RDC: le gouvernement durcit le ton contre l’ancien président Joseph Kabila et ses proches (Rfi)

0
IMG_202504111_234737096

Le gouvernement congolais durcit le ton contre l’ancien président Joseph Kabila et ses proches. Après l’annonce de la suspension des activités de son parti, le PPRD, sur toute l’étendue du territoire, plusieurs arrêtés ministériels ont été pris, selon nos informations. Des procédures sont en cours pour aller plus loin, avec des conséquences sur les biens, les comptes bancaires et la liberté de circulation de plusieurs personnalités politiques.

En RDC, des arrêtés ministériels ont été signés par le ministre de l’Intérieur pour formaliser la suspension des activités du PPRD sur toute l’étendue du territoire national. Selon les informations recueillies par RFI, d’autres partis politiques pourraient également être concernés. Il s’agit, dans un premier temps, d’une mesure préventive, renseigne-t-on.

Le parquet compétent devra se prononcer dans un délai de quinze jours sur chacun des cas, disent des sources gouvernementales. « Kabila est astreint à des obligations par son statut d’ancien président. Nous sommes l’État, nous avons nos services. Il est sorti du pays clandestinement et est rentré clandestinement », affirme une source gouvernementale.

Un haut responsable politico-sécuritaire congolais va plus loin : « À part Joseph Kabila, nous savons qu’il y a d’autres acteurs politiques connus qui ont des mouvements de Kigali et de Goma ».

Du côté du ministère de la Justice, on annonce que des procès seront lancés dans les prochains jours. « Tous les biens identifiés, avoirs et comptes bancaires seront concernés par la saisie. Des personnes ont été identifiées. Ils ne pourront pas quitter, jusque-là, le pays. Il y aura des procès », a déclaré à RFI le ministre de la Justice, Constant Mutamba.

Le parti de Joseph Kabila rejette en bloc toutes les accusations

De son côté, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie est sorti de son silence, via une longue correspondance adressée au ministère de l’Intérieur, rejetant en bloc toutes les accusations.

Le PPRD affirme qu’il ne « peut pas s’inscrire dans une logique de la violence, qu’elle soit armée ou non ». Il rappelle avoir toujours adopté « une posture de résistance non-violente depuis quelques années ».

Le parti explique qu’il est actuellement en cours de restructuration. Objectif : participer au débat politique et à la conquête démocratique du pouvoir.

Concernant Joseph Kabila, le PPRD répond clairement : « Il est établi, de notoriété publique, que le président honoraire Joseph Kabila n’a pas séjourné à Goma la semaine dernière. » Mais cette version est contestée. Le ministre de l’Intérieur et des responsables du M23/AFC assurent, eux, que Joseph Kabila était bien à Goma.

D’autres responsables politiques pointent aussi un tweet publié il y a quatre jours par Kikaya Bin Karubi, proche de l’ancien président. Il écrivait que « Joseph Kabila est toute sa vie à la quête de la paix », et annonçait qu’il prononcerait « un discours depuis Goma ». Ce discours, pour l’instant, n’a pas été diffusé.

Le PPRD, lui, dénonce ce qu’il appelle une instrumentalisation politique. Même si la présence de Joseph Kabila à Goma venait à être confirmée, le parti estime que cela ne permet pas de conclure à une quelconque complicité avec un groupe rebelle : « Aller à Goma, chef-lieu d’une province congolaise, ne suffit pas pour accuser quelqu’un de participer à un mouvement insurrectionnel. »

Le PPRD demande au ministre de rapporter sa décision. Il parle d’abus de pouvoir, et dénonce une tentative de museler « un parti républicain engagé dans la voie pacifique ».

À Doha, la question Kabila et le terme «groupe terroriste» crispent les discussions

Les délégations congolaises et celles de l’AFC/M23 sont à Doha depuis près de deux semaines. Les médiateurs ont demandé à chaque partie de poser un geste de bonne foi afin de créer un climat propice au dialogue. Le retrait du groupe de Walikale-centre est présenté par le Qatar et les États-Unis comme un premier signe d’ouverture.

Selon les informations recueillies par RFI, Kinshasa a également répondu à cet appel en procédant à la libération d’au moins cinq personnes. Leur identité n’a pas été rendue publique. Problème : le mouvement armé ne reconnaît pas ces personnes comme appartenant à la liste qu’il avait transmise aux médiateurs.

À cette divergence s’ajoutent d’autres points de crispation. L’usage, par les officiels congolais, du terme « groupe terroriste » pour désigner l’AFC/M23 continue de bloquer les discussions, selon plusieurs sources diplomatiques. Un autre élément de tension concerne les poursuites judiciaires engagées contre l’ancien président Joseph Kabila. Le mouvement AFC/M23 estime que cette affaire est contraire aux mesures de confiance censées faciliter les négociations. De son côté, l’entourage de Joseph Kabila n’a pas réagi à ces accusations mais affirme que l’ancien président agit en homme de paix et qu’il poursuivra ses consultations dans la région, notamment avec des chefs d’État, afin de contribuer à une solution à la crise.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *