Dialogue national au Congo- Zaïre : Fin de mandat du plénipotentiaire, crise de légitimité, manipulation politique
Trois étapes de l’histoire politique de la RDC méritent d’être revisitées afin d’éclairer la religion de nos compatriotes sur la pertinence de la démarche et d’éviter toute forme de manipulation politique et sémantique par des acteurs de tout bord. Chaque étape est particulière et s’est déroulée dans un environnement politique et juridique assez particulier. Le dialogue n’est pas une clé passepartout.
De 1991 à 1992. La Conférence nationale souveraine trouve son explication dans un environnement de fin de mandat du Maréchal Mobutu. Après des consultations nationales ouvertes à Goma en janvier 1990, le Maréchal Mobutu a prononcé le discours d’ouverture de l’espace politique avec des implications politiques et juridiques. Élu président du MPR et Président de la République du Zaïre au cours des élections de 1984, le Maréchal Mobutu a pris congé du MPR, et a promis d’obtenir des aménagements de la constitution auprès du Conseil législatif, un des organes du MPR, alors le parti unique venait de perdre son rôle dirigeant. C’est le début de la contestation politique. Au cours de la conférence de presse tenue à la Pagode présidentielle à Nsele, le 24 avril 1990, le journaliste Kwebe Kimpele de la Voix du Zaïre est très clair devant le guide éclairé et clairvoyant : vous venez de faire le coup d’État contre vous-même. Puis il y a un discours rectification au mois de mai 1990. Dans ce jeu de contestations populaires, il y a eu le 5 décembre 1991, date qui marque la fin du mandat du Président fondateur du MPR et Président de la République. Cet environnement politique et juridique a nécessité le dialogue, la Conférence nationale souveraine au regard des circonstances. Le Président de la République du Zaïre s’est retrouvé hors mandat. La question de légitimité a refait surface.
De 1997 à 2003. Le Zaïre redevenu République Démocratique du Congo fonctionne sans constitution. A la suite des soutiens militaires du Rwanda et de l’Ouganda, l’AFDL et Laurent Désiré Kabila ont pris le contrôle des institutions à Kinshasa. Président de la République autoproclamé, Laurent Désiré Kabila a suspendu la constitution avec toutes les conséquences. Il s’est fabriqué un texte qui ne prévoyait aucune possibilité de succession. Entre-temps, il est assassiné dans son bureau au Palais de Marbre, le 16 janvier 2001. La succession au sommet de l’État est intervenue de la manière que l’ on sait. Un général major au sein de l’armée est désigné par des civils, membres du gouvernement et un Chef d’Etat-major de l’armée pour servir comme coordonnateur de l’action du gouvernement. C’est une nouveauté. Et comme le pays est plongé dans une Première Guerre mondiale africaine, il y a imposition de l’Accord de Lusaka par ceux-là qui finançaient la guerre. Quand le dialogue est convoqué en Afrique du Sud, les circonstances sont vraiment propices. On peut convoquer tout le monde pour donner sens au dialogue.
De 2016 à 2018. Un mandat politique par glissement. Entre 2014 et 2015, le discours politique congolais évoque clairement le glissement du mandat. Pas de volonté politique d’organiser les élections générales en décembre 2016. En 2015, il y a eu le forcing au niveau de l’Assemblée nationale de conditionner la tenue des élections au recensement général de la population. Un organisme pour le recensement de la population est créé au ministère de l’intérieur. La tentative de la population d’empêcher ce débat parlementaire s’est soldée dans le sang. A cette époque, on a même parlé des tombes collectives de Maluku à Kinshasa. La crise prend la forme. Devant le fait accompli, pensé et organisé, deux dialogues se succèdent à Kinshasa. Car le 5 décembre 2016 approche, il n’y aura pas élections… Le vide est réel. Le Premier ministre Matata a présenté un budget de 6 milliards avant de rabattre à 4 milliards de dollars. Il a rassuré que des ressources étaient disponibles pour organiser des élections. Les dialogues de l’Union africaine avec le togolais Edem Kodjo et la CENCO ont apporté une rallonge de deux ans de bail. Ce bonus de mandat intervient dans un contexte de stabilité marqué par la volonté de glisser. Ce cadre a été longuement planifié pour aboutir à ce résultat. La pêche aura été miraculeuse. Deux gros poissons sont tirés de l’UDPS. Samy Badibanga et Bruno Tshibala ont eu le bonheur de siéger à la primature. Le débauchage politique a fonctionné à merveille.
Peut-on dès lors partir des circonstances particulières pour parvenir à institutionnaliser des dialogues politiques comme modes permanents et réguliers de la gestion de l’État ?
Des associations confessionnelles s’approprient la souveraineté du peuple congolais et la légitimité pour qualifier et disqualifier les uns contre les autres dans un pays laïc, face au sommeil des intellectuels. Un plan de développement de la RDC est vendu par des partis religieux.
