Bukavu entre espoir et angoisse: Les réactions des habitants face aux pourparlers de Doha

image_printIMPRIMER

Dans les rues silencieuses de Bukavu, occupée depuis plusieurs semaines par les rebelles de l’AFC/M23, une même question traverse les esprits : les pourparlers entre le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame, le mardi 18 mars à Doha, marqueront-ils enfin un tournant vers la paix ?

Depuis l’arrivée de la coalition rebelle, la vie des habitants s’est profondément transformée. La peur règne. Beaucoup ont fui, d’autres sont restés, contraints par la misère ou l’attachement à leur terre.

Jean-Pierre Kanyere, commerçant au marché central de Bukavu, témoigne : « Avant, je vendais des sacs de riz et de haricots tous les jours. Aujourd’hui, je ne sais même pas si j’aurai de quoi nourrir mes enfants demain. Les rebelles imposent leur propre ordre et nous vivons dans la crainte permanente. »

Les écoles sont fermées, l’administration locale est paralysée, et les hôpitaux peinent à soigner les blessés des récents combats. Les jeunes, souvent premiers ciblés par les recrutements forcés, vivent dans la clandestinité.

 

Doha, lueur d’espoir ou illusion ?

L’ouverture des négociations entre Tshisekedi et Kagame a suscité un mélange de soulagement et de scepticisme à Bukavu. Certains y voient une dernière chance d’en finir avec la guerre, d’autres redoutent un accord au détriment des populations locales.

Clarisse Bahati, infirmière, exprime son espoir : « Si ces discussions permettent un cessez-le-feu, ce serait déjà une victoire. Nous avons vu trop de sang couler ».

À l’inverse, Patrick Munyandekwe, enseignant déplacé, reste méfiant : « On a eu des dialogues avant, et chaque fois, le M23 en profite pour se renforcer. Pourquoi serait-ce différent cette fois ? »

Si une chose est certaine, c’est que les habitants de Bukavu ont des attentes précises : un cessez-le-feu immédiat pour stopper les violences et permettre la reprise d’une vie normale ; un retrait effectif de l’AFC/M23, garanti par des observateurs internationaux ; un engagement ferme du Rwanda à cesser son soutien aux rebelles, une accusation qui pèse depuis des années sur Kigali et une justice pour les victimes, afin que les crimes de guerre ne restent pas impunis.

Alors que les discussions se déroulent à Doha, les habitants de Bukavu retiennent leur souffle. La paix est-elle enfin possible ou ne s’agit-il que d’une énième mise en scène diplomatique ?

En attendant la réponse, Bukavu continue de survivre, dans l’attente d’un avenir où les armes se tairont enfin.

M.L

Suivez nous:
Pin Share

Related Posts

Des parlementaires et chefs des partis politiques mobilisés pour la représentativité de la femme

C’est sous le thème : « Masculinité positive pour la participation politique des femmes : par les actes, non par les paroles » que le ministère du Genre, Famille et Enfant a ouvert le mercredi 26 mars, la journée de mobilisation…

LIRE LA SUITE

Beni/Nord-Kivu: Reprise mercredi des activités socio-économiques après les échauffourées enregistrées mardi

Les activités socio-économiques ont repris le mercredi 26 mars dans la ville de Beni au Nord-Kivu, après des altercations mardi entre les jeunes et agents de l’ordre lors de l’inhumation de l’artiste musicien Delcat Idengo. Le bilan de ces échauffourées fait…

LIRE LA SUITE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Other Story Content

RSS
Copy link
URL has been copied successfully!