PPRD : Le silence qui accuse (Steve Mbikayi)

Il est des silences plus parlants que les discours. Celui de la déclaration du bureau politique du PPRD, le 30 octobre, en fait partie. Je laisse aux juristes le débat sur la compétence du Conseil d’État. Ce qui me frappe est ailleurs ; dans ce que ce texte ne dit pas.

Le 12 octobre, à Goma, Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition politico-militaire qui annonce vouloir mettre fin au régime en place par tous les moyens, y compris la force.

Sur quatre pages, le bureau politique de son parti n’en dit pas un mot. Pas une ligne pour s’en démarquer, encore moins pour relever son président de ses fonctions.

À ce jour, l’ancien chef de l’État dirige donc à la fois le PPRD et le FRN. Cette aphasie n’est pas un oubli. C’est une prise de position.

Dès lors, une question s’impose : le PPRD est-il devenu la vitrine civile d’une rébellion ? S’il ne l’est pas, il lui revenait de le dire, clairement et sans délai. En se taisant, il laisse ses adversaires interpréter son mutisme. Il donne aussi du crédit, à tort ou à raison, à ceux qui soupçonnaient des complicités internes dans les préparatifs du ralliement de son président à la rébellion, ce qui avait conduit certains de ses hauts cadres en taule.

À défaut de conviction, le simple calcul politique aurait dû le pousser à rompre. En boycottant les élections de 2023 sans être capable de mobiliser la population pour peser sur le scrutin, le parti s’était déjà retiré du jeu.

Le Conseil d’État n’a pas tué le PPRD. Il a constaté un décès survenu bien avant. Un parti décidé à survivre aurait coupé le lien avec Goma, rendu la parole à ses militants et repris le chemin des quartiers et des villages. Le PPRD a préféré se réfugier dans son passé.

Reste la comparaison avec l’ANC, qui ne résiste pas à l’examen. Il est vrai que le mouvement de Nelson Mandela, interdit en 1960, a lui aussi pris les armes. Mais il le faisait au nom d’une majorité privée de ses droits par un régime raciste, et il menait ce combat de l’intérieur, au milieu du peuple qu’il incarnait.

Le PPRD, lui, a été pendant dix-sept ans le parti du pouvoir, et son président s’allie aujourd’hui à une rébellion soutenue de l’extérieur, qui tient par les armes une partie du territoire national. Mandela portait la voix d’un peuple. Joseph Kabila s’est rangé aux côtés de ceux qui font la guerre à notre peuple.

Le PPRD peut-il renaître ? Pas tant qu’il refusera de choisir entre la République et la rébellion. Car un parti qui se tait devant les armes de son chef a déjà choisi son camp.

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