Qui doit participer au dialogue politique annoncé ?

La question divise. Pour certains, notamment dans l’opposition et les confessions religieuses, aucun dialogue ne serait véritablement inclusif sans la participation de toutes les forces politiques, y compris celles qui ont pris les armes.
L’argument paraît imparable : on ne fait pas la paix avec ses amis, mais avec ses adversaires. Comment mettre fin à une guerre sans parler à ceux qui la font ?
Le raisonnement est séduisant. Mais avant de déterminer avec qui dialoguer, encore faut-il définir la nature du conflit que l’on veut résoudre.
Si la crise de l’Est était exclusivement une rébellion congolaise née de contradictions politiques internes, la logique d’un dialogue inclusif conduisant à des compromis entre Congolais serait difficilement contestable.
Mais que devient ce raisonnement dès lors que l’on reconnaît simultanément l’existence d’une intervention militaire étrangère ?
La RDC devrait interroger son expérience. Depuis près de trois décennies, notre pays a connu rébellions, négociations, accords, brassages et intégrations. Chaque compromis a pu produire son moment d’accalmie. Mais avons-nous définitivement réglé le problème ?
Une paix qui réintègre périodiquement des combattants dans l’armée et les institutions sans résoudre les causes profondes de leur résurgence risque de devenir un mécanisme répétitif : rébellion, négociation, intégration, accalmie, nouvelle rébellion.
Cependant, refuser la participation du M23 et apparentés à un dialogue politique national ne devrait pas devenir un slogan. Ceux qui soutiennent leur inclusion posent une question légitime : comment arrêter la guerre sans traiter avec ceux qui combattent ?
Pour nous, un dialogue entre Congolais devrait servir à construire un front intérieur républicain autour de principes transcendant les clivages entre majorité et opposition.
Refuser de transformer une rébellion soutenue de l’extérieur en composante ordinaire du jeu politique ne signifie donc pas refuser toute négociation.
Le problème comporte une dimension interétatique, celle-ci doit être traitée au niveau interétatique, avec les mécanismes régionaux et internationaux appropriés. Parallèlement, la RDC doit renforcer ses capacités militaires, diplomatiques et économiques et rechercher les alliances nécessaires à la restauration de son intégrité territoriale.
Dialoguer n’est pas se soumettre. Négocier n’est pas capituler. Mais négocier exige de savoir avec qui l’on négocie et sur quoi.
La leçon de De Gaulle est aussi psychologique. En juin 1940, lorsque la situation paraissait désespérée, il refusa de considérer la défaite du moment comme la vérité définitive de la France. Un territoire peut être momentanément occupé sans que la souveraineté nationale soit moralement abdiquée.
La RDC doit conserver cette conviction. L’occupation d’un territoire ne devrait jamais devenir, par lassitude, le fondement d’un nouvel ordre politique accepté par les Congolais.
La paix véritable ne consiste pas seulement à faire taire les armes aujourd’hui. Elle consiste à empêcher qu’elles recommencent demain.
Paix rapide ou paix durable ? Voilà le véritable débat.
Il ne devrait cependant y avoir aucun procès en patriotisme. Les partisans d’une négociation inclusive recherchent légitimement l’arrêt rapide des souffrances. Ceux qui s’en méfient peuvent tout aussi légitimement se demander si une solution pragmatique aujourd’hui ne prépare pas la prochaine crise.
Notre devoir est de dépasser cette alternative : rechercher la paix, mais une paix qui restaure l’État plutôt qu’une paix qui institutionnalise sa vulnérabilité.
Refusons que l’occupation, quelle qu’en soit la forme, devienne un raccourci vers l’accès aux institutions de la République.
Un peuple peut connaître l’occupation, la collaboration et la division sans renoncer à ce qui finit par le réunir : la patrie ne se négocie pas ; elle se libère, se réconcilie et se reconstruit.
