Et si nos dirigeants commençaient par développer leurs villages ? (Par Danny Matadi, journaliste indépendant)

On a longtemps reproché aux dirigeants congolais de mieux connaître les avenues de Bruxelles, Paris ou Genève que les chemins menant aux villages dont ils sont issus. Beaucoup construisent ailleurs les résidences de leur retraite, tandis que, dans leurs terroirs, les populations continuent de parcourir plusieurs kilomètres pour trouver de l’eau, les paysans peinent à évacuer leurs récoltes sur des routes dégradées et les jeunes partent faute de perspectives.

À Makuta, ce 12 septembre 2026, Daniel Mukoko Samba a voulu envoyer un message différent. Dans ce village du groupement Lunzadi Central, territoire de Mbanza-Ngungu, dans le Kongo Central, le Vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale, a célébré la renaissance d’une terre familiale où vécurent ses grands-parents. L’inauguration de la nouvelle cité s’est accompagnée d’un moment plus intime, avec le dévoilement de nouvelles pierres tombales en hommage à ses ancêtres, en présence de plusieurs invités de marque.

L’événement aurait pu se limiter à un simple retour aux sources. Il prend une dimension plus large lorsqu’il conduit à poser une question essentielle : que laissent réellement nos élites dans les territoires dont elles sont issues ?

À Makuta, la symbolique est double. Elle traduit d’abord la fidélité aux racines, dans un pays où la réussite sociale et politique conduit trop souvent à s’éloigner de son terroir. Elle exprime ensuite une certaine idée du développement, selon laquelle la modernité ne devrait pas s’arrêter à Kinshasa, Lubumbashi, Matadi ou Goma. Elle doit aussi atteindre les villages par l’eau, l’électricité, les routes, la connectivité, l’école, les soins de santé et les infrastructures agricoles.

Cette démarche rejoint le discours que Daniel Mukoko Samba porte régulièrement sur la production locale et le désenclavement des bassins productifs. Au cours de plusieurs de ses déplacements, notamment dans la Tshuapa, le Sud-Ubangi, le Grand-Kasaï et le Haut-Katanga, il a mis en avant les difficultés liées au transport, aux infrastructures, à l’accès aux marchés et au développement des chaînes de valeur.

Une cohérence personnelle mérite également d’être relevée. Économiste et professeur, Mukoko Samba est aussi engagé dans des activités agropastorales au Kongo Central. Il consacre une partie de son temps, de son énergie et de ses ressources à la production agricole. La terre dont il parle dans les amphithéâtres et dans son discours politique n’est donc pas uniquement une abstraction économique. À Makuta ou à Kifuma, elle devient un lieu de vie et d’investissement.

L’exemple de Makuta dépasse l’histoire d’un homme et de sa famille. La RDC compte des milliers de dignitaires, de cadres et d’entrepreneurs dont la réussite contraste parfois fortement avec la pauvreté de leurs territoires d’origine. Il ne s’agit pas de leur demander de se substituer à l’État, mais de rappeler que l’influence, les moyens et les responsabilités devraient aussi s’accompagner d’un devoir moral envers les communautés qui les ont vus naître.

Pourquoi attendre les campagnes électorales pour retourner au village avec des pagnes, quelques sacs de riz et des promesses ? Pourquoi ne pas investir plus tôt dans une école, une route, un forage, une coopérative, une ferme, un centre de santé ou une petite unité de transformation ?

Le développement endogène commence aussi par cette réconciliation entre les élites et leurs terroirs. Un responsable public devrait pouvoir revenir chez lui non seulement pour y chercher des voix, mais aussi pour y montrer ce qu’il a contribué à construire entre deux échéances électorales.

C’est peut-être là la principale leçon de Makuta. Dans une République où la réussite se mesure encore trop souvent à ce que l’on possède à l’étranger, investir dans son village peut devenir un acte politique au sens le plus noble du terme.

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