Alors que l’épidémie d’Ebola qui sévit depuis près de six mois en République démocratique du Congo a fait plus de 5 000 morts, l’Organisation mondiale de la santé a annoncé mercredi l’intégration prochaine à un essai clinique de deux nouveaux candidats-vaccins spécialement conçus contre la souche « Bundibugyo » du virus responsable de la flambée actuelle.
Près d’un malade recensé sur deux en est morte. Depuis son apparition en mai, l’épidémie d’Ebola qui frappe la RDC a pris une ampleur sans précédent dans le pays. Au 1er novembre, les autorités sanitaires recensaient 10 532 cas confirmés et 5 126 décès, principalement dans l’est d u territoire. Huit provinces sont désormais touchées, l’Ituri restant la plus durement frappée.
Face à cette progression, l’OMS a annoncé, mercredi, une avancée dans la recherche vaccinale. Deux nouveaux candidats-vaccins, spécialement conçus pour combattre le virus Bundibugyo, à l’origine de l’épidémie, devraient prochainement rejoindre un essai clinique déjà engagé dans le pays. Une première pour cette souche du virus Ebola, contre laquelle aucun vaccin n’a encore démontré son efficacité chez l’être humain.
Deux vaccins conçus contre le virus BundibugyoLes deux candidats retenus sont le ChAdOx1, développé par l’université d’Oxford en collaboration avec le Serum Institute of India, et le mRNA-1469, mis au point par le laboratoire américain Moderna. Leur intégration à l’essai a été recommandée par un groupe d’experts indépendants réuni par l’OMS, après examen des premières données scientifiques disponibles. Elle reste soumise à l’approbation des autorités sanitaires congolaises.
« Le fait que ces vaccins soient prêts à entrer en phase d’essais cliniques témoigne de la puissance de la science et du partenariat », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans un communiqué. Il a toutefois rappelé que les vaccins ne suffiraient pas, à eux seuls, à mettre fin à l’épidémie, même s’ils pourraient constituer un nouvel outil pour en maîtriser la propagation.L’enjeu est considérable. Si un vaccin, Ervebo, a déjà fait ses preuves contre le virus Ebola dit « Zaïre », responsable de plusieurs épidémies meurtrières en Afrique, son efficacité contre le virus Bundibugyo demeure inconnue. Les deux agents pathogènes sont apparentés, mais présentent des différences qui ne permettent pas de présumer qu’un vaccin efficace contre l’un protège également contre l’autre.
Une course contre la propagation du virusBaptisé « Tumaini », qui signifie « espoir » en swahili, l’essai clinique a débuté le 23 octobre à Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie. Cette province concentre à elle seule plus de 7 400 cas et près de 3 500 décès.
L’essai repose sur une stratégie dite de « vaccination en anneau ». Plutôt que de vacciner indistinctement la population, les chercheurs ciblent les personnes ayant été en contact avec des malades confirmés. L’objectif est de déterminer si les vaccins permettent d’empêcher de nouvelles infections et, à terme, de freiner la transmission.
Cette méthode avait fait ses preuves lors de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, lorsqu’un essai mené en Guinée avait démontré l’efficacité du vaccin Ervebo contre l’espèce Zaïre du virus.
Ervebo est d’ailleurs le premier vaccin évalué dans le cadre de l’essai Tumaini. Mais son efficacité contre Bundibugyo reste incertaine. Quatre anneaux de vaccination ont déjà été constitués et plusieurs autres sont en préparation. En parallèle, l’OMS soutient un autre essai clinique, baptisé « PARTNERS », destiné à évaluer plusieurs traitements expérimentaux, notamment l’antiviral remdesivir et des anticorps monoclonaux.
L’urgence dépasse désormais les frontières congolaises. Des cas ont également été signalés dans plusieurs autres pays africains, notamment au Kenya et au Nigeria. Dans l’est de la RDC, les conflits armés, les difficultés d’accès aux malades et la méfiance envers les autorités sanitaires compliquent encore la riposte.
