C’est en présence des délégations des pays, notamment de l’Angola, la République du Congo et de la Tanzanie, que la 3ème édition du RIF a été lancée dans un hôtel de la capitale Kinshasa.
En effet, depuis 2022, le RIF rapproche les acteurs publics, privés, financiers et techniques autour de la transformation de notre pays. En 2024, sa deuxième édition a réuni plus de 250 acteurs clés et produit cinquante recommandations, dans une approche associant les transports, la logistique et l’énergie.

« Nous avons également tenu à reconnaître les « Soldats des infrastructures » : ces femmes et ces hommes qui font avancer les projets, souvent loin des tribunes, au plus près des chantiers », rappelle M. Bodom Matungulu, président du Think Tank RDC Stratégie, avant de préciser qu’aujourd’hui, nous devons franchir une nouvelle étape : des recommandations aux projets préparés ; des projets aux investissements ; des investissements aux réalisations.
Et de poursuivre, la République Démocratique du Congo est au cœur de l’Afrique. Mais être au centre d’une carte ne suffit pas pour être au centre des échanges. « Notre position géographique devient une force lorsque nos producteurs accèdent aux marchés, lorsque nos entreprises transforment nos ressources et lorsque nos provinces échangent entre elles », pense-t-il.
Le défi est de transformer la centralité géographique de la RDC en centralité économique africaine. Car une route interrompue, un train immobilisé, un port congestionné ou une frontière engorgée ont des conséquences humaines.
C’est un agriculteur qui perd sa récolte. C’est une entreprise qui attend ses marchandises. C’est une usine qui reporte sa production. C’est une famille qui paie plus cher les produits essentiels.
Le coût de la distance finit toujours par entrer dans le prix de la vie. Réduire ce coût est une responsabilité économique, sociale et nationale. C’est pourquoi les corridors doivent devenir les artères stratégiques de notre prospérité.
A en croire Bodom Matungulu, un corridor de développement relie un bassin agricole à un marché, un chemin de fer à une zone industrielle, un port à une chaîne de production et une centrale électrique à des entreprises.
Il associe les infrastructures, l’énergie, les compétences, les investissements et les institutions. Un corridor réussi se reconnaît aux activités qu’il fait naître, aux emplois qu’il crée et aux territoires qu’il remet en mouvement.
Le corridor minier doit soutenir la transformation locale et les fournisseurs congolais. Le corridor agricole doit permettre de produire, de conserver, de transformer et de vendre. Le corridor énergétique doit éclairer les foyers et faire tourner les industries. Le corridor fluvial doit désenclaver les provinces et renforcer le marché intérieur.
C’est ainsi que nous passerons des corridors logistiques aux corridors de valeur. Le cuivre doit pouvoir voyager ; la valeur ajoutée doit aussi pouvoir rester. Les marchandises doivent circuler ; la prospérité doit aussi se diffuser.
Du corridor Atlantique au corridor du Lobito, des ouvertures vers l’Afrique orientale et australe au grand axe fluvial du Congo, nous disposons des fondements d’une architecture économique ambitieuse.
Leur articulation doit connecter nos bassins de production, développer nos pôles industriels et renforcer nos échanges régionaux. Relier la RDC à ses voisins et relier les Congolais entre eux doivent avancer ensemble.
Un thème évocateur
Bodom Matungulu pense que le thème — « Corridors stratégiques, souveraineté logistique et intégration régionale : bâtir la puissance infrastructurelle de l’Afrique centrale » — porte une exigence concrète.
La souveraineté logistique, c’est sécuriser nos approvisionnements, diversifier nos débouchés et maîtriser les conditions de nos échanges. Elle exige des infrastructures fiables et entretenues, des procédures fluides, des administrations coordonnées et des services numériques efficaces. Elle exige aussi des compétences nationales.
Construire les infrastructures du futur, c’est former ceux qui les concevront, les exploiteront et les entretiendront. Chaque grand projet doit renforcer nos PME, transmettre des savoir-faire et ouvrir des perspectives à notre jeunesse. La formation, le contenu local et l’entrepreneuriat doivent accompagner l’investissement dès sa conception.
Cette ambition exige des financements importants. Elle exige également des projets rigoureusement préparés, des risques identifiés, des contrats équilibrés et une gouvernance crédible.
Les investisseurs ont besoin de visibilité. Les citoyens ont besoin de résultats. Les partenariats public-privé, les financements mixtes et les garanties peuvent mobiliser les capitaux nécessaires, à condition de reposer sur une utilité démontrée et des engagements soutenables. La qualité de la préparation détermine la crédibilité de la promesse.
« Notre effort doit couvrir toute la chaîne : définir les priorités, réaliser les études, financer, construire, exploiter et entretenir. La valeur d’un ouvrage se mesure aussi à la qualité du service qu’il rend dans la durée. Pendant ces trois journées, notre démarche s’organisera autour de trois verbes : Décider. Construire. Financer », a-t-il indiqué dans son discours, car décider des priorités et des réformes.
Construire les infrastructures et les compétences. Financer des projets capables de produire des résultats durables. Nous voulons rapprocher la vision politique, l’expertise technique, les capacités financières et l’initiative entrepreneuriale.
Et donner une suite concrète à nos échanges. Que chaque engagement trouve un responsable. Que chaque projet trouve une prochaine étape. Que chaque prochaine étape trouve une date. C’est à cette discipline que se mesurera l’utilité du RIF.
Quel Congo voulons-nous léguer aux générations futures ?
Et de répondre qu’en 2060, notre pays célébrera cent ans d’indépendance. Ce rendez-vous nous oblige à regarder loin et à agir maintenant. « Nous voulons un Congo en paix, uni, dont l’intégrité territoriale est protégée par des institutions solides et des forces de défense capables. Un Congo où les routes relient les provinces, où les trains rapprochent les villes et où les ports ouvrent nos horizons. Un Congo où l’énergie du fleuve éclaire les foyers et soutient l’industrialisation. Un Congo où l’agriculture nourrit notre peuple et contribue à nourrir l’Afrique. Un Congo où chaque enfant peut apprendre, où chaque jeune peut entreprendre et vivre dignement de son talent », dit-il, tout en avouant que ce Congo appelle une vision partagée et une génération qui assume sa responsabilité.
L’horizon 2060 se prépare dans la qualité d’une étude, dans la transparence d’un contrat, dans la formation d’un ingénieur et dans la connexion d’un bassin agricole.
Il se prépare dans nos décisions d’aujourd’hui. Les corridors ne transportent pas seulement des marchandises : ils transportent de la croissance.
Notre devoir est de faire parvenir cette croissance jusqu’aux populations. Qu’elle atteigne nos campagnes. Qu’elle renforce nos entreprises. Qu’elle ouvre des perspectives à notre jeunesse. Qu’elle rapproche nos provinces et nos peuples.
L’avenir nous appelle. L’Histoire nous regarde. Et le moment d’agir, c’est maintenant. « Faisons du RIF le rendez-vous où les ambitions deviennent des investissements et les engagements deviennent des réalisations. Bâtissons ensemble une RDC dont nos enfants pourront être fiers, où ils pourront vivre, entreprendre et accomplir leurs ambitions », conseille-t-il.
