Affaire Joseph Kabila, beaucoup de questions, très peu de réponses

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Sous réserve de confirmer l’authenticité du document circulant sur le net, j’ai cru avoir lu et relu le réquisitoire attribué à l’Auditeur Général près la Haute Cour Militaire, visant à obtenir la levée des immunités statutaires de Monsieur Joseph Kabila en sa qualité de Sénateur pour des graves faits infractionnels mis à sa charge.

Au-delà du débat sur la légalité de la démarche enclenchée en raison de sa qualité d’ancien chef de l’Etat, statut couvert expressément par la loi 18/021 du 26 juillet 2028 portant statut des anciens présidents de la République élus, Il se dégage au regard des moyens exposés, et en principal, l’accusation de soutien de la personne de Joseph Kabila au profit de la rébellion du M23 qui endeuille la partie orientale de notre pays. L’Auditeur Général près la Haute Cour Militaire affirme en détenir un faisceau de preuves, justifiant ainsi son réquisitoire.

Toutefois, vu l’extrême gravité de ces griefs et des risques des lourdes peines qu’encourt l’intéressé, la justice se doit d’aller plus loin que de se limiter aux simples affirmations de quelques sources que ce soient. Mais également, la population a le droit légitime de se faire sa propre religion sur les graves accusations portées contre une personnalité politique ayant été à la tête du pays pendant 18 ans. D’autant plus que l’opinion a le plein droit d’obtenir des réponses sur ces accusations, alors que paradoxalement, il découlent de manière constante que Joseph Kabila a quitté le pouvoir pacifiquement et est resté à l’écart de la politique active durant le premier mandat de son successeur.

Aussi, la nature de l’étonnant soutien apporté à la rébellion par Joseph Kabila, telle qu’évoquée dans le réquisitoire de l’Auditeur Général, ne doit laisser d’espace au moindre doute et doit être clairement étayées par des faits irréfutables, vrais, vérifiés et vérifiables, d’une part et de l’autre, en établissant de manière claire le lien de causalité directe ou indirecte entre les actes matériels et intentionnels de l’ancien président de la république au profit de la rébellion, en laissant l’intéressé répondre sans réserve de la responsabilité des dégâts innommables causés à la nation, tels que décrits dans le réquisitoire.

Pour autant que l’intime conviction de l’accusation soit inébranlable et amplement justifiée, notre justice a tout intérêt d’organiser un procès réellement équitable, public et conforme aux lois, non seulement sur fond de la lutte normale contre l’impunité, mais aussi en instruisant l’affaire sur base des enquêtes non bâclées. Question de se départir de la tentation d’un procès à connotation politique qui ternirait davantage l’image de notre justice et la crédibilité de nos institutions publiques à l’extérieur du pays.

Ce qui ait été possible à la faveur de l’obscurantisme de la deuxième république avec des procès Kalume, Jean de Dieu Kudia-Kubanza etc… ne saurait prospérer aujourd’hui à l’ère du multimédia et de l’ouverture politique à la mondialisation. Tout observateur averti craindrait tout autant les conséquences d’un verdict concocté à l’avance, avec la conséquence de perturber la paix des cœurs et la tranquillité des esprits du pauvre peuple déjà meurtri par l’occupation étrangère de son territoire national.

À ce jour, si cela est confirmé, le réquisitoire de l’Auditeur Général près la Haute Cour Militaire est accessible sur la toile en temps réel, chose inimaginable lors du procès expéditif des martyrs de la pentecôte en 1966 ou du procès Major Mpika en 1975. Nous devons tirer les leçons de l’histoire pour laisser des bons souvenirs à la postérité.

 

Daniel Makila,

Nationaliste de Gauche,

Fils de Lumumbiste.

Analyste Politique et Juridique.

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