L’Afrique, au cœur d’un basculement stratégique mondial: Entre souveraineté économique, diplomatie des partenariats et reconstruction sociale, l’Afrique redéfinit les termes de son développement. (Par Nico Minga, Économiste, Auteur et Géostratège)
Dans le tumulte d’un ordre mondial en recomposition, l’Afrique n’est plus simplement perçue comme une zone à accompagner, mais comme un acteur stratégique incontournable. Les enjeux ne sont plus seulement ceux du développement classique, mais ceux de la souveraineté économique, de la maîtrise des chaînes de valeur, et de la capacité à bâtir des modèles endogènes de croissance.
Ce tournant s’impose à un continent jeune, où plus de 70 % de la population a moins de 30 ans, et où l’urgence de formaliser les économies informelles rencontre l’impératif de reconstruire l’État social à partir des réalités locales.
Dans plusieurs pays, les débats budgétaires ne se limitent plus à la question du déficit, mais engagent des choix de société : faut-il financer la dépense sociale ou renforcer les filets de croissance ? Quelle articulation entre la fiscalité et l’investissement productif ? À qui profite la dette, et comment la gérer sans compromettre les marges de manœuvre politiques ? Ces interrogations ramènent à un dilemme fondamental : la croissance doit-elle être rapide ou inclusive, souveraine ou guidée par les standards extérieurs ? L’équilibre reste fragile.
Face à cette complexité, des réformes structurelles s’amorcent. La montée en puissance des PME locales, la reconnaissance des savoir-faire endogènes, et la priorisation de l’éducation et de la formation technique réactivent l’ambition d’un développement par la base. Il ne s’agit plus seulement de viser les grands investissements, mais de créer une dynamique de valorisation locale. La reconceptualisation des politiques publiques s’inscrit alors dans un double impératif : répondre aux aspirations sociales tout en consolidant les fondements macroéconomiques.
lisibilité d’une fiscalité intelligente et la capacité à bâtir des alliances équilibrées
Dans ce contexte, l’attractivité devient un choix géostratégique. Elle ne repose plus uniquement sur les chiffres de la croissance, mais sur la stabilité institutionnelle, la transparence de la gouvernance, la lisibilité d’une fiscalité intelligente et la capacité à bâtir des alliances équilibrées. Loin des anciens réflexes d’extraversion, de nombreux pays africains explorent déjà es partenariats Sud-Sud, misent sur l’intégration régionale, et tentent de reconstruire un capital diplomatique plus affirmé.
En même temps, l’Afrique fait face à une pression croissante pour accélérer sa transition énergétique, tirer parti des ressources naturelles stratégiques, tout en répondant aux attentes sociales internes. La tentation du modèle importé s’efface au profit d’un modèle hybride, inspiré mais enraciné. La relance productive, la paix sociale et la lutte contre la corruption deviennent les fondations d’un nouveau contrat national.
Plus que jamais, le continent se retrouve au centre des convoitises géopolitiques. L’Europe, les États-Unis, la Chine, mais aussi de nouvelles puissances intermédiaires redoublent d’efforts pour asseoir leur présence. Ce basculement impose à l’Afrique de renforcer sa voix dans les négociations globales, de maîtriser ses outils économiques, et de défendre ses priorités avec constance.
Dans cette bataille feutrée où chaque choix économique devient un acte diplomatique, l’Afrique n’a d’autre choix que de penser et d’agir stratégiquement. Elle n’est plus simplement à la croisée des chemins. Elle en est désormais l’un des c
arrefours essentiels.
