Avec Uvira, les options armée et diplomatique étalent leurs limites !
Trump a parlé, Kagame s’est plié, Naanga a obtempéré. C’est de cette façon qu’on peut simplifier et comprendre les événements qui se sont produit les 16 et l7 décembre 2025.
Peut-on alors mettre ce « succès » au compte de la diplomatie agissante de la RDC ? Disons oui pour ne pas heurter le narratif officiel. Toutefois, cela n’empêche pas d’imaginer ce qui aurait pu se produire les jours suivants sans le coup de poing de Trump sur la table. Car, l’option militaire ayant présenté ses faiblesses, c’est le Katanga qui était dans le viseur des agresseurs sous couvert des rebelles. Surtout après la sortie médiatique du général Eddy Kapend présentant cette partie du pays comme le dernier rempart de la République. Cette déclaration est extraite d’une vidéo visiblement commandée à « Omerta », une chaîne YouTube européenne qui, visiblement, ne connaît pas grand-chose du Congo. Idem pour la partie congolaise associée à cette production. Elle semble moins connaître, elle-même, l’histoire des agressions-rébellions qui partent toutes de l’Est avec pour destination l’Ouest…
Bientôt, la 4EME année de guerre avec une réalité choquante…
Lorsqu’en 2022 la énième rébellion portée par la énième agression s’annonce, le réflexe premier – et logique – du Gouvernement était la réaction armée.
Au fil des années 2023, 2024 et même au cours du premier semestre 2025, cette option l’emportait sur toutes autres considérations, surtout après la prise de Goma le 25 janvier suivie de celle de Bukavu le 16 février 2025.
Depuis, toutes les forces politiques et sociales qui préconisent la solution non armée (dialogue) passent pour anti-Patrie, donc pro-Rwanda parce que distillant le « Poison rwandais ». Même celles qui n’ont jamais porté le Rwanda dans leur coeur sont malmenées, tournées en dérision par la redoutable machine à diaboliser de Limete, si bien qu’elles choisissent de faire profil bas.
La vérité à nous interpeller est que nous entrons bientôt dans la 4ème de la guerre avec une réalité choquante : le pays peine à se doter d’une armée à la hauteur des enjeux.
Pourtant, des centaines de millions pour ne pas dire quelques milliards de dollars sont dépensés au cours de ces trois dernières années en équipements militaires de tout genre et en soldes et primes de tout niveau.
Le cri de dépit du chef de l’Etat lors de son face-à-face avec les jeunes kinois le 13 décembre 2025 est à comprendre dans ce sens, même si son bon parler en langue l’a trahi.
C’est vrai que depuis 2024, l’option diplomatique a été priorisée par rapport à l’option armée.
On devrait cependant avoir le courage de se poser la question de savoir si le retrait du Rwanda et de ses « supplétifs » d’Uvira est à mettre à l’actif de cette diplomatie qualifiée d’agissante par les uns, de coercitive par les autres.
Ne pas trop compter sur les armées étrangères
Au regard de ce qui se passer, la réponse est, hélas !, NON !
En effet, dans un premier temps Washington n’ indique que Uvira et non les autres contrées prises avant cette ville.
Dans un deuxième temps, le Conseil de sécurité de l’Onu fixe le retrait à 75 km pendant que la distance séparant Uvira de Bukavu est de 123 km. Cette décision annoncée le vendredi 19 décembre 3025 à New York vise à « garantir une démilitarisation effective » de cette partie du pays. Preuve que la « remilitarisation » de cet espace par les Fardc devient hypothétique !
En renvoyant les belligérants à Doha sans exiger le retour des troupes rwandaises et leurs supplétifs congolais à Bukavu, le message des Américains et de l’Onu est clair : l’extension du territoire occupé est actée ! Du moins tant que la Résolution 2773 n’est pas encore d’application.
Pour avoir été actif dans la diplomatie congolaise à des étapes décisives comme celle du Processus de Lusaka en 1998-2001, Léonard She Okitundu connaît le poids des espaces occupés lorsque qu’on négocie. Ce poids est l’élément fondamental dans le rapport de force.
Ceci de un.
De deux, le retour inéluctable des Fardc et des Wazalendo dans la ville d’Uvira vidée une semaine plus tôt de ces derniers dès l’annonce de l’arrivée des agresseurs et des rebelles n’a rien d’une victoire militaire ni diplomatique ! D’ailleurs, le Conseil de sécurité vient de décider du redéploiement de la Monusco au Sud-Kivu, un an et demi après le retrait de celle-ci à l’initiative du Gouvernement !
C’est différent de l’initiative stratégique du général Mbunza Mabe lors de la prise de Bukavu par les mutins de Mutebusi et Nkunda en 2004. C’est lui qui avait ordonné aux Fac de se retirer de la ville pour éviter des affrontements dont serait la population civile ; le temps de laisser l’option diplomatique opérer. Il y avait ramené ses troupes en triomphe.
À Uvira, le retrait a tellement été désordonné que les villes et localités au-delà de cette agglomération ont été abandonnées à l’ennemi qui lorgnait déjà la ville katangaise de Kalemie. D’ailleurs, on a entendu le gouverneur du Tanganyika Christian Kitungwa en appeler à la résistance comme pour reconnaître de façon implicite la chute imminente de sa ville.
Certes, par l’option armée, on peut miser sur l’apport extérieur. Par exemple sur les troupes de la Zambie et de la Tanzanie, pays membres de la SADC. Ou les troupes du Burundi et du Soudan du Sud, pays membres de l’EAC. Voire les troupes du Tchad ou encore de l’Angola, pays membres de la CEEAC.
On n’a même entendu André Atundu Liongo suggérer à Félix Tshisekedi le rappel des troupes marocaines comme cela fut le cas en 1977 et en 1978 lors de la Guerre du Shaba (Katanga).
Dans tous les cas de figure, on ne peut que se demander si on a encore les deux pieds sur terre en ce que les armées gouvernementales étrangères n’interviennent pas dans un pays sans l’appui premier de l’armée gouvernementale locale.
Au stade actuel, le pragmatisme commande de ne pas trop compter sur les armées étrangères, encore moins sur le mercenariat et les sociétés privées de sécurité qui ont un problème connu de tout le monde : leurs « agents » se défoulent facilement sur la population lorsqu’ils perdent l’un des leurs. Ils sont mus par l’esprit Rambo.
Les arguments économiques ne s’accommodent pas avec l’inflexibilité politique
Partant, les options armée et diplomatique ayant révélé au grand jour leurs faiblesses en RDC pour ne pas dire leurs limites, la seule option raisonnable à rester, qu’on le veuille ou pas, est politique.
Pour l’heure, c’est Doha qu’on recommande.
Pourtant, Doha n’est que la reproduction grandeur nature du Processus de Lusaka dont l’Accord de cessez-le-feu avait pour objectif premier d’amener les belligérants au Dialogue intercongolais.
À Lusaka, il n’y avait ni Opposition politique, ni Société civile autour de la table. Exactement comme au Qatar.
C’est vrai que le régime Tshisekedi est en droit de résister du mieux qu’il peut à cette perspective, surtout après avoir réussi à intérioriser dans le mémoire collective congolaise la logique « Dialogue = Poison rwandais ».
Or, à analyser la position de Washington et New York par rapport à Uvira (retrait sans retour sur Bukavu et « démilitarisation » de cet espace) et à analyser l’attitude de toutes les capitales impliquées dans les Processus successivement de Nairobi, Luanda, Dar es Salaam, Harare, Doha et Washington – capitales qui préconisent le Dialogue – tout incite à comprendre que lentement mais sûrement, on est en train de pousser Kinshasa au Dialogue.
N’en déplaise à ceux qui s’y opposent non sans raison, les Accords de Washington promeuvent la paix avec des arguments économiques.
Or, les arguments économiques ne s’accommodent pas avec l’inflexibilité politique.
Qu’on ne se fasse finalement pas d’illusion : ce que Washington ne va pas tolérer à l’égard de Kigali et de « Goma », il ne va pas non plus le tolérer à l’égard de Kinshasa.
Pour sécuriser ses investissements, Washington basera sa lecture des enjeux sur l’ordre constitutionnel et institutionnel en place au Congo.
On sait que dans deux ans, Donald Trump aux États-Unis et Félix Tshisekedi en RDC seront au terme chacun de son dernier mandat.
Les Américains ne voudraient pas passer aux yeux du monde en parrains de tout « glissement ».
Leurs thinks thanks y travaillent sérieusement.
Comprenne qui pourra !
PROCHAINEMENT : 51ème Etat virtuel des USA, le Congo ramené cette fois-ci à « Berlin 1885 » par ses propres enfants !
Omer Nsongo die Lema
