Coupe du Monde : L’heure est venue de briser le plafond de verre pour les Éléphants

À Philadelphie, la jeune garde ivoirienne défie Curaçao pour une place historique en seizièmes de finale. Un exploit qui s’était toujours refusé aux glorieux aînés.

L’opportunité est immense et le calcul d’une simplicité enfantine : une victoire face à Curaçao, et la Côte d’Ivoire compostera son billet pour les seizième de finale du Mondial, s’assurant la deuxième place du groupe dans l’aspiration de l’Allemagne. Ce cap du second tour, la mythique génération des Drogba, Yaya Touré et Gradel ne l’a pourtant jamais franchi en trois tentatives. Aujourd’hui, le costume de pionnier revient à la bande à Kessié, Fofana ou Inao. Une relève offensive, décomplexée, bien décidée à s’offrir le destin dont ses idoles de jeunesse avaient été privées.

 

 

 

À la veille du choc, l’entraînement des Éléphants transpirait la sérénité. Pas de visages fermés, mais une impatience gourmande. Lancé en pointe de cette armada, Ange Yoan Bonny, qui attend encore son premier but international, résume parfaitement l’état d’esprit général : « On savoure notre chance. Nous touchons du doigt quelque chose de grand, d’inédit. Tout le monde est focalisé sur l’objectif, on trépigne d’impatience à l’idée d’entrer sur la pelouse. » Dans sa bouche, le mot « historique » résonne comme une évidence collective.

 

L’ambition sans le trac

Pas question pour autant de se laisser paralyser par l’enjeu. Si l’ancienne génération a parfois ployé sous la pression des attentes, la cuvée 2026 préfère mordre dans l’événement. Revenu de loin après avoir manqué la dernière TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations (défaite 3-2 face à l’Égypte), Elye Wahi savoure sa chance tout en mesurant la responsabilité qui pèse sur ses épaules : « C’est le match d’une vie pour notre football. On sait que Curaçao vendra chèrement sa peau, mais on est venus ici pour écrire notre propre page. On va tout donner pour ne rien regretter. »

 

 

 

Même son de cloche chez Evan Guessand. Pour l’attaquant formé à Nice, la peur n’a pas sa place dans le vestiaire à quelques heures du coup d’envoi. « On ressent une excitation positive, pas de la crispation. Ce groupe a les armes pour faire mieux que nos prédécesseurs. On en est intimement convaincus, c’est ce qui nous pousse vers l’avant. Le but est à notre portée, il faut aller le chercher. »

 

Le « problème de riche » d’Émerse Faé

Pour guider ces jeunes talents, l’héritage du passé sert de carburant plutôt que de fardeau. « On s’appuie sur le vécu des anciens pour éviter les pièges, mais chaque époque construit son histoire », philosophe Bonny.

 

 

 

Au centre du projet, Émerse Faé endosse le costume de grand frère et de stratège. Le sélectionneur ivoirien fait l’unanimité auprès de sa ligne d’attaque. « Sa proximité et son sens de l’écoute font un bien fou à des profils comme les nôtres », salue Wahi. Un avis partagé par Guessand, qui rappelle la légitimité naturelle du technicien : « Il a connu cette pelouse, il sait ce que représente une Coupe du monde pour un joueur. Il parle notre langage. »

 

Cette osmose crée une émulation féroce au sein d’un effectif XXL, offrant à Faé un redoutable casse-tête à l’heure de coucher les onze noms sur la feuille de match. « Le coach passe son temps à nous répéter que les remplaçants ont le niveau des titulaires, et c’est vrai, sourit Guessand. Vu la qualité du banc, faire des choix doit lui donner d’immenses maux de tête. C’est un problème de riche, mais c’est notre meilleure garantie pour la suite. » À Philadelphie, la Côte d’Ivoire est prête à basculer dans une nouvelle dimension.

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