Ebola tue les professionnels de santé : Protéger ceux qui nous protègent

Par l’Honorable Dr Mbungani Mbanda Jean-Jacques, Député National, Médecin, Ancien Ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévention.

Par le présent message, je viens une fois de plus présenter mes sincères condoléances à tout le corps médical pour les nombreuses victimes de notre profession tombées sur le front.

3676 morts et 7614 cas confirmés en 5 mois officiellement, c’est le bilan à mi-parcours de cette 17e épidémie d’Ebola. Une épidémie qui a en réalité débuté silencieusement dès février 2026, bien avant sa déclaration officielle.

Parmi ces morts, il y a nos confrères, nos infirmiers, nos laborantins. Cela fait mal et force à interpeller les consciences.

Perdre un médecin, un infirmier dans l’exercice de sa profession est difficile à accepter.

Le dernier exemple en date est le décès ce 24/09/2026 de notre confrère, le Dr KINGOMBE Victor, médecin œuvrant aux CUKIS dans la province de la Tshopo, décédé suite à la Maladie à Virus Ebola (MVE). Paix à son âme.

Des informations concordantes nous renseignent qu’à ce jour, plusieurs médecins sont également contaminés et pris en charge dans les Centres de Traitement Ebola (CTE). La première ligne est en train de saigner.

C’est ici le moment de rappeler, que la protection du soignant n’est pas une option, c’est la première règle de la riposte.

1. Pourquoi le personnel soignant meurt-il autant ?

Sur le plan épidémiologique, le risque nosocomial est le moteur le plus meurtrier d’Ebola.

Le virus Ebola se transmet par contact direct avec le sang et les liquides biologiques d’une personne malade. La charge virale est maximale en phase terminale et juste après le décès.

Trois failles scientifiques expliquent la contamination des soignants:

a) La rupture de la barrière: Le virus ne traverse pas la peau saine, mais il traverse une micro-lésion, une conjonctive, une muqueuse. Vacciner ou soigner à mains nues, c’est ouvrir la porte au virus.

b) La fausse sécurité: Sans Équipement de Protection Individuelle (EPI) complet, le soignant devient vecteur. Il se contamine et contamine à son tour les patients suivants qu’il va toucher.

c) Le geste vaccinal non sécurisé: L’acte de vaccination est un acte invasif. Il crée une effraction cutanée. Réalisé sans gants, sans antisepsie, il devient lui-même un acte à risque de transmission pour le vacciné et le vaccinateur.

2. Les règles déontologiques et les normes OMS ne sont pas négociables.

La déontologie médicale est claire: « Primum non nocere – D’abord, ne pas nuire ». Et ne pas se nuire à soi-même pour pouvoir continuer à soigner les autres.

Je rappelle les normes élémentaires édictées par l’OMS pour tout acte de soins et de vaccination en contexte Ebola, qui sont de stricte application:

*Pour tout acte de soins en CTE / CUKIS:

– EPI complet et imperméable: combinaison, gants doubles, masque FFP2, lunettes ou visière, bottes.

– Procédure rigoureuse d’habillage et de déshabillage supervisée par un hygiéniste.

– Hygiène des mains systématique.

Pour tout acte vaccinal :

– Lavage des mains + gants d’examen propres à usage unique, changés entre chaque patient.

– Tenue professionnelle appropriée: blouse propre.

– Antisepsie du site d’injection, seringue autobloquante à usage unique, élimination immédiate sans recapuchonner dans un collecteur de sécurité.

– Respect strict de la chaîne de froid.

Vacciner à mains nues et en tenue de ville n’est pas un acte de courage. C’est une faute déontologique grave au sens de l’article 38 du Code de déontologie médicale congolais, qui oblige le médecin à exercer dans des conditions qui garantissent la sécurité du patient et la sienne.

3. PLAIDOYER: Ce que nous devons exiger maintenant

En mémoire du Dr Kingombe Victor et de tous nos confrères tombés, j’exige:

1. Dotation d’urgence: Que le Gouvernement et les partenaires assurent la dotation de tous les CTE, CUKIS (Cliniques Universitaires Centre Hospitalier) et équipes de vaccination en EPI complets et en quantité suffisante. On ne peut pas exiger la norme sans donner les moyens de la norme.

2. Supervision stricte: Que toutes les DPS en riposte interdisent formellement tout acte de soins ou de vaccination sans EPI. La supervision doit être intransigeante.

3. Vaccination des soignants en priorité: Tous les soignants de première ligne doivent avoir reçu leur dose de vaccin et leur rappel, dans les normes OMS.

À mes confrères sur le front, je dis: Votre dévouement honore la Nation. Mais votre vie vaut plus qu’un geste précipité. Protégez-vous. Un soignant protégé, c’est une centaine des vies sauvées.

À la famille du Dr Kingombe Victor, à tous les corps soignants endeuillés, la Nation vous doit respect et reconnaissance.

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