La loi sur le contenu local doit être accompagnée d’un changement de mentalité (Par Nico Minga, Économiste et Géostratège)

La RDC vient de franchir une étape importante avec l’adoption de la loi sur le contenu local. Beaucoup y voient déjà une révolution économique. D’autres imaginent que les marchés publics et les contrats des grandes entreprises seront désormais automatiquement réservés aux Congolais.

La réalité est pourtant bien plus exigeante. Une loi ne crée ni entrepreneurs, ni usines, ni banques, ni compétences. Elle crée des opportunités. Ce sont les Congolais qui créeront la richesse.

Depuis des décennies, notre économie fonctionne comme une immense passoire. Chaque année, les secteurs minier, pétrolier, énergétique, des télécommunications et des infrastructures dépensent des milliards de dollars en biens et services. Une grande partie de cette valeur quitte pourtant le pays pour rémunérer des fournisseurs étrangers.

Nous exportons nos minerais et importons presque tout le reste. Cette situation explique en partie pourquoi une économie qui affiche régulièrement une croissance supérieure à 5 % continue de créer si peu d’emplois industriels.

La loi sur le contenu local ambitionne précisément de rompre avec ce modèle. Son objectif n’est pas de fermer la RDC au monde, mais de faire en sorte qu’une part beaucoup plus importante de la richesse générée sur notre territoire demeure entre les mains des entreprises, des ingénieurs, des techniciens et des travailleurs congolais.

Créer des sociétés de circonstance pour décrocher un marché 

C’est précisément ici que commence le véritable débat. Le contenu local ne consiste pas à remplacer un fournisseur chinois, turc ou européen par un simple prête-nom congolais. Il ne consiste pas davantage à créer des sociétés de circonstance pour décrocher un marché avant de sous-traiter l’intégralité des travaux à des partenaires étrangers. Son ambition est de réduire notre dépendance économique, et non de la remplacer par une rente nationale.

Le contenu local consiste donc à produire en RDC ce que nous importions hier. Il s’agit de fabriquer des pièces industrielles, de transformer nos minerais, d’assembler des équipements, de développer des logiciels, de créer des bureaux d’ingénierie, des laboratoires, des centres de maintenance et des entreprises capables d’exporter leur savoir-faire vers le reste du continent.

Le défi est immense et beaucoup de PME congolaises ne disposent ni des capacités financières, ni des certifications internationales, ni des équipements nécessaires pour répondre aux exigences des grands donneurs d’ordre. La préférence nationale ne remplacera jamais la compétitivité.

Les multinationales continueront d’exiger la qualité, le respect des délais, la sécurité et la conformité aux normes internationales.

La révolution attendue devra donc être aussi bancaire qu’industrielle. Nos banques devront apprendre à financer la production plutôt que le seul commerce. Nos universités devront former davantage d’ingénieurs, de techniciens et d’innovateurs.

Nos entrepreneurs devront réinvestir leurs bénéfices dans leurs entreprises plutôt que de privilégier les signes extérieurs de richesse. Quant à l’État, il devra garantir une concurrence loyale, des paiements rapides, une justice commerciale efficace et une transparence irréprochable dans l’attribution des marchés.

Les pays qui ont réussi leur politique de contenu local, de la Norvège au Brésil en passant par la Malaisie, n’en ont jamais fait un instrument de distribution de privilèges. Ils s’en sont servis comme d’un puissant levier d’industrialisation, de transfert de technologies et de développement d’entreprises nationales compétitives.

Privilégier la compétence plutôt que les réseaux ?

Les entrepreneurs congolais sont-ils prêts à devenir des industriels plutôt que de simples intermédiaires ? Les banques sont-elles prêtes à financer l’économie réelle ? L’administration est-elle prête à privilégier la compétence plutôt que les réseaux ? Les multinationales sont-elles disposées à transférer des technologies plutôt qu’à importer systématiquement leurs fournisseurs habituels ?

Si la réponse est oui, cette loi marquera peut-être le début d’une nouvelle ère économique. Dans le cas contraire, nous assisterons à l’émergence d’une nouvelle génération de rentiers vivant du contenu local sans jamais produire localement.

Au fond, le défi n’est pas juridique, mais culturel. Le contenu local ne produira ses effets que si les mentalités évoluent au même rythme que les textes. Une loi peut ouvrir la porte du développement ; elle ne peut obliger personne à la franchir.

Au-delà de la qualité de cette loi, il s’agit de notre capacité collective à la transformer en usines, en emplois, en exportations, en innovation et en prospérité.

L’histoire économique nous apprend que la richesse d’une nation ne dépend jamais uniquement des lois qu’elle adopte. Elle dépend avant tout de ce que ses citoyens choisissent d’en faire.

Please follow and like us:
Pin Share

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *