Chine–Venezuela, un coup de maître pétrolier qui recompose la géopolitique mondiale

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Par Nico Minga, Économiste, Auteur et Géostratège

La Chine vient de planter son drapeau énergétique dans l’arrière-cour des États-Unis. À Maracaibo, au Venezuela, Pékin engage 1 milliard de dollars dans une plate-forme pétrolière qui devrait multiplier par cinq la production locale, passant de 12 000 à 60 000 barils par jour en un an. Un défi frontal à Washington. Ce sont des champs abandonnés par les compagnies occidentales, étouffées par les sanctions américaines, que la Chine ressuscite aujourd’hui.

Le message est clair. Les sanctions américaines ne dictent plus la loi. Le Venezuela, détenteur des plus grandes réserves mondiales de brut, bascule de l’orbite américaine vers le giron chinois. Le pétrole léger sera raffiné sur place, mais le brut lourd embarquera pour Pékin, qui sécurise ainsi un approvisionnement stratégique hors du Moyen-Orient.

Est-ce la fin du monopole monétaire américain ?

Pour Caracas, la Chine représente une planche de salut économique et politique. Si les transactions venaient à être réglées en Yuan, le Venezuela tournerait le dos à l’hégémonie du billet vert et ouvrirait une brèche que d’autres pays sous sanctions (Iran, Russie, voire certains États africains) pourraient emprunter. Le pétrodollar, pilier invisible de la puissance américaine depuis les accords de 1974 avec l’Arabie saoudite, vacillerait. Ce basculement ne serait pas anodin. Il réduirait la demande mondiale en dollars, menacerait le statut de devise de réserve internationale du billet vert et offrirait à Pékin un levier inédit pour remodeler le système monétaire mondial à son avantage.

Ce scénario n’est pas sans précédent. Dès 2018, le Venezuela avait commencé à libeller certains contrats pétroliers en yuan, euros ou roubles. En 2019, le gouvernement proposa même à plusieurs fournisseurs de recevoir leurs paiements en yuan. Toutefois, ces initiatives restèrent limitées et ponctuelles.

Répercussions en Afrique

L’économie mondiale, elle, ne pourra rester indifférente. Ce retour vénézuélien, orchestré par la Chine, pèsera sur les cours du brut et renforcera l’ascension de Pékin comme centre nerveux de l’énergie mondiale. Pour l’Afrique, c’est une mise en garde. Demain, la Chine négociera ses contrats en position de force, après avoir prouvé qu’elle peut défier l’Amérique jusque dans son propre pré carré.

Un basculement tectonique

Ce qui se joue à Maracaibo dépasse de loin un simple forage. C’est un basculement tectonique, un coup de canon géopolitique. La Chine n’est plus seulement un investisseur énergétique. Elle devient l’architecte d’un système parallèle où pétrole et yuan s’allient pour défier le dollar et, avec lui, l’ordre

mondial américain.

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