Développer l’e-santé et doper l’emploi (Paschal Donohoe)

Partout dans le monde, les systèmes de santé sont appelés à faire plus avec moins. Les populations vieillissent, les maladies chroniques progressent, et la demande de soins spécialisés croît plus vite que l’offre de spécialistes. Trop souvent, la géographie continue de déterminer si un patient reçoit des soins de qualité et en temps voulu.
Par ailleurs, le monde est confronté à une crise de l’emploi. Au cours des dix à quinze prochaines années, 1,2 milliard de jeunes dans les pays en développement atteindront l’âge de travailler, contre seulement quelque 400 millions de créations d’emplois attendues selon les trajectoires actuelles.
La santé est l’un des secteurs où les pays peuvent répondre à ces deux enjeux à la fois : élargir l’accès aux soins essentiels tout en créant des emplois productifs et gratifiants. C’est pourquoi le Groupe de la Banque mondiale s’est engagé à permettre à 1,5 milliard de personnes d’accéder à des services de santé de qualité et abordables d’ici 2030. À ce jour, nous avons contribué à étendre ces services à plus de 575 millions de personnes, ainsi qu’à la création d’innombrables emplois. Et grâce à nos nouvelles réformes d’efficacité interne, nous sommes en bonne voie pour démultiplier rapidement notre impact.
Les technologies numériques peuvent élargir l’accès aux soins à un nombre encore plus important de personnes, à condition d’être bien conçues, gérées de façon responsable et intégrées à une réforme plus large du système de santé. Elles peuvent aussi créer un vaste éventail d’emplois, des plus qualifiés aux postes débutants, générant ainsi des retombées économiques en cascade au sein des communautés.
L’hôpital virtuel SEHA, en Arabie saoudite, en est un exemple éloquent. Lancée dans le cadre du plan national de transformation « Vision 2030 », cette structure allie une expertise médicale spécialisée à des technologies numériques de pointe pour fournir des services de télémédecine à l’échelle du pays. Elle appuie plus de 240 établissements hospitaliers et peut traiter plus de 597 000 patients par an, ce qui en fait le plus grand prestataire de soins de santé virtuels au monde. Au lendemain des séismes qui ont frappé la Turquie et la Syrie, l’hôpital SEHA a même aidé l’Autorité saoudienne du Croissant-Rouge à dispenser des soins à distance aux populations sinistrées.
Au Yémen, le projet d’urgence pour le capital humain, financé par la Banque mondiale, illustre tout le potentiel de la santé numérique en situation de crise. Grâce au déploiement d’un système d’information sanitaire au niveau des districts dans près de 4 800 installations établissements de santé et à un suivi assuré par des tiers, il a bénéficié à plus de 11 millions de personnes entre 2021 et 2023. Dans ce contexte, les technologies numériques ont non seulement permis d’étendre l’offre de services, mais aussi de renforcer les mécanismes de redevabilité là où les capacités de l’État étaient limitées.
L’importance de l’hôpital SEHA ne tient pas seulement à son envergure. Cette initiative montre surtout que la numérisation peut améliorer la prise en charge des patients. Des soins intensifs virtuels aux services de soins à domicile, en passant par les consultations de spécialistes, la technologie permet de déployer l’expertise médicale au-delà des murs de l’hôpital. Ce faisant, elle crée de nombreux emplois et concourt à l’amélioration de l’état de santé, de la productivité et de la résilience des populations locales.
Aider les pays à concevoir et à déployer à grande échelle des solutions comme l’initiative SEHA est au cœur de la démarche du Groupe de la Banque mondiale. Depuis notre Centre de connaissances mondial à Riyad, nous transformons les données en orientations concrètes pour nos clients. Une leçon s’impose : une bonne santé publique repose sur une stratégie de l’emploi solide. C’est pourquoi nous aidons les pays à créer les conditions nécessaires à la création d’emplois, en développant les infrastructures physiques, humaines et numériques de base, en instaurant un environnement favorable à l’entreprise grâce à des politiques et des réglementations claires, et en mobilisant des capitaux privés à grande échelle.
Nous mettons cette stratégie en action dans toute la région, en aidant nos clients à établir des systèmes qui améliorent la santé publique et créent des emplois. En Tunisie, par exemple, nous œuvrons au développement de la télémédecine, au renforcement de la surveillance des maladies et à l’amélioration de la gouvernance du système de santé. En Jordanie, nous soutenons la transformation numérique du secteur de la santé à travers la mise en place de dossiers médicaux électroniques et de systèmes interopérables, l’essor de la télémédecine et une meilleure gouvernance des données de santé.
Mais soyons clairs : les soins virtuels ne sont pas un raccourci permettant de faire l’économie de réformes plus profondes du secteur de la santé. Ils ne remplacent ni des prestataires qualifiés, ni des systèmes solides, ni la confiance des patients. Nous collaborons avec les pays pour résoudre les questions juridiques et réglementaires que soulève la numérisation de la santé, et nous le faisons en toute transparence, afin que d’autres puissent s’inspirer de nos travaux. Les initiatives d’e-santé attirent souvent l’attention parce qu’elles sont visibles, modernes et politiquement porteuses. Mais la visibilité n’est pas synonyme de valeur. Les pays doivent savoir quels services sont efficaces sur le plan clinique et comment former les professionnels de santé pour mieux servir les patients.
Les réponses varieront d’un pays à l’autre. Un modèle de santé numérique conçu avec un pays ne peut pas être copié‑collé tel quel dans un autre. En revanche, il peut être évalué, adapté et transposé. C’est là toute la promesse du développement : il ne s’agit pas d’exporter des modèles clés en main, mais d’aider les pays à apprendre plus vite les uns des autres pour créer des systèmes de santé — et des emplois — qui améliorent les conditions de vie.
Le Groupe de la Banque mondiale se mobilise pour déployer, rapidement et à grande échelle, des solutions favorisant l’accès aux soins, afin de permettre à un plus grand nombre de personnes de vivre en bonne santé, dignement et de façon productive. Les technologies numériques peuvent être un levier puissant pour atteindre cet objectif, mais à condition seulement d’être adossées à des stratégies nationales pour l’emploi. Le défi est de taille, mais l’opportunité l’est tout autant.
