Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, la diplomatie rwandaise a sorti le grand jeu du storytelling géopolitique. En comparant la superficie du Rwanda à celle de l’État américain du Maryland, et celle de la RDC à un conglomérat géant regroupant le Texas, la Californie ou le Nevada, Kigali a tenté une démonstration spectaculaire ; transformer une guerre d’agression en un simple problème de « légitime défense de proximité ».
Si l’analogie est habile pour séduire l’opinion occidentale, l’argumentaire s’effondre dès qu’on le confronte aux réalités du droit international et des faits sur le terrain.
Détricotage en trois actes d’une rhétorique bien rodée.
1. La taille ne fait pas le droit
En rappelant que Goma et Bukavu ne sont qu’à quelques heures de route de Kigali mais à 1 500 km de Kinshasa, le diplomate rwandais suggère insidieusement que l’Est de la RDC échapperait à la souveraineté légitime de Kinshasa pour devenir une simple « zone tampon sécuritaire » naturelle pour le Rwanda.
En réalité, la proximité géographique n’a jamais conféré un droit d’ingérence militaire. Un État souverain ne perd pas ses frontières parce que sa capitale est éloignée, pas plus que la petitesse d’un territoire ne justifie le viol de la souveraineté de ses voisins. Accepter ce raisonnement reviendrait à légitimer le droit du plus fort au détriment du droit international.
2. Le « chèque en blanc » sécuritaire
Agiter la menace des FDLR en la qualifiant d’« existentielle » et d’« immédiate » permet à Kigali d’activer le levier mémoriel et moral ultime. C’est l’argument parfait pour paralyser la critique internationale.
Et pourtant, personne ne nie la nécessité de neutraliser les résidus des FDLR. Cependant, utiliser ce groupe armé affaibli comme un prétexte permanent sert à masquer un objectif bien plus vaste qui consiste à justifier l’occupation militaire, le contrôle des flux économiques régionaux et le pillage des ressources minières. Le prétexte FDLR est devenu une rente géopolitique dont Kigali ne peut plus se passer sous peine de perdre son alibi sécuritaire.
3. La création de monstres plus destructeurs
L’argumentaire rwandais brille surtout par ce qu’il tait. En focalisant l’attention de l’ONU sur la « menace FDLR à sa porte », Kigali efface totalement de l’équation sa propre responsabilité dans la déstabilisation de la région.
On ne neutralise pas une menace sécuritaire en créant et en armant des proxies comme le M23/RDF, responsables du déplacement de millions de civils congolais et du chaos humanitaire dans le Kivu. Prétendre vouloir éteindre un incendie chez son voisin tout en y déversant du carburant par groupes armés interposés relève d’une hypocrisie diplomatique flagrante.
En somme, l’intervention du Rwanda à l’ONU n’est pas une analyse sécuritaire, c’est juste un exercice de communication de crise visant à inverser les rôles entre la victime et l’agresseur.
Face à ce narratif anglo-saxon sur-mesure (Maryland vs Texas), la RDC doit opposer une fermeté doctrinale inébranlable à savoir qu’aucun impératif sécuritaire, aucune contrainte géographique ne sauraient annuler le principe d’intangibilité des frontières et de souveraineté n
