Al Kitenge : l’homme qui force le Congo à regarder dans le miroir (Par Nico Minga, Économiste, Auteur et Géostratège)
En République Démocratique du Congo, beaucoup préfèrent les applaudissements creux aux réformes douloureuses. On se satisfait de bâtiments repeints, de cérémonies en grande pompe, de slogans économiques recyclés. Et pendant ce temps, la réalité demeure. Corruption endémique, services publics en déshérence, jeunesse livrée à elle-même. Au milieu de ce théâtre d’illusions, un homme refuse le rôle de figurant : Al Kitenge.
Le crime d’exiger l’excellence
Formé à l’École polytechnique de Lubumbashi, passé par Unilever en Afrique et en Europe, Al Kitenge s’est fait connaître du grand public pour ses analyses franches sur la diversification, l’énergie et la gouvernance économique, notamment à RFI et dans Jeune Afrique. Cette double culture, industrie et stratégie, irrigue son plaidoyer pour des politiques publiques axées sur la productivité, l’investissement et la montée en gamme.
Kitenge a commis un crime impardonnable au Congo : exiger l’excellence. Dans un pays où la médiocrité est devenue la norme et l’arrangement un mode de gouvernance, il ose dire que l’informel ne peut pas être un modèle économique, que la complaisance tue plus sûrement que la pauvreté, et qu’aucun pays ne s’est jamais développé sans discipline. Ses mots sont des gifles, mais des gifles nécessaires.
Mama Yemo : casser le cycle du mensonge
L’ex-Mama Yemo — aujourd’hui CHU-Renaissance — était le symbole parfait de cette hypocrisie congolaise : un hôpital mythique laissé à l’abandon, mais toujours cité avec fierté comme “patrimoine national”. En le restructurant, Al Kitenge n’a pas seulement réparé un bâtiment, il a brisé un tabou : celui qui consiste à faire semblant. L’objectif était de remettre un hôpital emblématique aux normes de service, d’équipement et de gestion. Les cérémonies d’inauguration ont marqué une étape visible, suivie de l’ouverture de services clés : urgences, réanimation, médecine interne, imagerie.
Mais au-delà du bâti, le chantier touche aux usages : digitalisation des paiements pour casser les détournements, partenariats opérationnels, renforcement des plateaux techniques et déploiement de spécialités (comme la néphrologie pédiatrique). L’enjeu n’est pas seulement sanitaire, il est aussi économique: faire de la santé un secteur capable d’attirer des compétences, d’optimiser les coûts et de créer de la confiance, condition d’un véritable marché des services hospitaliers en RDC. Il a imposé la rigueur dans un espace où tout fonctionnait sur le chaos. Résultat ? Une avalanche de résistances de ceux qui profitaient du désordre. Parce qu’au Congo, celui qui réforme menace toujours les rentes des corrompus.
AL & Legacy : élever une jeunesse sans excuses
Avec AL & Legacy, son initiative dédiée à la jeunesse, Kitenge commet une autre provocation : il ne caresse pas les jeunes dans le sens du poil. Il ne leur vend pas l’illusion d’un avenir garanti par des slogans politiques. Il leur dit la vérité crue : sans méthode, sans effort, sans discipline, leurs rêves finiront dans les poubelles de l’histoire. Et c’est justement ce discours sans fard qui donne de la valeur à son action : apprendre à une génération à se tenir debout dans un pays où trop d’élites vivent à genoux devant la facilité.
Le miroir qu’on ne veut pas voir
Soyons clairs: Al Kitenge dérange. Parce qu’il met le Congo devant son miroir. Il rappelle que le pays n’est pas pauvre par fatalité, mais par choix collectif d’entretenir la corruption, de sanctifier l’improvisation et de glorifier les demi-mesures. Cette vérité est insoutenable. Si la RDC stagne, ce n’est pas faute de ressources, mais faute de courage. Kitenge, lui, en a, et c’est insupportable pour ceux qui vivent de la médiocrité.
La vraie question
Alors posons la seule question qui vaille : voulons-nous continuer à célébrer des gestionnaires de ruines, ou voulons-nous enfin soutenir ceux qui réparent, structurent et construisent, quitte à choquer et à déranger ? Reconnaître la contribution d’Al Kitenge, ce n’est pas faire son éloge. C’est admettre que l’heure des illusions est révolue. La RDC doit choisir : applaudir les fossoyeurs du statu quo, ou accompagner ceux qui osent la révolution par l’exigence. Et si la réforme fait mal, tant mieux. Le Congo n’a plus besoin d’anesthésistes. Il a besoin de chirurgiens. Al Kitenge en est un.



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