I. Historique du Parti Communiste Chinois
La notion de parti politique est introduite en Chine à la fin du XIXe siècle. Toutefois, le phénomène partisan y a toujours existé, en tant que groupement de personnes partageant un ensemble d’opinions et cherchant à prendre le pouvoir afin de faire prévaloir leurs opinions.[1] Le terme chinois qui traduit littéralement le terme « parti politique » est« 政党 » (Zhengdang)[2].
La fondation du Parti Communiste Chinois (PCC), en juillet 1921, constitue l’un des socles de la légitimité du pouvoir communiste, au même titre que l’avènement de la République populaire de Chine. Le premier congrès du PCC est présenté comme le début d’une nouvelle ère qui permit à la Chine de se relever de l’occupation et des humiliations que lui avaient imposées les puissances étrangères, depuis la première guerre de l’Opium en 1840. Tamiatto Jérémie souligne que depuis sa fondation, le PCC s’est dévoué inlassablement à la cause de la révolution démocratique en Chine, en reprenant le flambeau des mains des Chinois d’avant-garde des générations passées afin de libérer la Chine du semi-colonialisme et du semi-féodalisme[3]. Les deux fondateurs du PCC sont: Chen Duxiu et Li Dazhao[4].
Le premier congrès du PCC a lieu dans le plus grand secret, le 23 juillet 1921 à Shanghai. Ce congrès avait accueilli 13 délégués venus de six provinces et municipalités, représentants un effectif total de 57 adhérents pour l’ensemble de la Chine[5].
Selon ses statuts, le Parti communiste chinois fait du marxisme-léninisme, de la pensée de Mao Zedong, de la théorie de Deng Xiaoping, de la pensée importante de la « Triple Représentation », du concept de développement scientifique et de la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère le guide de son action.
II. ORGANISATION DU PCC
L’architecture du PCC est pyramidale et se compose de cinq (5) principales instances clés:
- Le congrès national qui se réuni tous les cinq ans, il rassemble plus de 2000 délégués. Son rôle est d’élire le comité central et de valider les grandes orientations politiques. Dépuis sa création en juillet 2021, le PCC a dejà organisé 20 congrès nationaux. Il se tient régulièrement chaque cinq ans, sauf durant les premières décennies de lute et d’instabilité, les congrès étaient irréguliers. Exemple 17 ans séparent le 6ème et le 7éme congrès[6].
Les sequences des tenues des congrès ont connu une régularisation depuis la fin des années 1970, le PCC respecte strictement la règle de convoquer un congrès tous les cinq ans au palais de l’Assemblée du people à Pékin.[7]Le dernier (20ème) Congrès s’est déroulé en octobre 2022, réunissant environ 2300 délégués pour valider la direction du Président Xi Jinping pour un troisième mandat. Le 21ème congrès est attendu à l’automne 2027.
- Le Comité central: Composé d’environ 200 membres et suppléants, il se réunit une fois par an pour élire les membres du Bureau politique.
- Le Bureau politique: regroupe une vingtaine de dirigeants les plus influents et détient le pouvoir décisionnel. En décembre 2O12, le Bureau politique avait adopté une directive majeure de discipline interne dénommée “décision en huit points”. Cette decision constitue la veritable clé de voûte de la gouvernance chinoise sous Xi Jinping.
- Le Comité permanent; c’est le Coeur du pouvoir. Composé de 7 à 9 membres issus du Bureau politique. Il est dirigé par le Secrétaire general du PCC, actuellement Xi Jinping, qui concentre les fonctions de Chef du parti, de l’Etat et de l’armée.
- Les organisations de base: le maillage territorial et institutionnel s’apuie sur des millions de cellules locales implantées dans les entreprises, les universities et les administrations.
III. FONCTIONNEMMENT INTERNE DU PCC
Basé sur le centralisme démocratique: ce principe veut que les membres puissent débattre et formuler des propositions, mais une fois la decision adoptée par la majorité, l’ensemble du parti doit s’y soumettre strictement.
Mécanisme de contrôle et de discipline:
Le PCC dispose de sa propre institution de contrôle, dénommée Commission Centrale de la Discipline (CCDI) qui est chargée de lutter contre la corruption et de veiller au respect de la ligne politique.
Conformément au système de la “Nomenklatura”, Le département de l’organisation du PCC a le pouvoir de nommer, de promouvoir ou de recommender les cadres à tous les postes clés de l’appareil du Parti et de l’administration publique.
IV. ROLE DU PCC DANS LA GOUVERNANCE CHINOISE
Le PCC ne se contente pas seulement de gouverner, mais oriente la planification stratégique à long terme, comme le démontrent les plans quinquennaux.
Les grandes orientantions de la gouvernance chinoise tirent leur source des plans quinquennaux qui servent de feuille de route stratégique pour orienter l’économie, le développement social et les priorités technologiques des la Chine sur des périodes de cinq ans. Les plans quinquennaux sont conçus par la Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR) et validés par le PCC, ils transforment les grandes visions idéologiques du parti en objectifs économiques chiffrés et contraignants pour tout le pays.
Les plans quinquennaux centralisent, coordonnent et dirigent les ressources de l’État vers des objectifs nationaux prédéfinis. Ils permettent de surmonter les incertitudes politiques à court terme et assurent une continuité indispensable à la transformation structurelle, technologique et sociale du pays.
Pour résoudre les crises et maintenir la stabilisation économique, les plans quinquennaux intègrent des stratégies de gestion des risques (dette locale, sécurité alimentaire et énergétique).
Les plans quinquennaux décident sur l’allocation des ressources nécessaires à allouer en orientant les financements publics, les investissements industriels et les politiques publiques vers des secteurs prioritaires, tout en garantissant que l’État et le secteur privé regardent dans la même direction. Ils ont joué un rôle décisif dans l’éradication de la pauvreté extrême en concentrant les efforts sur des zones spécifiques.
Le PCC a déjà élaboré et mis en oeuvre 15 plans quinquennaux. La première planification du plan quinquennal a eu en 1953 sous la direction de Mao Zedong. Le 15 ème plan quinquennal couvre la période allant de 2026 à 2030.
Analysant l’évolution des plans quinquennaux chinois, nous constatons qu’ils sont répartis en quatre ères.
- L’ère de l’industrialisation de base (1953-1975): du premier au quatrième plan. Inspirés du modèle soviétique, ils se concentraient sur l’industrie lourde et l’agriculture. Le 3 ème plan quinquennal s’était heurté aux perturbations en raison de la revolution culturelle.
- L’ére de la Réforme et de l’Ouverture (1976-2000): du 5ème au 9ème plan coincide avec la période de transition économique sous Deng Xiaoping. Cette ère est marquee par l’ouverture aux investissements étrangers et l’introduction progressive de l’économie de marché.
- L’ère de l’émergence globale (2001-2020): du 10ème au 13 ème plan quinquennal. Cette ère est caractérisée par l’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce, l’urbanisation, le développement des infrastructures et la reduction de la pauvreté.
- L’ère de la haute technologie et de la transition moderne (2021-2030). Au moment où le 14 ème plan était axé sur l’autosuffisance technologique, la consommation intérieure et la décarbonation. Le 15 ème plan (20026-2030) qui est en vigueur est axé sur la transition technologique et écologique comme priorité. Il sert de boussole pour propulser la Chine vers l’autonomie et l’influence technologique. Il mobilise l’appareil d’Etat et les financements vers des secteurs d’avenir tells que l’intelligence artificielle, le numériques et les technologies propres (batteries, véhicules électriques). Adopté le 23 octobre 2025, ce 15ème plan est entré en vigueur le 12 mars 2026.
- Expériences et leçons pour les pays africains
Bien que chaque pays africain ait ses propres priorités selon ses réalités, dans l’ensemble, les pays africains peuvent tirer des enseignements de cette méthode de planification pour accélérer leur propre développement économique, notamment dans le cadre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Au lieu de se limiter aux promesses électorales qui ne garantissent parfois pas la continuité des politiques publiques, les pays africains peuvent s’inspirer du modèle des plans quinquennaux pour élaborer des programmes de développement nationaux durables qui survivent aux alternances politiques, garantissant l’achèvement des grands chantiers.
Pour booster leur industrialisation, les pays africains ne doivent pas seulement se contente aux seules exportations de matières premières brutes mais peuvent promouvoir des plans sectoriels pour développer des industries manufacturières locales. Ils peuvent également solliciter la délocalisation de certaines industries vers l’Afrique. Cette stratégie doit reposer sur la formation, le transfert de technologie et des compétences.
D’où l’intégration des objectifs qualitatifs par les pays africains pour former la jeunesse aux métiers techniques, scientifiques et numériques afin de maximiser le transfert de technologie.
Bref, la gouvernance chinoise structurée autour des plans quinquennaux influence positivement la transformation de l’Afrique. En alignant ses directives économiques internes avec ses priorités de politique étrangère, la Chine utilise les plans quinquennaux pour définir la nature de ses investissements et de sa coopération avec les pays africains. Quant à la République Démocratique du Congo, elle est impactée de façon stratégique car elle est la principale destination des investissements chinois en Afrique. A titre illustratif, le 15ème plan quinquennal redéfinit la coopération Sino-congolaise autour deux axes : la quête des minerais de la transition énergique, la diplomatie sécuritaire.
