Jules Alingete : 89 % des Congolais saluent son bilan à la tête de l’IGF

Cinq ans après son arrivée à la tête de l’Inspection générale des finances, Jules Alingete laisse une institution profondément transformée et un capital de confiance qui, selon une enquête de l’institut Les Points réalisée en mai 2025, demeure particulièrement élevé. Son action dépasse désormais les frontières de la RDC et fait l’objet d’un intérêt académique et international.
L’ancien inspecteur général des finances, Jules Alingete, continue de susciter l’intérêt, plusieurs mois après son départ de l’Inspection générale des finances (IGF). Selon une enquête réalisée les 9 et 10 mai 2025 par l’institut de sondage Les Points, 89 % des personnes interrogées ont porté un jugement très favorable sur son bilan à la tête de l’institution. Seuls 8 % l’ont considéré négativement, tandis que 3 % ne se sont pas prononcés.
Cette enquête, menée auprès de Congolais âgés de 18 ans et plus, intervient quelques jours après sa mise à la retraite et permet de mesurer l’appréciation de l’opinion sur les cinq années passées par Jules Alingete à la tête de l’IGF.
Une IGF profondément transformée
Nommé à la tête de l’Inspection générale des finances en juillet 2020, Jules Alingete a pris les commandes d’une institution confrontée à plusieurs défis : vieillissement des effectifs, besoins importants en formation, insuffisance des moyens matériels et nécessité d’adapter les méthodes de contrôle à la complexité croissante des finances publiques.
En cinq ans, l’IGF a connu une profonde transformation. L’institution s’est retrouvée au premier plan des questions relatives à la gouvernance publique, au contrôle des dépenses, aux contrats de l’État, aux entreprises publiques, aux marchés publics et à la mobilisation des recettes.

L’un des principaux chantiers aura été celui des ressources humaines. Le rajeunissement des effectifs et le renforcement des compétences ont constitué des priorités. Plus de 170 nouveaux inspecteurs auraient ainsi été recrutés entre 2020 et 2021, tandis que le cadre organique de l’institution aurait été porté de 200 à 300 inspecteurs.
Cette évolution visait notamment à permettre à l’IGF de faire face à des dossiers de plus en plus complexes : contrats miniers, grands projets d’infrastructures, marchés publics, entreprises du portefeuille de l’État et opérations financières.
La discipline financière au cœur de son action
L’un des marqueurs du passage de Jules Alingete à l’IGF demeure la place accordée au contrôle et à la discipline financière.
Sous son impulsion, l’institution a multiplié les missions de contrôle dans plusieurs secteurs de la gestion publique. Ministères, entreprises publiques, établissements publics, projets gouvernementaux et opérations financées sur fonds publics ont fait l’objet de contrôles ou d’examens.
Cette présence accrue de l’IGF dans la gestion publique a progressivement installé ce que certains observateurs ont qualifié de « peur du contrôle ».

Il ne s’agissait pas, dans cette logique, d’une peur arbitraire, mais plutôt de la conscience que les gestionnaires publics pouvaient être soumis à des vérifications, tenus de produire des pièces justificatives et appelés à répondre des irrégularités constatées.
Cette dimension préventive du contrôle constitue l’un des éléments importants de la réforme de la gouvernance financière : savoir que les opérations peuvent être contrôlées peut contribuer à renforcer la prudence et la responsabilité dans la gestion des ressources publiques.
Des dossiers qui ont marqué l’opinion
Durant son mandat, Jules Alingete et l’IGF ont été associés à plusieurs dossiers ayant suscité une forte attention de l’opinion publique.
Parmi ceux-ci figurent notamment le contrat sino-congolais et la SICOMINES, les contrats liés aux infrastructures, la gestion de certains fonds publics pendant la pandémie de Covid-19, la redevance sur les appareils mobiles, les emplois fictifs et les doublons dans la fonction publique.
À ces dossiers se sont ajoutés les contrôles portant sur les entreprises publiques, les régies financières, les investissements publics et la mobilisation des recettes.
Ces différentes interventions ont contribué à placer l’IGF au centre du débat national sur la transparence, la bonne gouvernance et la protection des ressources publiques.
Une institution mieux structurée et mieux équipée
La transformation attribuée à la période Alingete ne s’est pas limitée aux contrôles financiers.
L’institution a également connu une évolution de ses infrastructures, de ses moyens logistiques et de son organisation interne. Le renforcement des capacités des agents, la formation, la professionnalisation des équipes et l’amélioration des conditions de travail ont accompagné la modernisation de l’IGF.
Cette dimension est importante dans la mesure où une institution de contrôle ne peut être pleinement efficace sans disposer de ressources humaines compétentes, d’outils adaptés et de moyens permettant d’assurer ses missions dans la durée.
Des recettes publiques en forte progression
La période Alingete est également souvent mise en relation avec la progression des recettes publiques de l’État.
Certaines données citées dans le débat public font état d’une évolution des recettes d’environ 4 milliards de dollars en 2021 à près de 12 milliards en 2025.
Il convient toutefois de préciser que l’IGF n’est pas une régie financière et qu’elle ne collecte pas directement les recettes de l’État. Son rôle consiste notamment à contrôler, auditer, sécuriser et contribuer à l’amélioration de la gouvernance financière.
La progression des recettes publiques relève donc de plusieurs facteurs économiques, fiscaux et institutionnels. L’action du contrôle financier peut néanmoins contribuer à limiter les déperditions et à améliorer la traçabilité des ressources publiques.
Un départ qui n’efface pas son empreinte
En mai 2025, Jules Alingete a été mis à la retraite par ordonnance présidentielle, après cinq années passées à la tête de l’IGF.
Son départ n’a cependant pas signifié la disparition de son influence sur l’institution. Lors de la remise et reprise avec son successeur, plusieurs responsables ont salué le travail accompli durant son mandat.
Christophe Bitasimwa Bahii, appelé à poursuivre la mission à la tête de l’IGF, a notamment reconnu les efforts entrepris sous son prédécesseur et les transformations intervenues au sein de l’institution.
Une reconnaissance qui dépasse les frontières de la RDC
Au-delà du sondage Les Points, l’héritage de Jules Alingete continue également d’être évoqué à l’étranger.
La publication récente, à Londres, d’un ouvrage consacré à la lutte contre la corruption en Afrique subsaharienne accorde une attention particulière à l’expérience congolaise et aux mécanismes mis en place dans le cadre de la lutte contre la corruption et les détournements des ressources publiques.
Cette reconnaissance académique et internationale vient donner une nouvelle dimension à un parcours qui avait déjà suscité de nombreux commentaires au niveau national.
89 %, un chiffre qui relance le débat sur son héritage
Le chiffre de 89 % constitue finalement l’un des éléments les plus significatifs de l’enquête Les Points. Au moment où Jules Alingete quittait ses fonctions, une très large majorité des personnes interrogées considérait favorablement son bilan.
Ce résultat ne signifie évidemment pas que son action a fait l’unanimité. Les 8 % d’opinions négatives et les 3 % de personnes sans opinion rappellent l’existence de perceptions différentes.
Mais une chose demeure difficile à ignorer : en cinq années, Jules Alingete aura profondément changé la visibilité et la place de l’Inspection générale des finances dans le paysage institutionnel congolais.
Parti de l’IGF, l’ancien « gendarme des finances publiques » laisse derrière lui une institution plus visible, des méthodes de contrôle renforcées et un héritage qui continue de faire débat en République démocratique du Congo.
Les fruits de cette transformation seront désormais jugés à l’aune de la continuité des réformes et des résultats produits par l’institution après son départ.
Par Didier Mbongomingi/Ouragan.Cd
