Annoncée initialement à Bruxelles, la réunion de la C64, accusée d’être restée silencieuse, de même que la CENCO-ECC, depuis la prise officielle de la tête de la rébellion par l’ancien président Joseph Kabila, se tient ce lundi 26 octobre à Rome. Cette réunion a lieu pendant que l’Assemblée nationale vient d’adopter en seconde lecture la loi portant organisation des référendums, dont le Sénat ne pourra pas, aux termes de la Constitution, constituer véritablement un obstacle ; l’avis de la chambre basse prévalant en cas de discordance. Qu’est-ce qui sera dit dans la capitale italienne et qui soit, surtout, à même de crédibiliser l’opposition qui s’est enfermée dans un mutisme de plus des deux semaines après la bascule de celui qui paraissait être leur allié objectif ? Est-ce une simple coïncidence que le cardinal Fridolin Ambongo, dont l’Eglise, à travers la CENCO, s’est toujours montrée virulente vis-à-vis du régime Tshisekedi, se soit retrouvé avec l’opposant Delly Sesanga dans un même avion à destination de Rome ? Entre la rébellion de Joseph Kabila et l’adoption en seconde lecture à l’Assemblée nationale de la loi portant organisation des référendums, la réunion de Rome doit servir donc de laboratoire pour accoucher d’une introuvable « troisième voie » pour la C64. Par ricochet, à la CENCO-ECC aussi.
La réunion de la Coalition Article 64 (C64) s’ouvre à Rome, en Italie, ce lundi 26 octobre 2026, au moment précis où la République Démocratique du Congo bascule dans une dangereuse tectonique des plaques politiques. D’un côté, l’annonce tonitruante faite à Goma le 12 octobre par l’ex-président Joseph Kabila, prenant officiellement la tête du Front pour la Refondation de la Nation (FRN) – une rébellion armée qui succède à l’AFC/M23, dont le soutien du Rwanda est fortement documenté. De l’autre, le rouleau compresseur de l’Union Sacrée de la Nation (USN) qui vient, vendredi 23 octobre, d’adopter à l’Assemblée nationale la sulfureuse loi encadrant le référendum. Au milieu de ce séisme, le silence assourdissant des ténors de l’opposition républicaine et de l’axe spirituel CENCO-ECC interroge autant qu’il inquiète. Qu’est-ce qui se joue réellement dans la ville éternelle ?
Pourquoi ce long silence et que cache-t-il ?
Depuis deux semaines, la C64 – qui réunit Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Delly Sesanga, Augustin Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund – est restée figée, incapable d’accorder ses violons. Ce mutisme face au coup d’éclat de Joseph Kabila contraste violemment avec leur habitude de réagir au quart de tour à la moindre déclaration du pouvoir de Félix Tshisekedi.
Ce silence cache un embarras stratégique majeur. Avant le 12 octobre, la C64 plaidait activement pour un dialogue national inclusif qui devrait intégrer Kabila, ainsi que l’ancien AFC-M23. En choisissant la voie des armes, l’ancien président a piégé ses anciens partenaires de fait : condamner Kabila, c’est faire le jeu de Tshisekedi qui somme l’opposition de « choisir la République », ne pas le condamner, c’est flirter avec la complicité de rébellion aux yeux de la grande majorité de l’opinion et du pouvoir.
En fait, la C64 s’est murée dans le silence parce qu’elle est au bord de l’éclatement. Elle est tiraillée entre ceux qui refusent catégoriquement la logique armée et ceux qui refusent de rompre définitivement le cordon avec le camp du Grand Katanga. Déjà, dans une déclaration mi-figue mi-raisin quelques jours bien auparavant, Martin Fayulu avait laissé entendre que le consortium courrait vers sa disparition si les autres leaders s’abstenaient à condamner Joseph Kabila et la nouvelle rébellion. De mémoire des Congolais, ses collègues sont restés aphones jusqu’à la veille de la réunion de ce jour. Rome doit servir donc de laboratoire pour accoucher d’une introuvable « troisième voie ».
Le vol Kinshasa-Rome : simple coïncidence ou diplomatie des couloirs ?
Le fait que Delly Sesanga se soit retrouvé à bord du même avion que le cardinal Fridolin Ambongo à destination de Rome a immédiatement enflammé les réseaux sociaux. Si les proches de l’opposant parlent d’un hasard de calendrier, la concomitance des agendas laisse sceptique dans un pays où la politique se nourrit de symboles. Le cardinal Fridolin Ambongo se rend au Vatican pour ses obligations cléricales, tandis que la C64 s’installe à Rome pour son premier grand sommet physique en présentiel. Ont-ils payé leurs billets d’avion le même jour ou ceux-ci ont été payés par une même personne ? Et à la même agence ?
Même s’il ne s’agit pas d’une alliance formelle, cette proximité géographique et temporelle ravive l’idée d’une médiation de l’ombre. La CENCO et l’ECC, bien que silencieuses par prudence pastorale pour éviter de légitimer la violence, partagent avec la C64 une opposition frontale au projet de changement constitutionnel de Félix Tshisekedi. À Rome, les lignes de communication entre le clergé catholique et les leaders politiques pourraient s’avérer beaucoup plus poreuses qu’un simple billet d’avion partagé.
L’opposition va-t-elle aussi réagir contre la loi sur le référendum ?
Renvoyée par le président de la République au Parlement pour la seconde lecture consistant à intégrer les réserves formulées par la Cour constitutionnelle, qui avait cependant déclaré la loi conforme à la Constitution, la proposition de la Loi Ngondankoy a été réexaminée ce 23 octobre à l’Assemblée nationale. C’était en principe une relecture verrouillée. Et la surprise n’a pas été de la partie. Le texte réexaminé a été adopté avec 346 voix pour, l’opposition parlementaire ayant choisi la politique de la chaise vide, dénonçant un passage en force. Le texte retourne désormais au Sénat pour une seconde lecture. Mais, la chambre haute ne pourra pas constituer véritablement un obstacle, l’avis de la chambre basse prévalant en cas de discordance.
La léthargie de l’opposition après la bascule de Kabila vers la rébellion a profondément entamé sa crédibilité auprès de la population. Pour exister à nouveau, la C64 n’a d’autre choix que d’engager un barrage politique et populaire total contre cette loi référendaire. C’est son ultime levier de légitimité républicaine. Si elle ne parvient pas, dès l’issue de sa réunion à Rome, à annoncer des actions concrètes et unitaires pour bloquer le texte au Sénat ou mobiliser la rue, elle actera sa propre mort politique, coincée entre un pouvoir qui avance par des lois et une rébellion de l’est qui menace de balkaniser le pays. À Rome, l’opposition congolaise joue sa survie : elle doit prouver qu’elle sait encore se battre pour la Constitution, sans les armes, mais avec courage.
Toutefois, elle est préjudiciée par son attitude eu égard à la bascule de Joseph Kabila. Kagame, Kabila et l’AFC/M23, devenu FRN, leur servait et continue à leur servir de levier de pression militaire contre le régime Tshisekedi. Elle a, de ce fait, érodé son crédit pour que les masses lui fasse confiance et adhère à ses initiatives. Il n’est pas certain qu’elle puisse rassembler à l’avenir de meutes des gens contre le pouvoir.
Quant à Tshisekedi, il se révèle un vrai stratège politique. Il sait quand et comment frapper son coup. Le mutisme de la C64 et de la CENCO vis-à-vis de la rébellion aura été un facteur vraiment catalyseur.
Moïse Musangana
