École Mater Vitæ à Kinshasa : L’Abbé Hypolite Badika dans le viseur de la justice congolaise

Des parents dénoncent des hausses abusives des frais scolaires et des détournements présumés. Une enquête judiciaire est ouverte.
Kinshasa, 20 août 2026 – La rentrée scolaire s’annonce tendue à l’école Mater Vitæ, établissement catholique non conventionné de Kinshasa dont le promoteur est l’abbé Hypolite Badika, prêtre catholique du diocèse de Kinsantu en service dans la capitale.
Une vive tension oppose depuis plusieurs semaines les parents d’élèves au promoteur, accusé de gérer l’école comme un « business personnel » au détriment du bien commun.
Des frais qui grimpent chaque année, sans concertation
Au cœur de la colère : l’augmentation récurrente et unilatérale des frais scolaires.
« Chaque année le minerval connaît des modifications à l’insu des parents et du comité des parents », dénonce un porte-parole des parents. « C’est devenu une habitude rétrograde. Le promoteur fixe les prix sans concertation préalable ».
Pour les parents, cette pratique va à l’encontre de l’esprit d’une école catholique, censée être au service des familles et non l’inverse. « On a l’impression qu’on paie pour enrichir une personne, pas pour éduquer nos enfants », ajoute une mère de famille, visiblement excédée.
Le comité des parents, censé être un cadre de dialogue, se dit lui-même « victime d’intolérance » dès qu’il tente d’interpeller la direction.
Assurance scolaire et cours d’anglais : l’argent irait ailleurs ?
La goutte qui a fait déborder le vase concerne deux postes précis : l’assurance scolaire payée chaque année et les frais liés à l’organisation des cours d’anglais.
Saisies officiellement par une dénonciation des parents, les autorités du secteur de l’éducation ont transmis le dossier à la justice.
Selon des sources proches du dossier, le Parquet a lancé une réquisition d’enquête pour vérifier la destination de ces fonds. « Certaines sources dignes de foi indiquent que cet argent serait affecté à des usages personnels, à l’insu des parents », peut-on lire dans la dénonciation.
Une enquête judiciaire est donc en cours pour « clarifier ces zones d’ombre », nous confirme-t-on.
Qui est l’abbé Hypolite Badika ?
Prêtre catholique du diocèse de Kinsantu, l’abbé Badika exerce à Kinshasa et se présente comme promoteur de Mater Vitæ. L’école se réclame du label catholique, ce qui rend la situation d’autant plus sensible aux yeux des fidèles.
« Un prêtre a le devoir d’être serviteur et non maître. Son sacerdoce l’oblige à la transparence, à la justice et à la compassion envers les plus faibles », commente un observateur de l’Église locale. « Faire du dos des parents un fonds de commerce ne cadre ni avec l’Évangile, ni avec la dignité du ministère sacerdotal ».
Joint pour sa version des faits, l’abbé Badika n’a pas souhaité réagir pour l’instant.
Un mauvais signal pour l’école catholique
Au-delà du cas Mater Vitæ, cette affaire interroge. Comment une école qui porte le nom du Christ peut-elle devenir le théâtre de pratiques que les parents qualifient d’ »abusives » et « dépourvues de foi » ?
L’Église catholique, à travers ses écoles, a une mission : former des cœurs et des intelligences, dans l’équité. Quand la gestion financière échappe à tout contrôle et à toute concertation, c’est la crédibilité de toute l’œuvre éducative de l’Église qui est écornée.
Les parents ne demandent pas la fermeture de l’école. Ils réclament trois choses simples : la transparence des comptes, la fixation des frais en concertation avec le comité des parents, et le respect de la destination des fonds payés.
La justice saisie
La justice congolaise a désormais la balle. La réquisition d’enquête vise à faire toute la lumière sur la gestion des frais d’assurance et des cours d’anglais.
En attendant les conclusions, la pression monte. Les parents promettent de saisir également les autorités ecclésiastiques compétentes pour que l’école redevienne ce qu’elle doit être : un lieu d’éducation, de foi et de service.
Marie Vital MUANDA
