Jean-Pierre Bemba, l’homme qui a choisi son camp quand les autres comptent les risques (Par Danny Matadi, journaliste indépendant)

À Kinshasa, certains responsables politiques soutiennent le pouvoir une fois qu’ils sont certains de ne rien perdre. Jean-Pierre Bemba n’en fait pas partie. Quand Félix Tshisekedi cherchait à bâtir une majorité capable de rompre avec l’ancien ordre politique, beaucoup observaient, calculaient et attendaient de connaître le vainqueur. Bemba a engagé son nom et son parti.

Dès la fin de 2020, il prend position en faveur de l’Union sacrée. En janvier 2021, le MLC y adhère formellement. Pour un ancien adversaire du système Kabila et une figure de l’opposition, ce choix exposait davantage qu’il ne protégeait.

On peut contester Bemba. On ne peut pas prétendre qu’il est entré dans l’histoire congolaise par la petite porte.

Fondateur du MLC, vice-président pendant la transition et challenger de Joseph Kabila à la présidentielle de 2006, il a connu l’exercice du pouvoir, l’affrontement politique et une longue épreuve judiciaire.

Acquitté en appel par la Cour pénale internationale en 2018 dans une affaire relative aux crimes par ses troupes en République centrafricaine, il est revenu sur la scène nationale avec ce que peu de ses contemporains possèdent, une expérience directe du prix des décisions politiques. Son parcours est complexe. Il n’a rien d’un destin fabriqué par les communicants.

En mars 2023, Félix Tshisekedi lui confie la Défense. Le portefeuille n’offrait ni repos ni victoire facile. À l’Est, chaque revers rappelait brutalement les limites de l’État.

Son passage a été marqué par la mise en œuvre de la Réserve armée de la défense, la création d’un fonds de soutien aux FARDC dans le cadre de la loi de programmation militaire, la finalisation d’un code d’éthique et l’acquisition, annoncée lors de sa remise des fonctions, de huit avions de transport militaire. Dans un pays où l’on exige des soldats qu’ils défendent le territoire sans toujours leur donner les moyens de le faire, renforcer l’outil de défense n’est pas un détail administratif. C’est un acte de responsabilité nationale.

Depuis juin 2024, Bemba dirige les Transports. Certains ont vu dans ce changement de portefeuille une sortie de la ligne de front. Ils oublient qu’en RDC, l’enclavement est aussi une menace contre la nation. Une province coupée du reste du pays, des marchandises immobilisées et des passagers exposés sur des voies d’eau mal entretenues révèlent une souveraineté proclamée à Kinshasa, mais difficile à exercer sur le terrain.

Le 25 août 2026, la campagne de balisage du fleuve Congo et de la rivière Kasaï a été lancée en présence du président de la République. Deux baliseurs ont été mis en service pour la Régie des voies fluviales. Une péniche de 98 passagers, un bateau pousseur et cinq canots ont été livrés à l’ONATRA. Face à quelque 25 000 kilomètres de voies d’eau intérieures placées sous la responsabilité de la RVF, ces équipements ne suffisent pas encore à transformer tout le réseau. Ils marquent toutefois le passage d’une promesse répétée à des moyens visibles. Leur véritable prouesse sera de rendre les traversées plus sûres et les territoires riverains moins isolés.

Bemba porte également le corridor de Lobito comme une bataille pour la souveraineté logistique congolaise. Son ministère fait état d’études de préfaisabilité achevées sur le tronçon Tenke–Kolwezi–Dilolo et de la réhabilitation engagée de 80 kilomètres critiques entre Kolwezi et Dilolo. Reste à démontrer que cette voie servira aussi les producteurs, les travailleurs et les villes congolaises, plutôt que de devenir seulement une sortie plus rapide pour les minerais. Ce défi ne diminue pas l’ambition du projet. Il en fixe l’exigence politique.

Jean-Pierre Bemba dérange parce qu’il ne ressemble pas aux figures dociles que le pouvoir aime parfois mettre en vitrine. Il a son histoire, son poids électoral, son caractère et ses contradictions.

Mais il a choisi de mettre cette force au service de l’État lorsque l’engagement comportait un risque. À la Défense comme aux Transports, son patriotisme se lit dans une même idée. La nation doit pouvoir protéger son territoire et relier ses citoyens. La meilleure manière de saluer ce courage n’est pas de le déclarer infaillible.

C’est de reconnaître son engagement et ses actes et d’exiger que les multiples chantiers qu’il a engagés aboutissent.

 

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