Depuis la nuit de temps, Kinshasa montré son vrai visage d’une capitale prise en otage par l’insalubrité. Des montagnes d’ordures aux marchés anarchiques, des caniveaux transformés en dépotoirs aux avenues envahies par les déchets, la capitale de la République Démocratique du Congo semblait s’être résignée à vivre avec ce qui ne devrait jamais être une fatalité.
Pourtant, il n’a fallu qu’une demi-journée pour redonner un nouveau visage à l’axe reliant l’aéroport international de N’djili à la Place Échangeur de Limete. Cet axe n’est pas un simple boulevard. Il est la vitrine de notre capitale. C’est par lui que diplomates, investisseurs, touristes, partenaires internationaux et membres de notre diaspora découvrent Kinshasa. La première impression qu’offre une Nation en dit souvent long sur son organisation, son ambition et son respect de l’espace public.
L’opération conduite sous la supervision du Général Kasongo Kabwik envoie un message fort : lorsqu’il existe une volonté d’agir, les résultats peuvent être rapides et visibles.
Mais gardons-nous d’un triomphalisme prématuré.
Le véritable défi ne consiste pas à nettoyer Kinshasa pendant quelques heures. Le véritable défi est d’empêcher qu’elle redevienne sale, insalubre, suffoquante et indigeste quelques jours plus tard. C’est précisément là où les politiques publiques passées ont souvent montré leurs limites.
Il sied de rappeler qu’au fil des années, les autorités provinciales successives ont lancé des campagnes de salubrité, annoncé des plans ambitieux et organisé des opérations de nettoyage. Certaines ont produit des résultats locaux ou temporaires, mais aucune n’a permis d’installer durablement une culture de la propreté à l’échelle de toute la ville. Une opération ponctuelle ne remplace ni une politique publique cohérente, ni un système durable de gestion des déchets.
La réalité est simple : Kinshasa ne manque pas seulement de balais ; elle manque d’organisation, de continuité et surtout de civisme. Ajoutés à ces éléments la volonté politique accrue, la perspicacité managériale et un manque de plan de redressement urbain pérenne.
Aucune capitale moderne ne peut rester propre si chacun considère que jeter un sachet dans la rue est un geste anodin. Aucune administration ne peut réussir si les citoyens refusent d’assumer leur part de responsabilité.
Nous avons progressivement perdu le sens du bien commun. La salubrité est devenue l’affaire de l’État alors qu’elle devrait être celle de toute la société. L’heure est venue de bâtir un véritable civisme de la salubrité. Cela commence à l’école, où chaque enfant doit apprendre que protéger son environnement est un devoir citoyen.
Cela se poursuit dans les familles, où les parents transmettent les bonnes habitudes.
Cela doit aussi être relayé par les médias, les églises, les associations, les entreprises et les collectivités locales.
Enfin, cela exige une application impartiale de la loi : les dépôts sauvages d’ordures, l’occupation illégale des espaces publics et les atteintes répétées à la propreté doivent être sanctionnés avec équité.
L’assainissement de Kinshasa ne doit plus être considéré comme une dépense, mais comme un investissement. Une ville propre réduit les risques sanitaires, améliore la qualité de vie, attire les investisseurs, stimule le tourisme et renforce la confiance des citoyens.
Les efforts actuellement engagés s’inscrivent dans une ambition plus large portée par le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo : celle de moderniser la République Démocratique du Congo, d’améliorer les conditions de vie de la population et de renforcer l’image du pays sur la scène internationale. Une capitale mieux entretenue contribue à cette dynamique, à condition que les actions s’inscrivent dans la durée et s’accompagnent de réformes structurelles.
Le Général Kasongo Kabwik a démontré qu’il était possible d’agir vite. Le prochain défi est plus difficile : faire en sorte que cette propreté devienne permanente.
L’histoire retiendra moins la rapidité d’une opération que la capacité d’un peuple à transformer un effort exceptionnel en habitude quotidienne.
Car, au fond, la plus grande révolution ne sera pas celle des bulldozers ou des camions-bennes. La véritable révolution sera celle des mentalités. Et cette révolution-là dépend de chacun de nous.
