Tribune de Jean-Aimé Mbiya Bondo Shabanza
1er Vice-Président fédéral et Représentant adjoint de l’UDPS/Tshisekedi aux États-Unis d’Amérique, chargé des politiques et de la diplomatie
La République démocratique du Congo traverse une épreuve qui dépasse les rivalités politiques ordinaires. Les propos fermes attribués au président Félix-Antoine Tshisekedi, lors de sa rencontre avec les députés nationaux et sénateurs de l’Union sacrée, relancent le débat sur le rôle de l’ancien président Joseph Kabila dans la crise sécuritaire qui frappe le pays et sur la responsabilité des acteurs politiques qui s’associent à des mouvements politico-militaires opérant dans l’Est.
Au-delà des déclarations, une question fondamentale s’impose : jusqu’où peut-on pousser la conquête du pouvoir sans compromettre la souveraineté nationale ?
Joseph Kabila et les responsabilités de l’histoire
L’engagement politique de Joseph Kabila aux côtés d’une coalition issue de l’AFC/M23 soulève de graves interrogations, compte tenu du contexte d’agression extérieure dénoncé par les autorités congolaises. Après avoir dirigé le pays pendant dix-huit ans, l’ancien président ne peut ignorer les conséquences d’une déstabilisation des institutions et d’une remise en cause de l’autorité de l’État sur une partie du territoire.
La contestation du pouvoir est légitime en démocratie. En revanche, toute démarche susceptible de favoriser une entreprise politico-militaire doit être examinée avec rigueur, particulièrement lorsque la sécurité des populations et l’intégrité territoriale sont en jeu.
Les responsabilités de Joseph Kabila, de Corneille Nangaa et de tout autre acteur impliqué dans cette crise doivent être prises au sérieux et faire l’objet d’investigations crédibles. Les accusations de trahison nationale ne sauraient être prononcées à la légère : elles exigent des preuves et, le cas échéant, des procédures judiciaires conformes à la loi. Mais la gravité des enjeux interdit également toute complaisance politique.
Un ancien chef de l’État devrait être le premier à mesurer le prix de la fragmentation nationale. L’histoire retiendra non seulement les fonctions exercées, mais surtout les choix posés lorsque la République était en danger.
Les Congolais de 2026 ne sont plus ceux de 1997
Il faut le dire avec force : les Congolais de 2026 ne sont pas ceux de 1997. À l’époque, une partie de la population avait accompagné, avec espoir et parfois sans en mesurer toutes les conséquences, l’avancée de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). Les promesses de changement et la volonté de mettre fin à l’ancien régime avaient nourri de grandes attentes.
L’expérience historique a toutefois démontré que la chute d’un pouvoir ne garantit ni la stabilité, ni la paix, ni la pleine maîtrise de son destin national.
Aujourd’hui, le peuple congolais doit tirer les leçons de son histoire. Aucun Congolais ne devrait accepter que son pays devienne dépendant d’un État voisin, quelle que soit l’origine des acteurs mobilisés pour imposer un nouvel ordre politique. Le nombre de ressortissants congolais susceptibles d’être recrutés, enrôlés ou utilisés comme relais locaux ne saurait conférer une légitimité nationale à un projet qui compromettrait la souveraineté de la République.
La présence de Congolais dans une entreprise politique ou militaire ne suffit pas à lui donner une légitimité congolaise. La nationalité de ceux qui la conduisent ne dispense jamais d’examiner ses objectifs, ses soutiens, ses méthodes et ses conséquences.
Le Congo n’est pas un territoire sans mémoire, encore moins un espace dont l’avenir pourrait être décidé par des intérêts extérieurs avec la complicité de relais nationaux. Notre peuple a le droit de choisir librement ses dirigeants, sans contrainte armée ni tutelle étrangère.
Le pays est agressé : le peuple doit ouvrir les yeux
Face aux violences dans l’Est et aux accusations d’ingérence extérieure, les Congolais doivent comprendre la portée de la crise. Il ne s’agit pas seulement d’une confrontation entre le pouvoir en place et ses adversaires. C’est l’autorité de l’État, la protection des populations et l’intégrité territoriale qui sont en jeu.
Le gouvernement doit informer régulièrement la population, renforcer la protection des civils, mobiliser les instruments diplomatiques et faire prévaloir le droit. De leur côté, les partis politiques, les organisations de la société civile, les médias, la diaspora et les citoyens ont la responsabilité de dépasser leurs divergences pour défendre les principes fondamentaux de la République.
Se réveiller ne signifie ni céder à la haine ni désigner des ennemis sur la base de leur origine. Cela signifie refuser la manipulation, exiger la vérité, dénoncer toute ingérence établie et défendre la souveraineté nationale par des moyens responsables, légaux et pacifiques.
Le temps est venu de mesurer le danger sans céder à la panique. Sauver la nation exige une vigilance collective, une unité de principe et une responsabilité à la hauteur de l’histoire.
Où sont les partenaires de la RDC ?
Une autre interrogation demeure : pourquoi les partenaires de la République démocratique du Congo ne font-ils pas toujours entendre une voix suffisamment claire et cohérente face aux menaces pesant sur son intégrité territoriale ?
Le silence diplomatique n’est pas, à lui seul, une preuve de complicité. Toutefois, lorsque les principes de souveraineté, de non-ingérence et de respect des frontières sont invoqués dans certains conflits, mais semblent appliqués avec moins de fermeté dans d’autres, la confiance des peuples est fragilisée.
La RDC est en droit d’attendre de ses partenaires des positions explicites, des initiatives diplomatiques crédibles et des actes conformes aux principes qu’ils proclament. La paix ne peut être durable si les responsabilités sont occultées ou si les intérêts géopolitiques prennent le pas sur la protection des populations.
Les amis du Congo doivent comprendre que la solidarité ne se mesure pas seulement aux déclarations de circonstance, mais à la cohérence des engagements et aux résultats obtenus.
Sauvons la nation : l’histoire nous demandera des comptes
Le président Félix-Antoine Tshisekedi ne peut porter seul le poids de la défense de la République. Le Congo n’appartient pas exclusivement au chef de l’État, à un ancien président, à un parti politique ou à une génération de dirigeants. Il appartient à tous les Congolais, présents et futurs.
Chacun, selon ses responsabilités et ses moyens, devra répondre de son attitude face à cette épreuve : les dirigeants de la majorité comme ceux de l’opposition, les responsables militaires et politiques, les partenaires internationaux et les citoyens eux-mêmes.
Il ne s’agit pas d’imposer une unanimité autour d’un homme, mais de construire un consensus autour d’un principe supérieur : aucune ambition politique ne peut justifier la mise en péril de la souveraineté nationale.
L’heure n’est donc ni à l’indifférence ni aux calculs partisans. Elle est à la lucidité, à la responsabilité et à la mobilisation de toutes les forces attachées à l’indépendance du Congo.
Sauvons la nation avant qu’il ne soit trop tard. Car si nous laissons notre pays se fragiliser par l’indifférence, les divisions ou les ambitions individuelles, l’histoire ne nous demandera pas seulement qui était au pouvoir : elle nous demandera ce que chacun de nous a fait pour défendre la République démocratique du Congo.
