J’ai globalement apprécié l’intervention faite par Monsieur James Swan, le 29 septembre, au Conseil de sécurité des Nations unies sur l’évolution de la situation en RDC. Je l’ai trouvée, dans l’ensemble, équilibrée, à l’exception de ses considérations relatives à l’inclusivité du dialogue et au recours à des médiateurs neutres et consensuels.
En principe, le rôle d’un médiateur est d’agir en qualité de tiers neutre, indépendant et impartial, afin d’aider des parties en conflit à rétablir le dialogue et à trouver elles-mêmes une solution amiable.
Vu sous cet angle, la médiation peut être indispensable lorsqu’il existe un conflit entre belligérants, à l’instar de celui opposant la RDC au Rwanda, dans le cadre de l’initiative de Washington, ou encore des discussions entre le gouvernement congolais et le M23 à Doha.
Mais le dialogue envisagé par le Président de la République porte, pour sa part, sur la refondation de l’État et la construction d’un front intérieur face à une agression étrangère. Toutes les forces vives de la Nation sont appelées à y participer. Entre ces forces politiques, il n’existe pas un conflit nécessitant, par nature, l’intervention d’un médiateur extérieur. Il n’existe pas non plus de conflit entre la majorité au pouvoir et l’opposition politique.
Les différends postélectoraux ont été tranchés par la Cour constitutionnelle. Ce qui subsiste relève du combat politique normal entre différentes sensibilités. Il n’y a donc pas de raison, dans ce contexte, de sortir du cadre institutionnel pour rechercher des médiateurs dits neutres et consensuels. Le processus devrait être piloté et encadré par les institutions républicaines.
Le contexte actuel est, à cet égard, différent de celui de la CNS, du Dialogue de Sun City, de celui de la Cité de l’Union africaine ou encore des de la CENCO, organisés en l’absence d’un pouvoir légitime.
En France, après les élections législatives de 2024 et la fragmentation de l’Assemblée nationale, les consultations politiques ont visé la construction d’une majorité dans le cadre républicain et parlementaire.
Aux USA, après la crise électorale de 2020 et l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021, la réponse institutionnelle est demeurée inscrite dans le cadre constitutionnel, notamment à travers la procédure de certification de l’élection par le Congrès.
La RDC ne devrait donc pas faire exception à ce principe.
S’agissant de l’inclusivité, telle qu’invoquée par James Swan et certains opposants, elle consisterait à faire participer le M23 et apparentés au dialogue. Une telle inclusivité peut être pertinente dans un contexte ordinaire. Elle devient problématique lorsqu’elle conduit à intégrer un groupe armé créé et soutenu par un pays étranger.
Or, dans le contexte qui est le nôtre, la question de l’implication du Rwanda dans la crise sécuritaire de l’Est de la RDC est largement documentée et fait l’objet de débats et de prises de position au niveau international.
Par le passé, notre pays a connu plusieurs processus de dialogue ayant associé des mouvements rebelles créés par l’Ouganda et le Rwanda. Les conséquences politiques et sécuritaires de ces expériences sont à base de la déstabilisation permanente de notre pays.
Nous ne pouvons pas reproduire indéfiniment les mêmes mécanismes en espérant, à chaque fois, parvenir à des résultats durablement différents.
Certains dialogues peuvent ainsi produire un apaisement momentané sans traiter les causes profondes de la crise. Ils peuvent être comparés à des calmants qui atténuent les symptômes sans nécessairement traiter la maladie.
Notre responsabilité collective est plutôt de rechercher une solution durable, qui permette de traiter les causes profondes de l’instabilité et de restaurer durablement l’autorité de l’État. Cela prendra le temps nécessaire, mais c’est à ce prix que notre pays pourra progressivement sortir de ce cycle de crises.
