13 personnalités qui font rayonner la Centrafrique : Le 13 août, 13 visages d’une culture centrafricaine qui voyage, 13 août 2026. 66 ans d’indépendance. 13 personnalités pour raconter autrement la République centrafricaine.(Par Félix Caleb DJAMANY)

0
f56

Et si, pour célébrer le 66e anniversaire de l’indépendance de la République centrafricaine, nous décidions de regarder le pays autrement ?

Pas uniquement à travers son histoire politique, ses crises ou les difficultés auxquelles il est confronté.

Mais à travers ses talents.

Des chanteurs, musiciens, cinéastes, acteurs, danseurs, chorégraphes, dessinateurs, producteurs et personnalités de la diaspora qui, chacun dans son domaine, contribuent à faire connaître la Centrafrique au-delà de ses frontières.

Pour ce 13 août, voici donc 13 personnalités, comme un clin d’œil à la date, qui racontent une autre République centrafricaine : celle de la création, de l’audace et du rayonnement international.

  1. Singuila — la voix centrafricaine du R&B francophone

Difficile de parler de la diaspora culturelle centrafricaine sans évoquer Singuila.

Né à Suresnes, en France, Bedaya N’Garo Singuila est originaire à la fois de la République du Congo et de la République centrafricaine.

Il s’est imposé dans le R&B francophone avec des titres devenus populaires dans toute l’Afrique francophone et en Europe.

Mais il existe un petit détail particulièrement symbolique.

« Singuila » est un mot sango qui signifie « merci ».

L’artiste lui-même a expliqué que ses origines centrafricaines étaient une partie importante de cette identité.

Un prénom d’artiste devenu, en quelque sorte, un petit ambassadeur linguistique de la Centrafrique.

  1. Philippe « Saladin » Ferreira — le guitariste centrafricain des grands noms de la musique africaine

Voici probablement l’un des artistes qu’il faut davantage faire connaître.

Philippe Ferreira, dit Saladin, est né à Bangui en 1958.

Guitariste, arrangeur, producteur et musicien de studio, il a participé à l’histoire de la grande musique africaine moderne.

Son parcours passe notamment par les Soukous Stars, mais aussi par les univers d’Aurlus Mabele, Yondo Sister, Koffi Olomidé, Petit Pays et Bisso Na Bisso.

Il apparaît notamment aux crédits de plusieurs productions de Yondo Sister , de Bisso Na Bisso.,de Mbiliya Bel aux cotés de l’illustre  Rigo Star Pamundele

C’est ce genre de parcours qui rappelle une chose essentielle :

les grandes histoires de la musique africaine ne sont pas uniquement écrites par les chanteurs que le public voit sur scène.

Elles sont aussi écrites par les guitaristes, arrangeurs, producteurs et musiciens de l’ombre.

Et parmi eux figure un Centrafricain : Saladin.

  1. Badgyalcassiee — la chorégraphe centrafricaine qui fait danser l’Afrique

Présentée dans plusieurs publications comme une danseuse, chorégraphe et artiste centrafricaine, Badgyalcassiee a développé une activité artistique qui dépasse les frontières de son pays.

Elle est notamment citée comme chorégraphe du clip « INAMA » de Fally Ipupa, l’une des grandes stars de la musique africaine contemporaine.

Elle est également présentée comme artiste, danseuse, chorégraphe et modèle originaire de Centrafrique.

Son parcours est particulièrement intéressant parce qu’il montre que la présence centrafricaine dans l’industrie musicale internationale ne se limite pas aux chanteurs.

Elle est aussi derrière les mouvements, les images et la mise en scène qui font vivre les chansons.

Une véritable ambassadrice de la danse centrafricaine dans l’industrie musicale africaine.

  1. Rafiki Fariala — quand Bangui arrive sur la Croisette

S’il y a bien une personnalité à mettre en évidence en 2026, c’est Rafiki Fariala.

Et il faut ici corriger une confusion qui circule facilement.

Rafiki Fariala n’a pas reçu un « Oscar au Festival de Cannes ».

Mais son actualité est peut-être encore plus remarquable.

Son film Congo Boy a été sélectionné en 2026 dans la prestigieuse section Un Certain Regard du Festival de Cannes.

Et le film a remporté une récompense majeure : Bradley Fiomona Dembeasset, son jeune acteur principal, a obtenu le Prix d’interprétation masculine – Un Certain Regard.

Autrement dit, un film centrafricain réalisé par un Centrafricain est arrivé sur l’une des plus grandes scènes cinématographiques du monde et en est reparti avec un prix d’interprétation.

Voilà une information qui mérite d’être racontée.

Et ce n’est pas la première fois que Rafiki fait entrer la Centrafrique dans les grands festivals.

Son précédent film, Nous, étudiants !, avait été sélectionné à la Berlinale en 2022.

De Bangui à Berlin, puis de Bangui à Cannes : Rafiki Fariala est en train d’écrire une nouvelle page du cinéma centrafricain.

  1. Didier Kassaï — le crayon qui raconte la Centrafrique

Quand la guerre, les bouleversements sociaux et la vie quotidienne deviennent difficiles à raconter avec des mots, Didier Kassaï utilise le dessin.

Né en Centrafrique en 1974, il est dessinateur, illustrateur et scénariste.

Son travail a dépassé les frontières centrafricaines et s’est notamment inscrit dans le paysage de la bande dessinée africaine et européenne.

Avec Tempête sur Bangui, il raconte notamment la capitale centrafricaine confrontée aux violences et aux bouleversements politiques.

Son art est donc aussi une forme de mémoire.

Un crayon peut parfois devenir une caméra.

  1. Prudence Maïdou — de Bangui aux plateaux internationaux

Actrice, danseuse, chorégraphe, dramaturge et metteuse en scène, Prudence Maïdou, connue sous le nom de scène Prudanse, est née à Bangui.

Arrivée en France à l’âge de dix ans, elle a développé une carrière artistique dans plusieurs disciplines.

Elle a notamment travaillé comme danseuse dans différents univers artistiques et partagé des scènes avec des artistes internationaux tels que Johnny Hallyday, Iggy Pop, Jamiroquai, MC Solaar ou encore les Black Eyed Peas.

Elle s’est également fait connaître au cinéma, notamment dans Bienvenue au Gondwana.

Son parcours illustre parfaitement la capacité de la diaspora centrafricaine à investir plusieurs univers artistiques à la fois.

  1. Lydie Pace — la voix lyrique venue de Bangui

La culture centrafricaine ne se limite évidemment pas au soukous, au R&B ou aux musiques urbaines.

Lydie Pace, soprano née à Bangui, a choisi un autre chemin : celui de l’opéra et du chant lyrique.

Elle s’est formée en France et a développé une carrière internationale.

Elle est présentée comme la première chanteuse d’opéra centrafricaine à avoir obtenu une reconnaissance internationale.

Son parcours ouvre une autre fenêtre sur la diversité culturelle du pays.

La Centrafrique peut aussi chanter Mozart, Verdi ou Puccini.

  1. Gervais Lakosso — le gardien de la mémoire orale

Avec Gervais Lakosso, c’est une autre dimension de la culture centrafricaine qui apparaît.

Musicien et conteur, il travaille sur la transmission des traditions, de la mémoire et des récits de l’Afrique centrale.

Son travail rappelle que le patrimoine culturel n’est pas uniquement constitué de monuments ou d’objets.

Il existe aussi dans la parole, le conte, le rythme et la transmission intergénérationnelle.

Et dans une société où les traditions sont principalement transmises oralement, le rôle des conteurs demeure fondamental.

  1. Antombo — de Bangui à la Colombie

Voici un parcours qui mérite franchement d’être découvert.

Antombo Yoryette Langangui Barahona, connue artistiquement sous le nom d’Antombo, est née à Bangui.

Chanteuse et auteure-compositrice, elle évolue notamment dans le R&B, la pop, le reggae et le dancehall.

Mais son histoire ne s’arrête pas à l’Afrique.

Elle a construit une partie de sa carrière en Colombie, donnant à son identité artistique une dimension afro-internationale.

Bangui, l’Afrique centrale et l’Amérique latine se retrouvent ainsi dans une même trajectoire.

  1. Steve Pathé Zoutenn — le Centrafricain devenu passionné de musique indienne

Voilà certainement l’un des parcours les plus inattendus de cette sélection.

Steve Pathé Zoutenn, originaire de Centrafrique, a découvert la musique indienne alors qu’il était encore enfant.

Sa passion serait née notamment après avoir découvert le film indien Disco Dancer.

Il s’est ensuite spécialisé dans l’interprétation de chansons en langues indiennes, notamment en bengali et en bhojpuri.

Un Centrafricain qui chante en langues indiennes ?

Oui.

Et c’est précisément ce qui rend son histoire fascinante.

La culture ne voyage pas toujours dans le sens que l’on imagine.

  1. Sylviane Gboulou — le cinéma comme outil de narration

Réalisatrice, scénariste et actrice d’origine centrafricaine, Sylviane Gboulou appartient à cette génération de créateurs qui utilisent le cinéma pour raconter les réalités africaines.

Elle a notamment réalisé Sophia la Banguissoise, ainsi que d’autres productions.

Elle est également associée au festival Bangui Fait Son Cinéma, qui participe à la structuration de l’espace cinématographique centrafricain.

Son travail contribue à une ambition essentielle :

permettre aux Africains de raconter eux-mêmes leurs propres histoires.

  1. Une génération de créateurs centrafricains qui refuse de rester dans l’ombre

Cette douzième place peut être volontairement consacrée à une figure collective : les nouvelles générations d’artistes centrafricains.

Car réduire le rayonnement culturel du pays à quelques noms serait finalement passer à côté de l’essentiel.

Musiciens, rappeurs, slameurs, danseurs, photographes, stylistes, vidéastes, créateurs numériques et entrepreneurs culturels de la diaspora construisent aujourd’hui une nouvelle image de la Centrafrique.

Ils sont à Bangui, Paris, Bruxelles, Montréal, Washington, Johannesburg, Kinshasa ou ailleurs.

Et ils ont quelque chose en commun :

ils refusent que la Centrafrique soit racontée uniquement à travers ses difficultés.

  1. Prisca Zotekas Fereira— un jubilé pour une figure de l’événementiel et de la diaspora

Et parce que le 13 août appelle naturellement une treizième personnalité, cette sélection se termine par une figure beaucoup plus proche de la vie de la diaspora : Madame Prisca Zotekas.

Manager dans l’événementiel et personnalité connue dans les réseaux de la communauté centrafricaine et de la diaspora, Prisca Zotekas a marqué cette année une étape particulière de sa vie.

Elle a célébré son 50e anniversaire le 10 août 2026.

Un anniversaire pas tout à fait comme les autres : un jubilé.

Pour l’occasion, elle a choisi de nous  réunir nous ses amis et de nombreuses personnalités autour d’elle à Rambouillet, en France.

Au-delà de la célébration personnelle, ce rendez-vous a également été un moment de retrouvailles pour une communauté.

Des amis, des proches, des personnalités du monde associatif, culturel et événementiel ont répondu présents pour entourer celle qui s’est construite une réputation dans l’organisation et l’animation d’événements au sein de la diaspora centrafricaine.

Un demi-siècle de vie célébré dans un esprit de partage.

Et finalement, cette treizième personnalité a toute sa place dans notre récit.

Car faire rayonner un pays ne signifie pas nécessairement monter soi-même sur une scène.

Il faut aussi créer les événements.

Réunir les gens.

Faire circuler les artistes.

Créer des réseaux.

Organiser les rencontres.

Entretenir la mémoire collective.

Et permettre à une communauté dispersée dans plusieurs pays de continuer à se reconnaître.

C’est aussi cela, la diplomatie culturelle de la diaspora.

Et c’est dans cet esprit que le jubilé de Prisca Zotekas, célébré le 10 août à Rambouillet, peut être lu comme bien davantage qu’un anniversaire : un moment de convivialité, de reconnaissance et de rassemblement autour d’une personnalité active de l’événementiel et de la communauté centrafricaine.

Dans son discours à l’occasion de la fête nationale, le président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, a lancé un appel à la responsabilité collective.

Le chef de l’État a insisté sur la nécessité pour chaque Centrafricain de revoir ses habitudes et de faire évoluer ses mentalités, afin de contribuer davantage au développement du pays et au renforcement de la cohésion nationale.

Un message qui trouve une résonance particulière lorsqu’on observe les parcours des personnalités présentées dans cet article.

Car qu’ils soient artistes, cinéastes, musiciens, chorégraphes, producteurs ou acteurs de la diaspora, tous participent, chacun à leur manière, à une autre représentation de la Centrafrique.

Changer le regard porté sur la Centrafrique passe aussi par les Centrafricains eux-mêmes.

La culture peut faire connaître un pays.

Les artistes peuvent en porter le nom.

La diaspora peut en devenir une ambassadrice.

Mais le développement durable d’une nation suppose également une transformation des comportements, une responsabilité citoyenne et une volonté collective de construire l’avenir.

Il faut aussi regarder celui parcouru par les artistes.

Nzoni matanga na ala kouè a malenge ti bè ti Afrika

Please follow and like us:
Pin Share

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial