déclaration de l’ambassadrice du Rwanda à l’ONU confirmant la présence de leurs troupes au Congo. Sans scrupules, il laisse entendre que ses moniteurs envoyés pour couvrir l’assaut du 13 juin sur le Palais du Peuple, parce que peu nombreux, n’avaient pas sans doute bien vu le déploiement des partisans de l’opposition avec machettes et autres armes blanches en mains !
Président de la CENCO, Mgr Fulgence Muteba n’est pas en marge. A la traîne de Moïse Katumbi et de Joseph Kabila au nom du Katanga, il s’est félicité du soutien de Paul Kagame à leur démarche en faveur du Pacte social pour le bien-vivre en RDC et dans les Grands Lacs et a apprécié à juste valeur sa magnanimité. Il vient de faire une déclaration fracassante dans Jeune Afrique comparant la Force du progrès, réputée proche de l’UDPS, aux FDLR. Juste pour créer un imbroglio, désorienter l’opinion congolaise et ouvrir, sans doute une brèche pour le Rwanda qui ne décolère pas au sujet des soit-disant génocidaires rwandais présents sur le sol congolais. Est-ce l’esprit divin qui le pousse d’agir de la sorte ?
Pour qui roulent donc les trois prélats catholiques précités qui semblent avoir pris en otage la CENCO ? Ils en font un peu trop. Ils ne sont pas intouchables, ni au-dessus des lois du pays, malgré l’accord liant celui-ci au Saint-Siege. La RDC est un pays laïc, et par conséquent, la religion catholique n’est pas une religion d’Etat. Tous les Congolais n’en font pas partie et leur opinion, en tant que citoyens, ne peut s’imposer à tout le monde.
A y voir de près, la C64 et la CENCO, apparemment branche civilo-religieuse de la rébellion et de Paul Kagame, sont dans une démarche devant conduire à une insurrection populaire. Elles en sont conscientes. Sinon, elles n’auraient pas projeté la prise de la Bastille pour défier le pouvoir en place.
Au gouvernement congolais de prendre cette menace au sérieux et de recourir aux moyens légaux et pacifiques pour déjouer ce piège.
Moïse Musangana (A partir de Fès, au Maroc)
