Une note d’observation pour LMC SA/Exercice 2025 : La gouvernance publique à l’épreuve, le chef de l’Etat attendu sur les sanctions 

La gestion de la société LMC SA se retrouve au centre de vives interrogations à la suite d’une note d’observation consacrée à l’analyse de ses états financiers pour l’exercice 2025. Le document, présenté comme une analyse financière approfondie, relève plusieurs incohérences comptables présumées, des interrogations sur la gestion du patrimoine, ainsi que des écarts importants entre les charges de l’entreprise et son niveau d’activité.

Ces observations soulèvent une question fondamentale : comment les différents mécanismes de contrôle et de validation ont-ils pu laisser subsister de telles anomalies présumées dans les comptes d’une entreprise relevant du portefeuille de l’État ?

Une structure financière qui interpelle : 59,24 milliards de CDF de masse salariale

Selon la note d’observation, le chiffre d’affaires de LMC SA s’élèverait à environ 119,04 milliards de francs congolais en 2025, répartis en deux principales composantes : 107,1 milliards de CDF provenant des droits de trafic maritime et 11,9 milliards de CDF liés à l’exploitation maritime.

Toutefois, derrière ce volume de recettes, la structure des charges soulève de sérieuses interrogations. La masse salariale atteindrait près de 59,24 milliards de francs congolais, soit un montant équivalant à environ 49,8 % du chiffre d’affaires déclaré.

Plus préoccupant encore, selon les données présentées dans la note, le rapport entre la masse salariale et les recettes attribuées à l’exploitation maritime atteindrait près de 463 %, si cette comparaison porte bien sur les 11,9 milliards de CDF concernés. Autrement dit, pour chaque franc congolais généré par cette activité, les dépenses salariales représenteraient environ 4,63 francs congolais.

Un tel écart soulève une question centrale sur l’équilibre économique de l’entreprise : les charges de personnel sont-elles proportionnées à l’activité effectivement réalisée et aux ressources générées par les opérations maritimes ?

Cette situation appelle des explications détaillées sur la structure des rémunérations, les effectifs, la répartition des agents entre les différentes activités et la contribution réelle de chaque secteur aux recettes de l’entreprise.

Il convient néanmoins de distinguer les recettes issues des droits de trafic maritime du chiffre d’affaires directement généré par l’exploitation maritime. Ces deux sources de revenus ne présentent pas nécessairement les mêmes caractéristiques économiques. Leur analyse séparée est donc indispensable pour apprécier correctement la performance opérationnelle de LMC SA.

La note fait également état d’un résultat net déclaré de 8,65 milliards de francs congolais en 2025, contre environ 332,27 millions de CDF en 2024. Cette progression spectaculaire du bénéfice, alors que le chiffre d’affaires aurait enregistré un recul, mérite une explication documentée portant notamment sur l’évolution des charges, les produits exceptionnels, les écritures comptables et les éventuels retraitements effectués.

Comment expliquer une telle amélioration du résultat net dans un contexte de recul de l’activité ? La réponse devra se trouver dans les états financiers détaillés et les justificatifs comptables correspondants.

Une hausse de plus de 2 500 % des impôts malgré le recul de l’activité

La note d’observation soulève également des interrogations sur l’évolution de la fiscalité entre les exercices 2024 et 2025.

Selon les chiffres rapportés, l’activité aurait enregistré une baisse de 2,89 %, tandis que les effectifs seraient passés de 839 à 861 agents, soit une augmentation de 22 personnes. Dans le même temps, les impôts auraient connu une hausse annoncée de plus de 2 500 %.

Une telle variation constitue un indicateur qui mérite une analyse approfondie. Comment expliquer une progression aussi importante des impôts alors que l’activité recule et que les effectifs n’augmentent que modérément ?

Cette évolution pourrait notamment dépendre de la nature des impôts concernés, de régularisations fiscales, de changements dans les bases imposables, de pénalités éventuelles ou encore d’écritures relatives à des exercices antérieurs. Ces hypothèses doivent être vérifiées à partir des documents comptables et fiscaux avant de tirer une conclusion définitive.

Il est donc indispensable de préciser les montants exacts des impôts comptabilisés en 2024 et en 2025, leur composition, les bases de calcul retenues ainsi que les justificatifs des variations constatées.

La note pointe par ailleurs des irrégularités présumées dans le traitement de certains actifs, de certaines charges et de diverses opérations comptables. L’ensemble de ces éléments appelle un examen technique contradictoire afin de déterminer les responsabilités éventuelles et de vérifier la conformité des comptes aux règles applicables.

Une confrontation du 14 octobre au CSP : des questions en attente de réponses ?

Une confrontation entre les cadres et experts de LMC SA et les responsables du Conseil supérieur du portefeuille (CSP) s’est tenue le mercredi 14 octobre 2026, au siège de cette institution.

Selon les informations communiquées au sujet de cette rencontre, les directeurs du Portefeuille auraient soulevé plusieurs questions relatives à la feuille d’observation financière. Les représentants de LMC présents auraient toutefois demandé que les préoccupations leur soient transmises par écrit afin de pouvoir y répondre.

Cette demande appelle désormais un suivi rigoureux. Les explications écrites attendues permettront-elles de dissiper les incohérences relevées ou confirmeront-elles la nécessité d’un audit approfondi ?

La même source rapporte que M. PWEMA, présenté comme un expert intervenant dans ce dossier, aurait tenu des propos laissant entendre que le CSP serait lui-même impliqué dans les conclusions du rapport. Si ces propos sont confirmés, ils mériteraient d’être clarifiés sans délai.

Une telle déclaration, si elle a effectivement été prononcée dans les termes rapportés, soulève une interrogation majeure : s’agit-il d’une réserve technique, d’une mise en garde ou d’une contestation des conclusions des organes de contrôle ? Seul un examen contradictoire des faits permettra d’en déterminer la portée.

Des allégations circulent également au sujet de l’utilisation de certains rapports de contrôle pour exercer des pressions sur des mandataires publics. À ce stade, ces affirmations nécessitent des éléments vérifiables et des témoignages circonstanciés avant de pouvoir être établies.

Toute la chaîne de contrôle appelée à s’expliquer

Au-delà de la Direction générale, les interrogations concernent l’ensemble des organes ayant participé à l’élaboration, à l’examen, à la certification ou à la validation des états financiers de LMC SA.

La Directrice générale ayant signé les documents, le Conseil d’administration qui les a approuvés, les commissaires aux comptes ayant formulé leurs conclusions, l’Assemblée générale qui les a validés ainsi que les experts du CSP ayant participé aux contrôles doivent pouvoir expliquer leurs diligences respectives.

Il ne s’agit pas de déclarer d’emblée ces acteurs coupables, mais de déterminer si les anomalies signalées étaient décelables, quelles vérifications ont été effectuées et si les procédures de contrôle ont été respectées.

Lorsque plusieurs niveaux de contrôle interviennent sans que des incohérences importantes soient relevées, deux questions s’imposent : les contrôles ont-ils été suffisamment rigoureux ou des défaillances institutionnelles ont-elles permis à ces anomalies présumées de persister ?

Si des fautes de gestion, des manquements professionnels ou des infractions sont établis, les responsabilités devront être engagées conformément aux lois et procédures en vigueur.

Le Chef de l’État face à l’exigence de redevabilité

Cette affaire intervient alors que le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, est présenté comme ayant réaffirmé la nécessité de sanctionner les dérapages dans la gestion des entreprises publiques.

Le dossier LMC SA constitue ainsi un test important pour les mécanismes de gouvernance, de contrôle et de redevabilité de l’État.

Les attentes sont claires : une vérification indépendante des observations financières, des réponses précises des responsables concernés et, si les faits sont confirmés, des sanctions proportionnées à la gravité des manquements établis.

Le Gouvernement et les autorités de tutelle sont également attendus sur leur capacité à garantir que les entreprises publiques soient administrées dans l’intérêt général, avec transparence, discipline budgétaire et respect des règles comptables.

La note d’observation sur les états financiers de LMC SA pour 2025 dépasse désormais le simple débat comptable. Elle pose la question de l’efficacité de la surveillance des entreprises publiques et de la responsabilité de chaque acteur intervenant dans leur gestion.

La confrontation du 14 octobre au CSP marque une étape importante. Les réponses écrites annoncées, les éventuelles vérifications complémentaires et les conclusions des organes compétents devront permettre de distinguer les erreurs comptables, les insuffisances de gestion et les éventuelles infractions.

Le peuple congolais est en droit d’attendre une gestion transparente de son patrimoine public. Mais la transparence exige également que les accusations soient étayées, que les personnes mises en cause puissent répondre aux griefs formulés et que les conclusions reposent sur des preuves vérifiables.

Le dossier LMC SA est donc à suivre. Le véritable enjeu sera de savoir si les observations formulées déboucheront sur des clarifications crédibles, un audit indépendant et, le cas échéant, des sanctions effectives.

 

Affaire à suivre.

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