Dans une interview exclusive, Atundu tranche : « Un médiateur neutre n’existe pas »

L’Ambassadeur André-Alain Atundu Liongo a accordé une interview exclusive au Journal Le Quotidien. Dans les lignes qui suivent, il précise que la RDC n’a pas besoin d’un médiateur neutre, mais engagé. Il accepte un dialogue inclusif, mais pour y prendre part, il faut remplir les conditions. En effet, si tu as été condamné, tu dois demander la grâce ou l’amnistie, pense- t-il dans cette interview qui sera aussi diffusée sur la chaine YouTube Le Quotidien RDC TV ainsi que sur les réseaux sociaux du Groupe. 

Le Quotidien : Deux hauts magistrats ayant perdu la vie dans un crash sont parmi les membres de la Cour ayant condamné Kabila et Nangaa à mort. Simple coïncidence ?

Alain Atundu : Je présente mes condoléances à ces vaillants soldats et hauts magistrats qui sont morts armes à la main. En temps de guerre, il faut prendre le risque. Si l’accident intervient, il faut chercher à découvrir s’il s’agit d’un accident ou la main d’un homme. Si c’est un accident, comment expliquer que l’ordre de mission a été signé en avril, mais le déplacement est intervenu en septembre ? Comment expliquer que le voyage devait se faire par véhicule, mais finalement il s’est fait par avion ? Est-ce la première fois que les autorités du genre voyagent dans un tel avion? Il faut regarder la qualité de l’avion, le carburant, combien d’incidents cet avion a été confronté ? C’est à l’issue de ceci qu’on peut se demander s’il n’y a pas quelqu’un derrière. Comme Kabila et Nangaa ont été condamnés, ne sont-ils pas derrière ? Qui sont les proches de Kabila qui sont dans le ravitaillement de l’avion ? Il faut aussi citer Kagame. Et dans ce domaine, nous devons avoir des preuves. En temps de guerre, le correspondant de guerre ne dit pas tout ! Les tiktokeurs ne peuvent pas tout dire, parce que cela risque de démoraliser nos troupes. Tous ces gens parlent au chef comme s’ils savent plus que lui. En plus, il y a des institutions auxquelles il faut s’adresser en cas de problème. Ceux qui ont fait les renseignements ne se glorifient pas. Le traitre, c’est celui qui vient de l’intérieur. En Corée du Sud, c’est le chef de la sécurité qui avait assassiné le président. Si vous avez des informations sensibles, traitez-les avec délicatesse.

Le Quotidien : Une vidéo virale présente le Dircab du chef de l’Etat, le Conseiller spécial Kolongele et Atundu comme des traitres aux côtés du chef de l’Etat. Votre commentaire?

Alain Atundu : Dire que le Dircab, Kolongle et Atundu sont des traitres, c’est très grave au regard de leurs responsabilités et leurs charges dans la société. Est-ce que cet homme n’a pas été envoyé pour nous attaquer et isoler le Président de la République ? C’est ne pas tout le monde qui maitrise les renseignements. Ecouter une information n’est pas maitriser les renseignements. Si vous avez l’information, donne-là à celui qui connait les renseignements pour vous faire une analyse. Sinon, vous participez à la démoralisation de la population et des FARDC. Normalement, il faut interpeller les auteurs de ces faux bruits pour qu’ils donnent l’origine de leurs informations. Si tu n’as pas d’assurance, n’affirmez pas des choses que tu ne maîtrises pas. Tout le monde sait qu’on est infiltré. C’est une situation qui doit nous conduire à être prudents. Les services ne donnent pas toutes les informations au Président de la République, mais le résultat.

Le Quotidien : La demande de la RDC au Conseil de sécurité exigeant aux troupes rwandaises de ne plus être alignées dans les missions de paix jusqu’à ce qu’elles quittent la RDC est-elle réalisable? 

Alain Atundu : La RDC a le droit d’exiger que les troupes rwandaises ne soient pas alignées dans les missions de paix. Est-ce qu’on sait comment on aligne les casques bleus ? Si l’ONU pense que le Rwanda est efficace, allez-vous lui demander de laisser les Rwandais ? Le monde est ainsi fait. Il faut savoir se protéger par rapport aux enjeux. Si le patron de la Monusco a demandé l’inclusivité du dialogue, c’est dans leur philosophie, qui consiste à dire que le Congo fasse sa part et le Rwanda la sienne. Il faut bien réfléchir, car il y a beaucoup d’enjeux. S’il faut demander quelque chose, il faut savoir quoi demander. Est-ce faisable ? Si les troupes du Rwanda ont des mauvais rapports, vont-ils les aligner ? Nous sommes dans un monde de donnant donnant. C’est bon de dire que les Rwandais ne soient pas déployés, mais que propose la RDC pour la sécurité des Français au Mozambique, au Bénin, etc. Nous devons dépasser le stade émotionnel. Il ne sert à rien de pleurer, mais savoir comment nous en sortir. Attaquons-nous à l’infiltration et à la trahison. Que le Chef de l’Etat s’accroche à la ligne rouge pour tenter de défendre la position congolaise devant la Communauté internationale.

Le Quotidien : Quelle est votre analyse au patron de la Monusco qui réclame un médiateur neutre pour le Dialogue ?

Alain Atundu : Un médiateur neutre n’existe pas, mais il existe seulement un médiateur engagé, celui qui sait où se trouve la loi, où se trouve la faute. Il ne faut pas un médiateur neutre qui allume et éteint le feu. Nous avons besoin d’un médiateur engagé. Il faut un dialogue inclusif, mais pour y participer, il faut remplir les conditions. Si tu as été condamné, tu dois demander la grâce ou l’amnistie. Si tu avais violé et que tu as été condamné, il faut réparer.

Le président Tshisekedi doit s’accrocher à sa ligne rouge pour défendre nos positions devant l’ONU ou devant le président Trempe. Les rebelles multiplient les conditionnalités par mauvaise foi pour démontrer que notre justice n’est pas importante. Il faut que quiconque veut aller au dialogue se rabaisse devant le peuple et la constitution. On ne peut pas agir pour bafouer l’autorité de la loi, ridiculiser le Président de la République. La guerre convient à un seul président, Félix Tshisekedi, avec son Etat-major qui mène les opérations. Il faut respecter chacun dans ses attributions.

Nous devons tout faire pour chasser les rebelles (les traitres et les infiltrés). Il faut les soumettre à une portion congrue. La conscience que les hors la loi sont ceux qui agissent en dehors de la constitution et de la loi.

C’est à eux de faire amende honorable et créer les conditions de la réconciliation nationale.

Propos recueillis par Jean-Marie Nkambua

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