66 ans après le 30 juin 1960, le Congo n’a plus le luxe de vivre dans la nostalgie de son indépendance. Le temps des commémorations doit désormais céder la place à celui des décisions. L’histoire nous a tous enseigné une leçon implacable. Aucun pays ne devient puissant par la seule abondance de ses ressources. Les nations qui changent leur destin sont celles qui transforment leurs richesses en institutions solides, en industrie, en savoir, en innovation et en prospérité.
Le véritable danger qui menace aujourd’hui le Congo n’est pas seulement extérieur. Il réside aussi dans notre incapacité collective à tirer les leçons de notre propre histoire. Pendant des décennies, les convoitises étrangères ont prospéré sur nos divisions, la fragilité de nos institutions et notre difficulté à placer durablement l’intérêt national au-dessus des intérêts particuliers.
Pourtant, rarement le Congo n’a bénéficié d’une conjoncture aussi favorable. Les minerais critiques le replacent au cœur de l’économie mondiale. La transition énergétique, la révolution numérique et la recomposition des chaînes de valeur ouvrent une fenêtre stratégique qui ne se représentera peut-être pas avant plusieurs générations.
Mais le kairos, ce moment décisif dont parlaient les Grecs, ne dure jamais éternellement. Les peuples qui ne savent pas reconnaître leur heure finissent toujours par regarder d’autres écrire leur histoire à leur place.
Ce siècle peut être celui du Congo. À une condition. Que nous comprenions enfin que la véritable indépendance ne se célèbre pas, elle se conquiert. Elle se construit chaque jour par le travail, le sérieux, la discipline, l’unité nationale et le courage de faire passer les générations futures avant les intérêts du présent. L’urgence n’est plus de commémorer le passé mais de réussir enfin l’indépendance.
