Déclaration de Doha et Causes profondes de la crise: L’occasion de mettre au travail le Desk Cellule d’Etudes sur les Grands Lacs !

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Pour l’instant, il y a lieu de dissuader Jacquemain Shabani de répéter les erreurs de ses prédécesseurs depuis 1960 quand il s’agit d’aborder un problème hypersensible ayant des racines profondes dans la colonisation…

Dans la Déclaration de Principes signé à Doha le 19 juillet 2025, le Gouvernement de la République Démocratique du Congo et l’AFC-M23 reconnaissent au point 4. relatif à la « RESTAURATION DE L’AUTORITÉ DE L’ÉTAT

 » « que la restauration de l’autorité de l’État est la conséquence logique du traitement effectif des causes du conflit par un accord de paix ». Au cours du Briefing du lundi 21 juillet dernier sur la RTNC, interrogé à ce sujet, le VPM Jacquemain Shabani en charge de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières s’est prononcé sur cette question en indexant le Rwanda comme cause majeure de la crise. Partant de la logique selon laquelle il n’existe au pays aucune tribu majoritaire, il a banalisé la thèse de l’existence des minorités tribales prétendant à un statut spécial. Ce qui est vrai. Mais, au regard des revendications de la communauté rwandophone, principalement nilothique, tout comme au regard des revendications du gouvernement rwandais d’ordre foncier, il y a lieu d’aller au-delà de l’imaginaire collectif. Premier ministre Udps originaire du Kivu sous le premier régime Udps-Usn en 65 ans d’indépendance de la RDC, Jacquemain Shabani est bien placé pour savoir qu’il n’y joue pas que sa carrière politique sa carrière professionnelle. Il en va de sa vie même en tant que Kivutien d’abord, Congolais ensuite…

Problème à ne pas aborder seulement par les aspects politiques

Pour rappel, cette question remonte à la colonisation belge. La décolonisation intervenue le 30 juin 1960 l’a laissée en l’état. Les troubles survenus au Rwanda pendant la première décennie post-indépendance (1960-1970) l’ont accentuée, si bien que le maréchal Mobutu a cru la résoudre avec la loi n°72-002 du 5 janvier 1972 octroyant de façon collective la nationalité congolaise à tous les Rwandais résidant au pays. Certes, il va chercher à se rattraper par son abrogation via la loi 1981/002 du 29 juin 1981.

Depuis, la question est passée de la Conférence nationale souveraine en 1991-1992 au Dialogue Intercongolais en 2001-2003. Elle revient au galop et se rappelle depuis 2022 à nos bons souvenirs aux travers des revendications foncières.

Au regard des références aux années, ce qu’il y a à retenir à ce stade, c’est le fait qu’il y a un problème à ne pas aborder seulement par des aspects politiques. S’y mêlent et entremêlent des aspects géographiques, historiques, anthropologiques, culturels, spirituels etc. nécessitant, cela va de soi, une approche scientifique.

Ne pas se limiter à l’indexation du Rwanda…

Le 18 novembre 2022, par la « Lettre ouverte à M. le Président Félix Tshisekedi » intitulée Il est temps de réclamer des Kivutiens, des Belges et des Allemands la vérité sur le Kivu !, suggestion a été faite au Chef de l’Etat dans les colonies de LPDA (magazine du cabinet du Président de la République) de s’engager dans cette voie parce que, selon l’auteur, « De cette vérité dépend l’avenir du pays… ».

Cette lettre avait été inspirée par l’audience accordée par le Président de la République le 9 novembre de la même année à une délégation des communautés Tutsi et Hutu.

_ »Au cours de tous les grands rendez-vous visant la restauration d’une paix pérenne au pays (Négociations de Lusaka en 1998-1999, Dialogue intercongolais en 2001-2003, Conférence sur la paix, la sécurité et le développement au Nord-Kivu et au Sud-Kivu en 2008, Processus de Kampala en 2012-13, Concertations nationales en 2013, Négociations du centre interdiocésain catholique en 2016, Consultation présidentielle en 2020 et maintenant Processus de Nairobi et de Luanda), la question prioritaire et permanente est le conflit identitaire hutu-tutsi.

Comme un cancer, ce conflit s’est métastasé dans l’hinterland kivutien jusqu’à atteindre le Tanganyika (au Katanga) et l’Ituri (Province Orientale) », soutenions-nous avant d’affirmer : « Finalement, c’est tout le bloc oriental du pays (Katanga, Kivu et Orientale), adossé à la Tanzanie, au Burundi, au Rwanda et à l’Ouganda, qui fragilise l’unité nationale et l’intégrité territoriale du Congo ».

Le constat fait est que l’erreur de Kinshasa depuis 1960 est de chercher ailleurs la solution de la crise sécuritaire autour des Grands-Lacs que là où elle se trouve.

Dans cette livraison de « BALISES », nous précisions :: »C’est à ce stade, Monsieur le Président, que la vérité doit être recherchée auprès des Kivutiens (ils connaissent l’histoire de leurs terres), des Belges et des Allemands. Pour l’histoire, ces derniers ont obtenu à la Conférence Internationale de Berlin en 1885 le Rwanda et le Burundi comme protectorats, avant de se les voir arrachés à la faveur de la défaite de l’Allemagne lors de la 1ère Guerre mondiale et confiés à la Belgique, héritière (par défaut) de l’Etat Indépendant du Congo » (EIC) qui va la transformer en colonie belge.

« Trop de choses se disent sur les initiatives allemandes puis belges sur le Rwanda et le Burundi sous la colonisation, pays dont la majorité des Tutsi sont ressortissants. Les statistiques démographiques indiquent que les Tutsi représentent 15 % des populations de ces pays, plus 84 % étant des Hutu et moins de 1% des Twa (Pygmées).

« Comment les Tutsi et les Hutu se sont-ils retrouvés dans le Kivu ? Seraient-ils eux aussi des immigrés, comme l’affirmait un homme d’État belge, auteur de la déclaration : « A l’exception des Pygmées, tous les habitants du Congo sont des immigrés ?». C’est dans le dernier ouvrage du gouverneur général du Congo-Belge Léon Pétillon intitulé « Récit Congo 1929-1958».

Nous ajoutions : « Abondante, elle l’est, la littérature consacrée à la question rwandaise ou rwandophone dans l’hinterland kivutien. Depuis des décennies, cette littérature nourrit au pays et à l’étranger, dans toutes les tribunes et dans tous les sens, tous les débats politiques, historiques, géographiques, ethnologiques, anthropologiques, sociologiques, juridiques, culturelles etc. sur cette question. Quel en est le résultat ? Vraisemblablement une partie de cache-cache dont souffrent tous les ressortissants congolais, toutes provinces confondues, tout comme leurs proches constituant des populations transfrontalières vivant en Centrafrique, au Congo-Brazzaville, en Angola, en Zambie, en Tanzanie, au Burundi, au Rwanda, en Ouganda et au Soudan du Sud ».

Place aux scientifiques…

Au regard de ce qui précède, la recherche des causes profondes de la crise ne doit pas se limiter à l’indexation du Rwanda comme tente de le faire le VPM Jacquemain Shabani.

Il faut aller au-delà des limites du Kivu, de la RDC et des Grands Lacs.

C’est le moment, pour Kinshasa, de justifier la raison de l’existence même de la Cellule Desk Grands Lacs.

Elle n’a pas été créée pour être réduite à un « éléphanteau blanc » confiné dans un coin de la mégastructure dénommée « Présidence de la République ».

C’est maintenant qu’elle doit jouer son rôle en mettant à contribution les scientifiques, là où les politiques sont visiblement dépassés…

Omer Nsongo die Lema

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