Le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a poursuivi mercredi sa mission officielle dans la province du Kongo Central par une visite de terrain à Mbanza-Ngungu. Au cours de cette étape, il a été confronté à plusieurs difficultés qui affectent le fonctionnement de la chaîne judiciaire et pénitentiaire, notamment la surpopulation carcérale, l’insuffisance des moyens, les conditions sanitaires préoccupantes et la vétusté des infrastructures judiciaires.
Cette descente sur le terrain a permis au Ministre d’État de s’entretenir avec les responsables des services judiciaires et pénitentiaires, de prendre connaissance des difficultés auxquelles ils sont confrontés et d’échanger directement avec plusieurs détenus. Une démarche qui vise à rapprocher l’action du Ministère des réalités vécues quotidiennement dans les établissements de détention et les juridictions de province.
Une prison largement dépassée par sa capacité d’accueil
La situation observée à la prison centrale de Mbanza-Ngungu constitue l’un des principaux points d’alerte. L’établissement, conçu pour accueillir environ 150 personnes, héberge actuellement
427 détenus, soit près de trois fois sa capacité théorique.
D’après les informations communiquées au Ministre d’État par le directeur de la prison, Trésor Malonda Nsanga, l’effectif est composé de
191 prévenus et 236 condamnés. Parmi les personnes détenues figurent également sept femmes et deux mineurs.
Cette forte concentration de détenus exerce une pression considérable sur des infrastructures déjà limitées. L’établissement, aménagé dans les locaux d’une ancienne maternité, ne dispose pas de suffisamment d’espaces permettant d’assurer une séparation adéquate entre les différentes catégories de personnes privées de liberté.
Les femmes bénéficient d’un espace distinct, mais la séparation entre prévenus et condamnés demeure difficile. La situation des mineurs apparaît également préoccupante, ceux-ci ne disposant pas d’un cadre spécifiquement conçu pour répondre à leurs besoins et à leur statut particulier.
Des conditions de détention particulièrement difficiles
Au-delà du problème de surpopulation, la visite a permis de mettre en évidence d’autres difficultés liées aux conditions de vie des détenus.
Le manque de lits et de couchettes contraint certains prisonniers à dormir directement sur le sol. Les installations sanitaires sont, elles aussi, insuffisantes au regard du nombre de personnes hébergées dans l’établissement.
L’alimentation constitue une autre préoccupation majeure. Selon les responsables de la prison, les détenus ne bénéficient actuellement que d’
un repas par jour, une situation qui soulève des inquiétudes quant à leur état nutritionnel et à leur bien-être général.
La question sanitaire vient renforcer ces préoccupations. Des cas de
tuberculose et de choléra ont été signalés au sein de la prison. Le poste de santé de l’établissement, qui dispose de moyens limités, assure principalement les soins de première nécessité. Lorsque l’état d’un détenu exige une prise en charge plus importante, celui-ci est orienté vers l’Hôpital général de référence de Mbanza-Ngungu.
À ces difficultés s’ajoute la question du financement. La direction de l’établissement a indiqué que la prison n’aurait plus bénéficié de subventions depuis plusieurs mois, ce qui complique davantage la prise en charge quotidienne des détenus et le fonctionnement normal de l’établissement.
Le Ministre à l’écoute des détenus
Face à cette situation, Guillaume Ngefa Atondoko Andali ne s’est pas limité aux échanges avec les responsables de la prison. Le Ministre d’État a également choisi de rencontrer directement plusieurs détenus afin de recueillir leurs témoignages et leurs préoccupations.
Les échanges ont notamment porté sur les conditions de détention, l’alimentation, l’accès aux soins médicaux et l’évolution des procédures judiciaires concernant les personnes détenues.
Cette démarche traduit la volonté du Ministère de la Justice de mieux comprendre les difficultés rencontrées dans les établissements pénitentiaires en se fondant également sur l’expérience des personnes qui y vivent. Elle permet par ailleurs de confronter les données administratives aux réalités observables sur le terrain.
La situation de Mbanza-Ngungu pose ainsi la question plus large du désengorgement des prisons, de l’accélération du traitement des dossiers judiciaires et du respect des normes minimales de détention.
Un Parquet toujours installé dans un bâtiment datant de 1956
La mission du Ministre d’État s’est également étendue aux services judiciaires. Au Parquet de grande instance de Mbanza-Ngungu, Guillaume Ngefa a découvert une infrastructure dont l’état témoigne des besoins importants en matière de modernisation.
Le Parquet fonctionne en effet dans une ancienne structure en bois construite en
- 1956. Plusieurs décennies après sa construction, le bâtiment présente aujourd’hui des signes importants de vétusté et ne répond plus aux exigences d’un service judiciaire moderne.
Cette situation ne concerne pas uniquement le confort des magistrats et du personnel. Elle peut également avoir des répercussions sur l’accueil des justiciables, la conservation des dossiers, l’organisation du travail et, plus largement, sur l’image et l’accessibilité du service public de la Justice.
La modernisation des infrastructures apparaît dès lors comme l’un des éléments indispensables à l’amélioration du fonctionnement de la Justice, particulièrement dans les provinces où plusieurs juridictions et services judiciaires travaillent encore dans des conditions difficiles.
Une mission axée sur les réalités locales
La visite de Mbanza-Ngungu intervient dans le cadre de la mission officielle effectuée par le Ministre d’État dans le Kongo Central. Cette tournée vise notamment à dresser un état des lieux du fonctionnement des services relevant du Ministère de la Justice et à identifier les principales difficultés nécessitant une intervention des autorités.
Les questions pénitentiaires et judiciaires occupent une place importante dans cette démarche. Elles concernent notamment l’état des prisons, les conditions de détention, les besoins en personnel et en équipements, le fonctionnement des juridictions et parquets, ainsi que l’état des infrastructures.
La question du patrimoine foncier et immobilier relevant du Ministère de la Justice figure également parmi les sujets examinés au cours de cette mission.
Transformer les constats en actions
À Mbanza-Ngungu, les constats dressés par le Ministre d’État mettent en évidence la nécessité d’apporter des réponses à plusieurs niveaux.
La situation de la prison appelle notamment des mesures pour réduire la surpopulation, renforcer la prise en charge sanitaire, améliorer l’alimentation, garantir des conditions de détention plus dignes et assurer une meilleure protection des femmes et des mineurs.
Sur le plan judiciaire, la vétusté du bâtiment abritant le Parquet souligne l’urgence de renforcer les infrastructures afin de permettre aux magistrats et aux autres acteurs judiciaires d’exercer leurs fonctions dans un environnement adapté.
L’enjeu pour les autorités est désormais de faire en sorte que les difficultés relevées lors de cette mission puissent être traduites en actions concrètes, selon un ordre de priorité tenant compte de l’urgence et des moyens disponibles.
La situation observée à Mbanza-Ngungu illustre ainsi les défis auxquels reste confrontée la Justice congolaise en dehors de Kinshasa. Elle rappelle surtout que la réforme du secteur ne peut se limiter aux textes, aux institutions ou aux mécanismes administratifs. Elle doit également se traduire par des conditions de travail convenables pour les acteurs judiciaires et par des conditions de détention respectueuses de la dignité humaine.
Après Mbanza-Ngungu, le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, doit poursuivre sa mission dans d’autres territoires et villes du Kongo Central, notamment à
Matadi, Boma et Muanda, afin de poursuivre l’évaluation du fonctionnement des services judiciaires et pénitentiaires dans la province.
Corinne Ontande



