L’ambiguïté d’Assise : quand l’inclusion pastorale occulte la trahison nationale (Editorial de Moïse Musangana)

À Rome, le cardinal Fridolin Ambongo a professé une maxime séduisante pour l’esprit : « Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue ». Pourtant, transposée dans les fractures sanglantes de la RDC, cette logique se heurte à une contradiction fondamentale. En plaidant pour une table rase des responsabilités juridiques et républicaines au nom d’une paix universelle, le prélat brouille délibérément la frontière entre l’adversité politique légitime et l’insurrection armée parrainée par l’étranger.

Le paradoxe de l’ennemi désigné

En juillet 2026, à sa sortie d’audience avec le président Félix Tshisekedi, le cardinal Ambongo déclarait lui-même sans ambiguïté : « Notre pays aujourd’hui souffre d’une agression qui vient essentiellement de l’est du Rwanda ». Si l’agresseur étatique et l’ennemi désigné sont clairement identifiés à Kigali, à qui s’adresse alors l’injonction de dialogue formulée à Assise ?

Si la RDC est en guerre contre une puissance extérieure, un « dialogue national » entre Congolais ne saurait intégrer un État souverain agresseur. En revanche, si le cardinal sous-entend qu’il faut y inclure les mouvements supplétifs comme l’AFC-M23, devenu FRN, il commet un glissement sémantique dangereux. Requalifier une agression internationale documentée en une simple querelle intestine qu’un forum national pourrait résoudre revient à minimiser la responsabilité directe du Rwanda. Et pourquoi tient-il tant disculper Kigali ? Est-ce parce qu’il attend à l’instar de la fille d’Hérode que la tête de Félix Tshisekedi lui soit livrée sur le plateau ?

Le silence sélectif sur le statut de Joseph Kabila

L’autre contradiction majeure réside dans le traitement politique et moral accordé aux figures de la subversion, au premier rang desquelles l’ancien président Joseph Kabila. En s’alliant à des mouvements rebelles largement soutenus par Kigali, l’ancien chef de l’État a rompu le pacte républicain élémentaire. Face à ce basculement, l’attitude de l’archevêque de Kinshasa et des structures ecclésiales (CENCO-ECC) a frappé par son aphonie et ses égards sélectifs.

En octobre 2025, le cardinal Ambongo s’était empressé de critiquer la condamnation à mort par contumace de Joseph Kabila, affirmant qu’elle envoyait « un très mauvais message » pour le vivre-ensemble. Aujourd’hui, en exigeant un dialogue « sans exclusions », le prélat feint d’ignorer une question éthique et juridique lourde : le statut d’un homme qui a dirigé le pays pendant 18 ans et qui choisit de s’associer aux agresseurs de sa propre nation ne compte-t-il pas ?

Amnistie morale contre justice républicaine

En cherchant à imposer l’impunité au nom de la cohésion, le discours d’Assise crée un précédent délétère. Le pouvoir de Kinshasa a fixé des lignes rouges excluant légitimement du cadre national les acteurs de l’ex-AFC-M23. Forcer l’inclusivité absolue revient à considérer la prise d’armes et la trahison de la patrie comme un simple moyen de pression négociable autour d’une table basse.

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