De service de contrôle à pilier de la lutte contre la corruption, Jules Alingete dresse le bilan de ses réformes entre 2020 et 2025
L’Inspection Générale des Finances (IGF) a connu une transformation profonde entre 2020 et 2025, sous l’impulsion de la volonté politique du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, de faire de la lutte contre la corruption et la bonne gouvernance une priorité nationale.
Intervenant lors d’un séminaire consacré au fonctionnement et aux faits marquants de l’IGF, l’ancien Inspecteur Général des Finances Léon Kazumba Luaula a retracé les principales réformes qui ont permis à cette institution de renforcer son rôle dans la gestion des finances publiques.
Selon lui, l’IGF est passée d’un simple service de contrôle administratif à un véritable instrument d’appui à la mobilisation des recettes publiques, de promotion de la bonne gouvernance et de lutte contre la corruption.
Des réformes structurelles majeures
Pour accompagner cette mutation, plusieurs textes réglementaires ont été révisés, notamment les ordonnances de septembre 2020 et celle de juillet 2023. Ces réformes ont permis d’élargir le champ d’action de l’IGF à l’ensemble du pouvoir exécutif, tout en modernisant ses structures.
Le nombre de brigades permanentes est ainsi passé de cinq à dix afin de répondre à l’évolution des finances publiques. De nouvelles spécialisations ont été créées dans les domaines des recettes fiscales, douanières, des marchés publics, des entreprises publiques, des provinces et des audits.
L’IGF a également adapté son fonctionnement à l’ère du numérique en autorisant ses inspecteurs à accéder aux bases de données informatiques des services contrôlés. Cette évolution s’est accompagnée de l’ouverture du corps des inspecteurs aux ingénieurs informaticiens et aux spécialistes du génie civil.
Renforcement des pouvoirs de contrôle
Parmi les innovations majeures figure l’élargissement des missions de contrevérification fiscale. Désormais, ces contrôles peuvent être déclenchés non seulement sur instruction présidentielle ou judiciaire, mais également dans le cadre du programme d’action de l’IGF ou à la suite de dénonciations.
Les réformes de 2023 ont également renforcé les pouvoirs des inspecteurs des finances. Ceux-ci peuvent désormais prendre diverses mesures conservatoires, notamment demander la suspension de gestionnaires publics impliqués dans des irrégularités, bloquer certains mouvements de fonds publics ou encore solliciter des restrictions de sortie du territoire pour des personnes faisant l’objet d’un contrôle.
L’institution a en outre obtenu des moyens financiers supplémentaires grâce à plusieurs mécanismes de rétrocession et de rémunération liés à ses activités de lutte contre la fraude et de contrôle des dépenses publiques.
Une institution rajeunie et modernisée
Face au vieillissement du corps des inspecteurs, dont la moyenne d’âge atteignait 60 ans en 2020, l’IGF a procédé au recrutement de nouveaux cadres. Plus de 170 inspecteurs ont été engagés entre 2020 et 2021, ramenant la moyenne d’âge à environ 40 ans et assurant ainsi la pérennité de l’institution.
Le cadre organique a également été élargi, passant de 200 à 300 inspecteurs des finances.
Des résultats significatifs
L’exposé met en évidence plusieurs avancées enregistrées au cours de cette période. Parmi les plus marquantes figurent l’augmentation des recettes publiques, passées d’environ 4 milliards à près de 12 milliards de dollars américains entre 2021 et 2025, ainsi que l’amélioration de la discipline budgétaire grâce au contrôle renforcé de la chaîne de la dépense.
L’IGF a également exercé, pour la première fois de son histoire, un contrôle approfondi de la Banque Centrale du Congo, révélant notamment des irrégularités portant sur plusieurs centaines de millions de dollars.
L’institution s’est également illustrée par le contrôle des fonds destinés à la lutte contre la Covid-19, à la gratuité de l’enseignement primaire et au projet agro-industriel de Bukanga Lonzo, des dossiers ayant conduit à des poursuites judiciaires.
D’autres actions emblématiques ont concerné la révision du contrat Sicomines, l’annulation du contrat des cartes d’identité, l’audit du secteur minier ainsi que la lutte contre les exonérations fiscales jugées abusives.
Une stratégie axée sur la transparence
Au-delà des contrôles, l’IGF a misé sur la communication et la sensibilisation. La publication de ses rapports, l’implication des médias et de la société civile ainsi que les campagnes de lutte contre la corruption ont contribué à renforcer le contrôle citoyen et à promouvoir une culture de reddition des comptes.
Selon l’intervenant, cette période constitue « un tournant majeur dans l’histoire de l’Inspection Générale des Finances », grâce au soutien des autorités et à la mobilisation des agents de l’institution.
L’IGF entend désormais poursuivre les réformes engagées afin de consolider les acquis en matière de gouvernance publique, de transparence et de protection des finances de l’État.
Par Didier Mbongomingi
