Un nouveau rapport de WWFrévèle qu’un quart des espèces de poissons d’eau douce en Afrique est menacé d’extinction

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Plus de 3 200 espèces de poissons d’eau douce ont été recensées en Afrique, dont 28 nouvelles espèces décrites rien qu’en 2024. L’Afrique affiche la plus forte consommation par habitant de poissons d’eau douce au monde : 2,56 kg par personne et par an, soit 28 % de plus que l’Asie. L’Ouganda et la Tanzanie sont respectivement les 6e et 7e plus grands producteurs mondiaux de poissons d’eau douce, principalement grâce au lac Victoria.

Le WWF a publié le 10 juillet un nouveau rapport en amont d’une grande conférence mondiale sur les zones humides, qui se tiendra au Zimbabwe et déterminera l’avenir de la protection et de la restauration des écosystèmes d’eau douce vitaux.

Le rapport, intitulé « Africa’s Forgotten Fishes », révèle que 26 % des espèces africaines de poissons d’eau douce évaluées sont menacées d’extinction, un chiffre probablement sous-estimé en raison de lacunes importantes dans les données.

« L’Afrique est un foyer mondial de biodiversité en poissons d’eau douce, avec plus de 3 200 espèces, mais c’est aussi une région à haut risque », déclare Eric Oyare, Responsable Eau douce pour le WWF Afrique. « Lorsque ces poissons disparaissent, ce sont bien plus que des espèces que nous perdons : nous perdons la sécurité alimentaire et nutritionnelle, les moyens de subsistance, l’équilibre des écosystèmes et notre capacité d’adaptation face au changement climatique.

Ces déclins sont un signal d’alarme sur l’état de santé de nos écosystèmes d’eau douce, qui sont le véritable système de survie des populations et de la nature. »

Souvent négligés dans les discussions mondiales sur la conservation, les poissons d’eau douce africains sont d’une valeur écologique exceptionnelle. Le rapport met en lumière des espèces extraordinaires : le dipneuste africain, qui respire de l’air et peut survivre enterré dans la boue pendant des années de sécheresse ; un cichlidé aveugle du bassin du Congo, adapté à la vie dans des grottes aquatiques souterraines ; les bichirs, appelés « fossiles vivants » dont la lignée précède celle des dinosaures ; et le puissant poisson tigre africain, un prédateur rapide connu pour ses mâchoires puissantes.

Les poissons d’eau douce jouent un rôle essentiel dans la santé des écosystèmes aquatiques, agissant comme prédateurs, herbivores et recycleurs de nutriments. Ils sont aussi la colonne vertébrale des pêcheries continentales dont dépendent des millions de foyers africains, en particulier les plus vulnérables. Mais ces ressources vitales sont mises en péril par de multiples menaces : la destruction des habitats due aux barrages, à la déforestation, aux mines et à la conversion des terres ; la pollution issue de l’agriculture, des zones urbaines et de l’industrie ; les espèces envahissantes et la surpêche, y compris les techniques destructrices comme les filets à moustiques ; le changement climatique, qui modifie les régimes de précipitations, assèche les rivières et réchauffe les lacs.

Partout sur le continent, les populations de poissons d’eau douce sont en chute libre. Dans la plaine inondable du Zambèze, les captures de certaines espèces clés ont chuté jusqu’à 90 %. Le tilapia « chambo » du lac Malawi – aliment de base et symbole national figurant sur le Kwacha malawien – a quant à lui décliné de 94 %.

Le WWF appelle les gouvernements africains et les parties prenantes à adopter le Plan d’urgence pour la biodiversité d’eau douce.

Ce plan scientifique et pratique, élaboré par des experts de premier plan, vise à restaurer la santé des écosystèmes d’eau douce et des communautés qui en dépendent.

Le plan repose sur six actions urgentes

Permettre aux rivières de s’écouler plus naturellement ; Améliorer la qualité de l’eau ; Protéger et restaurer les habitats et les espèces essentiels ; Mettre fin à l’exploitation non durable des ressources ; Prévenir et maîtriser les espèces exotiques envahissantes ; Supprimer les obstacles fluviaux obsolètes

« Ces six piliers ont tous été mis en œuvre avec succès dans divers pays à travers le monde », affirme Eric Oyare. « Avec un leadership audacieux, les pays africains peuvent les adapter à leurs contextes locaux pour garantir la biodiversité d’eau douce pour les générations futures. »

Mais le rapport apporte aussi des raisons d’espérer. Des initiatives communautaires réussies en Tanzanie, Zambie, Namibie et ailleurs protègent les zones de reproduction, cogèrent les pêcheries et restaurent les habitats dégradés. De nouveaux cadres mondiaux, comme le Freshwater Challenge, désormais rejoint par 20 pays africains, ouvrent la voie à un avenir plus durable.

« Il est temps de ne plus considérer les poissons d’eau douce comme une pensée secondaire », déclare Nancy Rapando, Responsable du programme Food Futures du WWF Afrique. « Ils sont au cœur de la biodiversité, du développement et de l’avenir de l’Afrique. Il faut agir maintenant, avant que les rivières ne s’assèchent. »

La COP15 Ramsar, officiellement la 15ème Conférence des Parties contractantes à la Convention sur les zones humides, se tiendra du 23 au 31 juillet 2025 au Zimbabwe. Elle réunira gouvernements, scientifiques et spécialistes de la conservation pour relever les menaces croissantes qui pèsent sur les écosystèmes d’eau douce et élaborer une voie vers une gestion plus durable.

« L’avenir des rivières et des poissons d’Afrique est indissociable de celui de ses peuples », déclare Itai Chibaya, Directeur pays du WWF Zimbabwe. « Il faut une action audacieuse lors de la COP15 Ramsar pour restaurer les systèmes de survie de ce continent, en commençant par nos écosystèmes d’eau douce oubliés. »

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