Novembre est bleu. Et si, pour une fois, ce bleu nous obligeait à parler de ce dont les hommes ne parlent jamais ?
Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme après 50 ans. Partout dans le monde, il se soigne bien quand il est détecté tôt. En République Démocratique du Congo, il tue encore en silence. Non pas parce que nous manquons de médecins courageux, mais parce que la maladie est sous-diagnostiquée, taboue, et découverte trop tard.
Dans nos familles, on en parle à voix basse, quand il est déjà trop tard pour agir.
Le constat est dur, mais il faut le regarder en face.
À Kinshasa, à Lubumbashi, à Goma ou à Kisangani, quelques centres permettent aujourd’hui de faire un dépistage. Un dosage PSA, qui est une prise de sang mesurant une protéine produite par la prostate, un toucher rectal, une échographie. Mais que fait l’homme de l’arrière-pays ? Que fait le Congolais de Lodja, de Kasongo, de Kenge, qui n’a jamais entendu parler de la prostate ?
Par manque de vulgarisation, nous confondons les premiers signes avec la fatigue ou l’âge. Une difficulté à uriner, une envie pressante de se lever plusieurs fois la nuit, un jet faible, la présence de sang dans les urines ou le sperme, des douleurs persistantes dans le bas du dos. Ce sont des signaux d’alerte qui doivent amener à consulter, sans honte.
La honte. C’est l’autre maladie. Dans notre culture, parler de cette partie intime du corps de l’homme est vu comme une faiblesse. Alors on se tait. Et ce silence tue plus que le cancer lui-même.
C’est pourquoi je m’adresse aujourd’hui à la classe politique, et particulièrement aux élus du peuple.
Nous, députés, sénateurs, élus provinciaux, bourgmestres, nous avons un privilège immense : être écoutés. Dans nos circonscriptions, un mot de notre part vaut plus que dix affiches.
Je lance un appel solennel : devenons nous-mêmes des vecteurs de sensibilisation.
Que chaque élu, à partir de ce mois de novembre, organise dans sa base une causerie sur la santé de l’homme. Que nous allions voir nos pères, nos frères, nos oncles de plus de 45 ans, et plus tôt encore s’il y a des antécédents familiaux, pour leur dire simplement : fais-toi dépister.
Le dépistage précoce n’est pas une condamnation, c’est une protection. Détecté tôt, le cancer de la prostate se traite. Détecté tard, il devient une souffrance pour toute la famille.
Que devons-nous faire concrètement ?
1. Vulgariser sans tabou : Intégrer le message de Novembre Bleu dans nos meetings, nos églises, nos terrains de football, nos associations de jeunes et de papas.
2. Rendre le dépistage accessible : Plaider pour que le Centre National de Lutte contre le Cancer (CNLC) et le ministère de la Santé déploient des unités mobiles de sensibilisation et de dépistage dans l’arrière-pays, et que le PSA soit rendu accessible dans les hôpitaux généraux de référence.
3. Former et équiper : Former nos infirmiers et médecins en province à reconnaître les signes et à orienter, sans stigmatiser.
Je suis un homme comme vous. J’ai compris que parler de ma prostate, ce n’est pas perdre ma virilité, c’est protéger ma vie pour rester auprès des miens.
Alors, en ce Novembre Bleu, je vous le demande, messieurs, parlons-en. Parlons-en entre hommes. Parlons-en à nos femmes pour qu’elles nous y poussent. Parlons-en à nos élus pour qu’ils nous y aident.
Ne laissez pas la peur ou la pudeur vous tuer en silence. Faites-vous dépister. Et parlez-en autour de vous.
